Voir Documents, n" XXI
dans la Revue du Clergé français, sur la religion d'Israël, je ne voulus pas garder cette pension, et je restituai à la caisse de l'Archevêché les 800 francs de l'année échue. Voilà le premier cas.
Et voici le seco"hd. Après cette première condamnation, je fus admis à faire un cours libre à l'École pratique des Hautes Etudes, Section des sciences religieuses, et je fus attaché à la préparation du Corpus inscriptionum semiticarum, qui se publie sous les auspices de l'Académie des Inscriptions. Pour le cours, le ministère de l'Instruction publique m'attribuait une subvention annuelle de i. 000 francs, et comme attaché au Corpus, je touchais annuellement 1.200 francs. Après la condamnation de mes livres par le Saint-Office, en décembre 1908, je me décidai spontanément à quitter l'École des Hautes Études et à m' éloigner de Paris. J'y perdais la subvention de l'État et celle de l'Académie.
Vous êtes maintenant édifié sur les « opérations » financières du modernisme.
Jamais M. Paul Sabatier n'a pu tenir, et jamais il n'a tenu les propos qu'on lui prêle. Peutêtre a-t-il dit que les prétendus modernistes avaient raison de rester dans l'Église, pour assurer le triomphe de leurs idées. Mais il ne me l'a jamais dit à moi-même. Jamais je ne lui ai de-
mandé conseil, et jamais il ne sest permis de me donner uu avis.
Quant à M. Salomon Reinacli, il est bien vrai que je lui ai écrit des lettres à propos d'arlicles publiés par lui sur la passion du Christ. Vous saviez peut-être que M. Reiuach conteste l'historicité du crucifiement. Ce n'est pas lui qui m'engageait à être hardi ; c'est moi qui, respectueusement, combattais ses hardiesses. Il est possible que je lui aie laissé entendre qu'en attaquant l'historicité de données certaines, il pourrait faire croire qu-e la critique n'était pas mieux fondée à rejeter d'autres données qui sont beaucoup moins sûres que le supplice du Golgotha. Mais la citation apocryphe de M. Garnier ne laisse pas d'être fort curieuse. Elle a été composée parmi individu qui me croit auteur des articles sur la Trinité, signés Diipin, qui ont paru dans la Revue d histoire et de littérature religieuses, et des articles ■sur- la conception virginale du Christ, signés Herzog, qui ont été publiés dans la même Revue. Le fait est que je n'ai écrit ni les uns ni les autres, et que jignore absolument qui peuvent être MM. Diq^iu et Herzog.
Je n'apprécie pas le procédé de M. Garnier. Si l'homme est conscient, cela relèverait des tribunaux ; et s'il est inconscient, de Gharenton.
Beaucoup plus graves sont les questions que vous m'adressez h la fin de votre lettre. Certes, c'était en vue de défendre l'Eglise conlre ses adversaires, et surtout contre elle-même, que j'ai mis au jour les livres autour desquels on a fait tant de bruit, et c'est pour elle que je travaille depuis plus de trente ans. Mais, quand vous me demandez, en quatre lignes, ce que je pense de l'Église et de son autorité, du Christ et de la révélation, que voulez-vous que je vous réponde ? La réponse est dans mes livres, que vous n'avez pas lus, et que vous avez bien fait de ne pas lire. Ai-je le droit de vous la transcrire?
