‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 23 sur 46 · Voir Documents, n" XI · texte numérisé non relu

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Votre Éminence les réflexions que sa décision m'a suggérées.

(( Certaines chroniques bibliques )) dont Vulre Éminence ne nomme pas l'auteur, bien qu'elles soient signées, « trois articles signés Dupin, sur la Trinité, et un article signé Herzog, sur la conception virginale du Christ », sont jugés par vous répréhensibles ; pour ce motif, « de peur que la collaboration d'ecclésiastiques à un tel recueil » ne lui donne « une autorité périlleuse », vous défendez à vos prêtres d'écrire dans la même Revue que l'auteur des susdites chroniques, et que MM. Du[)in et Herzog. Je ne vous objecterai pas que. le rédacteur de ces chroniques bibliques est un prêtre. Vous avez sufiîsamment travaillé. Monseigneur, à le disqualifier comme ecclésiastique, pour être autorisé maintenant à le traiter en laïque, ou plutôt comme une personnalité sans nom. Je ne vous demauderai pas davantage si vous êtes bien assuré que MM. Dupin et Herzog soient étrano-ers à la cléricature. Je ne les connais ni l'un ni l'autre. Votre Eminence a l'air de regarder leurs noms comme fictifs. Peut-être a-t-Elle raison. Mais, si Elle a voulu insinuer que les articles en question pourraient provenir de la même plume que les chroniques bibliques, ainsi qu'on l'avance

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dans certains journaux bien vus à rArchevêché, j" aurai le regret de Lui dire qu Elle se trompe, et qu'on La trompe audacieusement. On ne me calomnie pas sans doute autant qu'on le pense, en m'attribuant ces articles, qui sont œuvres d'érudition sincère; mais on commet une erreur, que je soupçonne volontaire chez quelques uns. Ces articles ne sont pas de moi, et, si j'avais eu à traiter les mêmes sujets, je m'y serais pris d'une autre manière.

Mais ce que je veux faire « observer à Votive Éminence, c'est qu'EUe paraît se méprendre entièrement sur le caractère d'une publication telle que la Revue dliistoire et de littérature religieuses. Cette jRepwe n'est pas un organe d'enseignement dogmatique, avec un progranmie doctrinal qui lierait tous ses collaborateurs. C'est un recueil de travaux scientifiques, auxquels on ne demande pas autre chose que d'être vraiment scientifiques, et qui doivent être appréciés indépendamment les uns des autres. Chacun vaut ce qu'il vaut, sans préjudice du voisin, et l'un n'est pas solidaire de l'autre. La réversibilité des mérites n'a pas lieu de s'appliquer ici. Mes articles, s'ils sont faibles et insuffisants, ne font pas tort à la magnific[ue étude que Mgr Duchesne a jadis publiée chez nous, sur les origines du pou-

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voir temporel des papes. Réciproquement cette étude ne communique pas l'ombre de prestige à ce qui vient dune main moins expérimentée. J'oserai ajouter qu'il en est de même au point de vue de la conformité plus ou moins grande que ces travaux peuvent avoir avec l'enseignement commun des théologiens catholiques. Tous nos lecteurs sont assez intelligents pour comprendre que mes hardiesses (ou ce qu'on appelle ainsi) ne rendent pas hérétiques les PP. van deu Gheyn et Griselle, S. J., qui ont écrit dans la Revue; et ils savent également que l'orthodoxie de ces Pères ne garantit pas l'accord de mes conclusions avec les décrets de la Commission pontificale des études bibliques. Si Votre Eminence appliquait jusqu'au bout le principe dont P]lle a trouvé bon d'user envers nous, il n'est pas une revue d'esprit véritablement scientifique où elle dût permettre à son clergé de collaborer.

Je n'ai pas à défendre l'orthodoxie des articles signés Dupin et Herzog; mais je crois avoir le droit de protester contre les trois qualificatifs que Votre Eminence assigne à mes chroniques : (( irrespectueuses, téméraires et dangereuses ».

Vous a-t-on dit. Monseigneur, à qui et à quoi j'avais manqué de respect? J'ai été souvent inju-

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rié dans la presse catholique, et jusque dans des documents épiscopaux; mais je^ cherche vainement en quelle occasion j'ai pu être irrespectueux envers les personnes mêmes qui se montraient le plus violemment agressives envers moi. Je crois avoir aussi Ihabitude de traiter sérieusement les sujets sérieux. Mais toutes les opinions des écrivains catholiques les plus recommandés ne sont pas aussi vénérables que l'Écriture sainte. Quand ces opinions sont ridicules, je ne me retiens pas toujours de le dire ou de le laisser entendre. Si c'est un crime, je m'en accuse ; mais j'aurais pensé que c'était un service très facilement rendu à la vérité.

Mes témérités, Émincnce, sont essentiellement relatives. J'étais téméraire, il y a quatorze ans. quand vous m'avez expulsé de l'Institut catholique. Je ne le paraîtrais pas tant aujourd'hui, si je n'avais fait encore plus d'un pas en avant. Il est d'ailleurs évident que ma grande témérité consiste a ne reconnaître pas l'autorité absolue et intangible de la théologie dite traditionnelle. Pour quiconque se soumet à cette autorité, chaque page de mes écrits est pleine d'erreurs. Reste à savoir, Monseigneur, si ma mentalité, comme on dit à présent, n'est pas celle de tous nos contemporains qui, sans orgueil, sans pré-

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tention, sans parti pris, vivent simplement la vie de leur esprit.

Le danger dont parle Votre' Eminenee doit être celui qu'on dit exister, pour la toi, dans des opinions nouvelles en matière de science religieuse. Votre Emincnce n'ignore pas que j'ai toujours pensé et agi comuie si un danger non moindre, et [)lus [)ressant peut-être, s'attachait aux opinions surannées, à une l'orme d'enseignement et à des idées que les intelligences d'aujourd'hui ne peuvent plus supporter. Il est vrai aussi que, depuis la condamnation de mes écrits par la Congrégation du Saint-Office, et à raison des dispositions que m'ont témoignées les autorités ecclésiastiques au cours de ces dernières années, je n'ai pas eu d'autre souci dans mes publications que celui de la vérité sans épithète, et que je me suis dispensé des ménagements que j'avais cru devoir garder tant que je considérais comme possible l'évolution de l'enseignement religieux, qui me paraît encore maintenant être pour l'Église la première condition de salut.

Celïonds. le 2 juin 1907.

A M. Auguste Roussel.

Monsieur.

Il nie semble que vous m'insultez 1 . Je vous avoue que cela m" est parlaitement égal, et que vos injures sont au-dessous même de mou mépris.

Je ne vous ai pas demandé de publier mes lettres dans votre journal. Mais si, dans une intention que je nappréeie pas pour le moment, vous jugez à propos de les insérer, il faudrait au moins les donner en entier, non les analyser inexactement et les tronquer, comme vous avez fait pour ma seconde lettre, dans votre numéro du 3 j uin .

Vous dites que ma lettre n"a pas été écrite pour rectifier telle ou telle de vos assertions ; elle ne contient pas autre chose que des rectifications. Qui ôtes-vous donc, Monsieur, et la sincéinté ne figurerait-elle pas au nombre de vos vertus ?

Vous m" accusez de solliciter, « à la façon

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