‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 37 sur 46 · l/niuers du 27 juin · texte numérisé non relu

l/niuers du 27 juin

en cause, c'est l'auteur du hoisième Évangile et des Actes. Or, cet auteur, quel qu'il soit, n'est pas plus paulinien que celui du premier Evangile, et il l'est moins que celui du second. C'est même une des raisons pour lesquelles beaucoup de critiques estiment quil ne doit pas être identifié à Lue, disciple de saint Paul.

Dom Chamard écrit : « Saint Paul affirme que Jésus-Christ lui est apparu corporellenienl. » Nulle part saint Paul ne dit covporellement, et pour bonne raison, bien qu'il ne considère pas Jésus ressuscité comme un pur esprit. Nulle part il ne fait la moindre allusion à ces « entretiens intimes » que nous signale votre ingénieux collaborateur.

Dom Chamard a beaucoup d'imagination.

N'en déplaise à ce pieux apologiste, je continuerai à chercher la vérité; car je ne crois pas, comme lui, que cette recherche soit interdite ou inutile à un catholique. On peut encore glaner, dans le champ de la science biblique, bien des vérités dont il n'a pas même le soupçon. Mais je m'abstiendrai de cintiquer désormais son exégèse. Ce que j'en ai vu suffit à mon édification.

M'adressant pour la première fois, et sans doute aussi pour la dernière, à votre journal, je vous prie, Monsieur, et, au besoin, vous requiers

diiisérei' cetto lettre, en son entier, clans un de vos prochains numéros '.

Ce (Tonds, le 3o août 1907.

A M. le Baron von Hûgel.

Monsieur le Baron et cher ami, La nouvelle Encyclique 2 mèstparvenuece malin, et je viens de la lire. Evidemment, elle n'a pas été faite pour recruter nos adhésions. La partie théorique, si longue, développe un système tîctif. en grande parlie, et que pas un des prétendus modernistes ne peut être tenu à désavouer, puisqu'il n'a été enseigné nulle part. La partie pratique, et par là j'entends aussi ce c[u'on dit de nos personnes, de notre caractère et de nos intentions, nous représente comme des individus pertides et orgueilleux, que l'on voudrait voir ti'aiter par tout le monde en pestiférés. Malgré tous nos

1. L'Univers l'a publiée seulement dans son numéro du 20 septembre 1907.

2. L'Encyclique du 8 septembre 1907, sur les erreurs des modernistes.

défauts, il nous est impossible de nous reconnaître dans ce portrait et de le signer. Après cela, on se demande pourquoi le Pape, cpii n'attend pas notre soumission, ne nous a pas formellement excommuniés. Pour ma part, je considère cette solennelle diffamation comme une censure définitive, et je prends mes mesures en conséquence. Je vais faire imprimer mes réflexions sur le décret Lamentabili, et le petit volume de lettres dont je vous ai parlé.

GefFonds. le 19 septembre 190;;.

A S. É. le Cardinal Merry del Val.

Monseigneur.

C'est avec un sentiment de profonde tristesse que j'ai lu la récente Encyclique de Sa Sainteté sur les erreurs des modernistes. Je n'y ai pas trouvé seulement une dénonciation solennelle d'opinions qui, sur des points très importants, ne sont pas celles des personnes à qui on les impute, mais une difi"amation de ces personnes, et telle, en maint endroit, qu'elle semblerait presque ins-

pirée par la malveillance envers certains individus qu'on a eus plus particulièrement en vue. Pas plus que je ne reconnais ma doctrine dans le système moderniste, je ne me reconnais moimême dans le portrait de ceux qu'on dit être les tenants de ce système. Une apologie serait inutile, et j'oserai dire que l'Encyclique m'en dispense. Les lignes que je me permets d'adresser à Votre Eminence n'ont pas d'autre objet que de renseigner le Saint-Père sur mes dispositions actuelles.