11 y a pourtant nue de vos questions qui me concerne personnellement, et sur laquelle un avenir peut-être prochain vous apprendrait ce que je puis dès maintenant vous dire. Vous me demandez si je me crois dans une société d'où je ne voudrais point sortir. Il m'est facile de vous répondre que j"ai toujours regai'dé comme un devoir de rester dans l'Église, mais aussi de ne pas mentir pour éviter d'en être chassé. Ceci vous explique pourquoi, après les condamnations dont mes écrits ont été l'objet, je ne me suis jamais rétracté purement et simplement. J'ai toujours pensé, je pense encore qu'on n'avait pas le droit d'exiger une semblable rétractation : mais sur-
tout il n'aurait pas été en mon pouvoir de la faire avec sincérité. Je sais fort bien que je ne suis pas infaillible, et je ne tiens pas plus qu'un autre à mes opinions personnelles. Mais je suis absolu- ment incapable de les trouver toutes fausses, et, si daventure j y réussissais, je serais pareillement incapable de trouver du vrai en dehors de ces erreurs. Je crois que l'on se trompe en supposant quun honnne peut penser ce qu'il veut sui' les questions religieuses, quand il les a longuement étudiées dans l'histoire, sans aucun parti
pris.
Excusez-moi, Monsieur, de ne pas m'expliquer sur vos autres points dinterrogation. Je ne vois pas assez clairement les raisons que vous avez eues de les poser, et je m'en voudrais de vous causer la moindre inquiétude d' esprit.
Ceffonds, le 19 octobre 1907.
A Dom Chamard.
Mon Révérend Père, 11 parait que j'ai été confondu par votre « pressante et victorieuse argumentation ». C'est ce que
je lis dans un petit morceau de pi'ose que contient V Univers du 3 octobre dernier. Cet orthodoxe journal n'a jamais eu la courtoisie de me communiquer les numéros où il daignait s'occuper de moi. La complaisance d'un ami me fait connaître aujourd'hui Yépilogae ' imaginé par M. Auguste Roussel.
Je me garderai bien de recourir au journal pour exiger la rectification de ses inexactitudes volontaires et de ses erreurs calculées. Je vous répète que je n'ai pas demandé la publication de mes lettres à M. Roussel; que je ne comptais pas sur cette publication, et que votre panégyriste se flatte beaucoup en proclamant que j'étais certain d'avoir affaire à des « contradicteurs loyaux » ; enfin que, dans la idéalité, cette publication n'a pas été faite. Car j'ai écrit six lettres à M. Roussel, et de ces six lettres la première seule a été insérée en entier ; les trois suivantes n'ont
1. Voir Documents, n" XXV. J'avais signalé à D. Chamard la fausseté de l'asserlion qu'il a éiuise dans l'Uni ners du 20 septembre 1907 : (( iM. Loisj' oublie que c'est lui-même, qui, sous prétexte de rectifier une accusation de M. Auguste Roussel, a contraint celui-ci, au nom de la loi, à publier deux longues lettres blasphématoires contre l'ensevelissement et la résurrection de Notre- Seigneur Jésus-Christ. » Au lieu d'avouer son erreur, le saint religieux a prié M. Roussel de répondre pour lui.
été que partiellement citées et faussement analysées; les deux dernières n'ont même pas été mentionnées.
Je ne regrette pas pour moi qu'on ait publié ce qui a été publié. Je regrette seulement qu'on n'ait pas eu llionnêteté de publier le tout.
Dans ma lettre à M. Veuillot 2^ j'ai expliqué pourquoi je ne vous répondrais plus. Vous-même n'avez, dans votre réplique, touché qu'à un seul point de ma réfutation. Je n'ai pas pensé qu'il valût la peine de montrer que vous parliez à côté de la question, et ma volonté était bien arrêtée de n'avoir plus le moindre rapport avec VUnivevs. Mais, puisque vous avez le triomphe si facile, je vous ferai simplement observer que vos citations de mes Etudes éçangéliques ne prouvent aucunement que j'aie jamais renvoyé au commencement du second siècle la rédaction définitive de nos Evangiles. Cela est faux en ce qui regarde les Evangiles synoptiques, surtout celui de Marc. J'ajouterai que la XIII' proposition du décret Lamentabili, que vous alléguez à l'appui de vos citations, ne représente pas l'opinion que j'ai exprimée touchant l'origine des paraboles évangéliques. Je n'ai pas nié, j'ai affirmé et j'ai pris