Voir Documents, n" XXVI
naux; je lui ai écrit encore, le 12 juin, à propos du décret de la Commission biblique concernant l'aulhenticité et la valeur historique du quatrième Évangile; je lui ai écrit enfin, le 29 septembre, après l'Encyclique Pascendi doniinici gregis. Cette fois, j'ai déclaré que je ne reconnaissais pas plus ma doctrine dans le système moderniste, que je ne me reconnaissais moi-même dans le portrait de. ceux que l'on disait être les tenants de ce système. Le motu proprio du 18 novembre n'a rien changé à cet état de choses, et j'avais lieu de penser que l'on était suffisamment instruit à Rome de mes dispositions.
Je ne conteste pas, Monseigneur, que la plupart des propositions énumérées dans le décret Lamentabili aient été extraites de mes ouvrages. Mais il n'est pas moins évident pour moi que le sens de plusieurs a été gravement altéré dans le texte du Saint-Office. Je pourrais moi-même répudier ces dernières, en protestant contre l'imputation qui m'en est faite. D'autres propositions me semblent si incontestables, qu'il n'est pas en mon pouvoir de professer honnêtement que je les tiens pour fausses.
Je ne nie pas davantage qu'on ait puisé dans mes livres un très grand nombre des opinions que l'Encyclique Pascendi a rassemblées pour les
attribuer en bloc aux modernistes. D'autre part, cette synthèse contient des théories que je n'ai jamais eues ni enseignées; et surtout, je n'ai jamais pratiqué la critique de la Bible et de l'histoire ecclésiastique, en la façon que décrit le Souverain Pontife. Je pourrais donc, ici encoi-e, souscrire à la réprobation de doctrines et de méthodes que je nai jamais adoxDtées, et je devrais aussi en décliner hautement la responsabilité. Mais je ne me dissimule pas que mes opinions réelles sont proscrites avec et dans celles que je ne puis avouer pour miennes. Cela étant, adhérer purement et simplement à la condamnation du modernisme, tel quil a été condamné par l'Encyclique pontificale, serait confesser queje ne trouve jdIus en moi aucune idée consistante, et que je suis actuellement en dehors de toute raison, comme lEncyclique proclame que j'ai été jusqu'à présent en dehors de toute foi. Un pareil aveu, Monseigneur, ne me conduirait pas à l'orthodoxie, mais au néant de l'intelligence et de la conscience. Les conclusions auxquelles m'ont amené de longues années d'étude ne sont cei'tainementpas exemptes d'imperfections ni d'erreurs; mais,si jeles rejette, je ne sais plus à quoi me reprendre, car celles que j'ai dû abandonner, à mesure que j'avançais dans mes travaux, ne sont pas plus acceptables
pour moi aujourdhui qu'hier; si je pouvais oublier tout ce que jai appris et écrit au sujet des Livres Saints, je ne serais pas plus à mon aise avec les enseignements de l'Encyclique touchant l'inspiration des Écritures par exemple, ou la composition du Pentateuque, ou celle des Evangiles. Mon esprit serait aussi incapable de vivre dans l'atmosphère intellectuelle du décret LamentahUi et de l'Encyclique pascendi, que mes poumons seraient incapables de respirer au fond de la mer. La soumission pleine et entière dont parle Mgr Merry del Val ne pourrait être de ma part qu'un mensonge; et au lieu d'être un sacrifice méritoire, comme le dit Votre Grandeur, ce serait pour moi un geste dépourvu de sens et contraire à toute moralité.
Inutile d'ajouter que, pour mes publications, je ne pourrais m'engager à suivre de tout point les instructions pontificales. Il n'est guère possible de mettre au jour une page de critique biblique, sans contrevenir de manière ou d'autre à ces instructions. J ai l'intention de faire paraître prochainement un commentaire des trois premiers Evangiles, dont les conclusions principales sont conformes à celles que j'ai exprimées dans mes précédents écrits. Je considère également comme un droit de m' expliquer, en temps
opportun, sur le rapport de mes opinions avec celles qui ont été censurées par le Saint-Père.
Je suis très touché de la bienveillance avec laquelle Votre Grandeur s'est acquittée envers moi de la mission qui lui avait été confiée, et je vous pi'ie, Monseigneur, d'agréer, avec l'expression de ma reconnaissance. 1" hommage de mon très profond respect.
Cefïbnds, le 19 janvier 1908.
A M. le Baron von Hûgel.
Monsieur le Baron et cher ami, Le nouvel Archevêque de Paris vient de condamner les Évangiles synoptiques et les Simples réflexions 1. Il défend, sous peine d'excommunication spécialement réservée au Souverain Pontife, de les lii*e, détenir, imprimer ou défendre. C'est la censure quon porte contre les hérétiques soutenant l'hérésie. Le motif est que j'aurais nié la divinité de Jésus-Christ, sa mission de rédemi^-