‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 27 sur 46 · Supr.iil., Icllre XXX · texte numérisé non relu

Supr.iil., Icllre XXX

Ton traite de l'histoire biblique et chrétienne autrement que dans les formes stéréotypées de l'enseignement traditionnel, traduction du Discours sur l'histoire uniçerselle en français vulgaire, ou bien dans celles de la caricature voltairienne, satire superficielle de textes et de faits qu'on n'a pas pris la peine d'étudier sérieusement. Il a fallu tout le talent de Renan pour faire accepter au monde laïque un genre qui n'était ni celui de la dévotion, ni celui de l'incrédulité railleuse. M. Guignebert méritait pour le moins un prix d'encouragement. Certaines inexactitudes, qui semblaient accuser un peu d'inexpérience, ont été sévèrement relevées par des personnages, aussi impeccables dans leur science que dans leur orthodoxie, qui ne se risqueront pas à reprendre son œuvre.

. 6° Ce que vous dites de la résurrection m'étonne. Jésus, s'il a jamais annoncé, en termes exprès, qu'il ressusciterait, n'a point parlé de sa résurrection comme d'un miracle qu'il accomplirait luimême. Selon la pensée de la tradition apostolique, c'est Dieu qui l'a ressuscité. Je me suis efforcé d'expliquer, dans L'Éçang'ile et V Eglise, comment cette résurrection n'était pas un événement de l'histoire; si c'en était un, les preuves en seraient tellement défectueuses qu'il serait permis

d'en douter et même de le nier. L'entrée du Christ dans la gloire de Dieu nest pas mieux constatée historiquement que l'entrée au ciel des bienheureux canonisés par l'Eglise. J'ai sommairement exposé, dans ma lettre à ï Uniçe/'S ^, que vous mentionnez, la question de la sépulture, parce que le récit de la découverte du tombeau vide est encore allégué en preuve de la résurrection, comprise comme un fait matériel. De ce fait j'avoue ne pouvoir pas seulement me représenter l'idée. Si vous entendez que tous les éléments qui constituaient le corps de Jésus sont revenus à la vie, ou plutôt qu'ils sont entrés dans une forme suprasensible de l'existence, ou pourra toujours vous demander quels sont ces éléments et quelle est l'existence dont il s'agit pour eux. Et quoi que vous répondiez, vous n'arriverez ni à une conception nette, ni à une démonstration convaincante. Saint Paul regarde la résurrection de Jésus comme un fait capital dans l'économie du salut, mais il ne l'envisage pas au point de vue de la démonstration chrétienne. Pour lui, la résurrection du Christ est le modèle de la nôtre ; mais si vous considérez la théorie que lui-même a émise touchant la résurrection générale, aous la trou-

i. Voir plus haut, lellre XXXV.

verez en contradiclion (rappelez-vous la comparaison du grain qui pourrit en terre pour renaître) avec l'idée commune de la résurrection de Jésus, que l'Apôtre semble pourtant avoir partagée. En somme, il n'y a pas là autre chose que de la foi, la foi à la vie immortelle du Christ. Mais qu'estce que la vie, et qu'est-ce que l'immortalité?

7° Restent les récits de la naissance virginale. N'ayant pas l'hoaneiir de connaître M. Herzog ^, je ne saurais vous renseigner sur ses inteutions. J'ai lu, comme vous, ses articl(^s, sans être autrement instruit de leur provenance. La question historique y est traitée avec assez d'ampleur, avec trop de précision peut-être en certains points, qui sont douteux ou seulement probables. L'histoire ne sait rien de Marie, si ce n'est qu'elle fut épouse de Joseph et mère de Jésus. La conception virginale du Christ n'est pas mieux attestée, au fond, que la conception immaculée de sa mère. Quant aux frères et aux sœurs du Giirist, la tradition primitive ne paraît en avoir été aucunement embarrassée; c'est la croyance à la virginité de Marie qui a obligé les auteurs ecclésiastiques à expliquer, on pourrait dire à éliminer leur qualité, soit en faisant d'eux des enfants de Joseph,

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