Je ne vois pas, Monseigneur, comment l'on a pu trouver que le fond de ma doctrine soit r agnosticisme. Je n'ai jamais dit que Dieu soit inconnaissable, mais qu'il est incompréhensible, ce qui est défini par le Concile du Vatican. Quand j'ai écrit que Dieu n'est pas objet de science, j'entendais qu'il n'est pas objet de science expérimentale, comme les réalités du monde physique . Quand j'ai écrit que Dieu n'est pas un personnage de l'histoire, j'entendais que jamais Dieu ne s'est manifesté dans l'histoire humaine comme un agent particulier. Cela ne veut pas dire que Dieu ne soit pas objet de connaissance certaine, et que cette connaissance ne soit, en définitive, la clef de la science et de l'histoire.

Je ne vois pas, Monseigneur, comment l'on a pu trouver que la philosophie de Vimmanence ait

inspiré mes conclusions d'exégète critique et d'historien de la religion. Je me suis toujours défié, en philosophie comme ailleurs, des systèmes absolus: je n'ai accepté qu'en partie la doctrine philosophique et apologétique de V immanence, que j'ai connue après la publication de mes premiers travaux critiques, et quand mon opinion était faite sur l'origine et le caractère des principaux écrits bibliques. Pour ce motif, et par une légère ironie à l'égard de c.n'tains immanentistes, enclins à penser que leur philosophie manquait à mon exégèse, j'ai, dans une occasion que semble viser un passage de l'Encyclique, fait profession de n'être point philosophe. Je n'en considère pas moins l'existence du sentiment religieux comme un fait certain, et comme le fondement psychologique et historique de la religion. Ce sentiment n'est pas, d'ailleurs, une simple émotion, mais une sorte d'impulsion naturelle et de connaissance implicite et confuse, qui deviennent conscientes d'elles-mêmes et de leur objet par l'exercice de la raison. Dans l'énergie de ce sentiment, comme dans le travail de l'intelligence. Dieu peut agir, il agit, et cette action divine est lumière et grâce, vérité et force pour le bien.

Je ne vois pas, Monseigneur, comment l'on a pu trouver que les trois principes d'agnosti-

cisme, de transfiguration et de déjig'iiration, signalés par lEncyclique comme les trois règles erronées de la critique moderne, aient été déduits de l'immanence. De l'immanence, non plus que de tout autre système philosophique, on ne peut rien inférer pour ce qui est matière de fait. En soi, ï immanence ne contredit pas nécessairement riiypoLhèse du miracle, et elle ne permet pas davantage de se prononcer sur la valeur historique des ti'aditions consignées dans TÉcriture touchant les origines du judaïsme et du christianisme. La critique de la Bible et l'histoire des religions s'appuient sur des faits, non sur des théories abstraites. Ce que rEncycli({ue appelle principe de V agnosticisme scientifiijue et historique est un fait général : jamais aucun phénom'^ne n'a été réellement constaté, où l'on puisse discerner, sans aucun doute possible, une action particulière et personnelle de Dieu, soit dans le monde, soit dans l'histoire. Les termes « Dieu y> et « action particulière et personnelle » semblent métaphysiquement inconciliables ; mais l'expérience est ici d'accord avec la philosophie. Ce que l'Encyclique appelle principe de transfiguration est aussi un fait général : on peut le vérifier dans les légendes concernant les fondateurs de religions, et même dans celles des saints. L ana-

lyse des Évangiles et le développement de la christologie, attesté par les documents bibliques et ecclésiastiques, en fournissent la preuve au sujet de Jésus-Cbrist. Ce que l'Encyclique appelle principe de défigaration est encore un fait vulgaire : les âges et les bommes sans critique déforment les traditions qu'ils conservent. Mais le travail de l'exégète et de l'bistorien n'est pas gouverné par ces données comme par des lois inviolables. Il est infiniment plus complexe et plus délicat que ne le fait entendre la description satiriquement esquissée par le théologien de Sa Sainteté, d'après les procédés de la méthode scolastique. La critique historique est une expérience, non une déduction. C'est la comprendre à rebours que de présenter ses résultats généraux comme les principes de ses conclusions spéciales.

