‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 29 sur 46 · Voir Documents, n» XVII · texte numérisé non relu

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vide le surleiulemain de la passion; mais, où qu'on ait mis le corps du Gliri-t, la résurrection a pu se produire là, si elle s'est produite, tout aussi bien que dans le sépulcre mentionné par les évangélistes. On peut me reprocher seulement d'avoir écarté une des preuves, une preuve assez fragile, entre nous soit dit, de la résurrection, et d'avoir aussi quelque peu malmené les autres. C'est ce que j'expliquais déjà dans L'Evangile et l' Église : si Ton prend la résurrection du Christ pour un fait d'ordre historique, ce fait n'est ni démontré ni démontrable. Cela n'équivaut pas à : La résurrection n'a pas eu lieu. Cependant javoue que telle est ma pensée, si l'on veut entendre par résurrection cette chose inconcevable, le cadavre d'un mort de deux jours reprenant une vie qui n'est pas celle des mortels, et qui néanmoins se manifeste sensiblement. De ce prétendu miracle l'historien n"a pas à tenir compte, car il n'est pas véritablement attesté. Je vais plus loin encore, et je dis que le croyant même n'est pas obligé de l'admettre, parce que l'autorité de l'Église ne peut conférer la réalité historique à ce qui ne l'a pas de soi-même, instituer dans le passé ce qui n'a pas existé.

Hérésie formelle, direz-vous, et double hérésie: d'abord sur le fait de la résurrection, qui est nié,

conlrairement à la foi de l'Église; et puis sur l'aulorité de l'Eglise elle-même, qui est censée sujette à erreur, puisqu'elle admet et enseigne la réalité matérielle de la résurrection, avec la parfaite historicité des récits qui s'y rapportent dans les Évangiles. — Je ne vous chicanerai pas sur la définition de l'hérésie. Le mot a sa signification reçue dans le vocabulaire théologique, avec les mots d'inspiration, de révélation, d'infaillibilité, tous ces mots étant comme solidaires les uns des autres, dans un système de doctrine qu'il faut prendre ou rejeter tout entier, et dont on ne saurait garder logiquement une partie en répudiant le reste. C'est tout ce système de notions al)Solues, abstraites, contredites par l'expérience de l'histoire, par la critique des textes dont on l'autorise, et par la saine philosophie, reeevables seulement comme d'antiques symboles qui seraient susceptibles d'une interprétation moins lourde, moins matérielle, moins mythologique aussi que leur sens traditionnel; c'est, dis-je, tout ce système dont la caducité m'est apparue depuis plus de vingt ans, et dont j'avais essayé d'élargir peu à peu la signification, persuadé, d'une part, qu'il était, tel quel, un obstacle à toute liberté de l'intelligcnce et à tout progrès de la science, et, d'autre part, qu'il contenait une àme de vérité

morale dont l'excellence apparaîtrait dès qu'on aurait pu la tirer de sa gaîne séculaire.

Mais vous nous criez : « On' fait fausse route, et Ton n'a pas le droit d'en douter un instant, puisque l'on est et qu'on se déclare catholique, et que, comme tel, on croit à l'autorité infaillible de rÉglise ». — Je \dens déjà de m'expliquer sur l'infaillibilité. Cette proposition : « L'Eglise ne peut se tromper », est aussi vraie, ni plus ni moins, que cette autre proposition : « L'Écriture ne contient pas d'erreurs », qui nous donnait jadis tant d'embarras, au cours d'Ecriture sanite, et qui a été cause de mes premières disgrâces ^ . Entendues selon leur sens naturel, ces deux propositions sont deux absurdités, connexes, je viens de le dire, et palpables, je vais tâcher de vous le montrer,

La théologie suppose que Dieu a parlé aux hommes en certaines occasions particulières ; qu'il a parlé dans V Écriture ei\)^v les écrivains sacrés; que l'Écriture ne peut, étant l'œuvre de Dieu, renfermer autre chose que la plus pure vérité; que cette vérité forme nécessairement, dans la tradition de l'Évangile, un bloc immuable, gardé par un interprète infaillible, l'Eg-Rse. Vous

J. Voir Autour d'un petit livre, inlrod., pp. XI-XIII.

reconnaissez la thèse catholique. Il s'agirait seulement à présent de savoir comment Dieu parle. L'idée commune de la révélation est un pur enfantillage : j'ai essayé de l'insinuer, il y a sept ou huit ans, dans votre Reinie du clergé français ; et c'est pourquoi le Cardinal Richard, après avoir condamné mes articles sur la religion d'Israël i, vous a rigoureusement interdit de recevoir ma prose dans vos colonnes. Il ncn reste pas moins que Dieu n'a jamais parlé, au sens où on le dit; que la Bible présente autant d'erreurs qu'il était possible d'en mettre dans des livres du temps et du milieu où ses différentes parties lurent écrites ; qu'elle vaut par le souffle puissant de moralité qui la pénètre, mais que sa cosmogonie est mythologique, son eschatologie fantastique, la trame de son histoire tissue de légendes; que l'idée même d'un livre sans erreur implique contradiction (à moins que l'objet n'en soit très limité et de nature spéciale, comme serait par exemple un recueil de calculs et formules mathématiques, ou d'observations bien conduites, dont on ne tire aucune conclusion), parce que la parole de l'homme demeure au-dessous de sa pensée, laquelle demeure encore infiniment plus au-dessous de la

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