Je ne vois pas. Monseigneur, comment l'on a pu trouver que j'aie contesté l'institution formelle de l'Église et des sacrements par le Christ, à raison de ces trois prétendus principes. Les pi-otestants, qui sont plus anciens que la critique biblique et que la philosophie de Yîmnianence, en avaient fait autant, en s'aulorisant des témoignages scripturaires et ecclésiastiques, selon qu'on en pénétrait en leur temps la signification historique. Tout lecteur de L Évangile et l'Eglise

et d'Autour d'un petit livre peut savoir comment cette question s'est posée devant moi sur le terrain de riiistoire. J'ai nié que Jésus ait, à proprement parler, fondé une Eglise, avec ses organes de gouvernement et ses usages de culte, parce que les textes, interprétés selon le sens et les garanties qu'ils offrent à l'historien, permettent d'affirmer que le Christ n'a fait autre chose, jusqu'à la fin de son ministère, qu'annoncer l'avènement prochain du royaume des cieux. Il ne s'ensuit pas que la naissance dei'Eglise s'explique uniquement par le besoin de communiquer la foi acquise, et d'organiser socialement la masse des fidèles : l'Église est née d'abord, positivement et historiquement, de l'action immédiate du Christ sur un groupe déterminé de personnes, qui ont recruté d'autres croyants ; de l'esprit de charité universelle, qui est celui de l'Evangile, et de la notion même du royaume de Dieu, qui était conçu comme la société universelle des justes.

J'ai dit, en commençant, que je ne relèverais pas les griefs d'ordre moral que l'Encyclique formule contre les modernistes. Il en est un cependant que je ne puis négliger, parce qu'il met en suspicion ma probité scientifique. Le Souverain Pontife a dit des modernistes historiens et criitques : « Où ils soulèvent le cœur d'indignation,

c'est quand ils accusent l'Eglise de torturer les textes, de les arranger et de les amalgamer à sa guise et pour les besoins de sa cause. Simplement, ils attribuent à l'Eglise ce qu'ils doivent sentir que leur reproche très nettement leur conscience. » J'ai parlé souvent des libertés de l'exégèse ancienne et de celles qu'a gardées encore l'exégèse théologique et pastorale ; ce n'était pas pour les blâmer, mais pour les justifier par le but même de cette exégèse, qui est l'édification des âmes, non la détermination du sens historique des textes. Puisque l'on m'accuse maintenant de mauvaise foi dans l'interprétation ci'itiquo de la Bible, je i)roteste de toute mon âme. je protesterai jusqu'à mon dernier souffle, contre une imputation aussi odieuse, el je déclare. Monseigneur, que cela est faux.

Cetfonds, le 29 septembre 1907.

— aSg —

A M. l'abbé X, séminariste.

Monsieur,

Vous n'avez pas vu que l'abbé Garnier i a imaginé un moyen sommaire de prouver rauthenlicité mosaïque du Pentateuque. celle du quatrième Evangile, etc., etc.? Vous êtes assez « naïf» pour être moderniste. Notez que (si votre transcription est exacte) ce brave abbé ne donne que des initiales ; si l'on voulait intenter un procès en diflamation. il nierait m'avoir visé, en même temps que Paul Sabatier et Salomon Reinach. C'est un liomme prudent.

Largent n'a joué un rôle dans les all'aires du modernisme Q[xîe\\àe\x% occasions. Quand je dus renoncer, en septembre 1899, po^i^' cause de maladie, à l'aumônerie où m'avait confiné le Cardinal Richard, S. E. m'avait accordé, sur la caisse des prêtres infirmes, une pension annuelle de 800 francs. Lorsque le même Prélat condamna, en novembre 1900, les articles que je publiais

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