OUVERTURE DU CADAVRE
La tumeur , logée dans le sinus, avait l’aspect et la consistance du tissu encéplialoïde. Tout le maxillaire avait été désorganisé ; il ne restait plus que la partie qui correspond aux alvéoles des incisives et de la canine.
La poitrine ouverte, on trouva, du côté gauche, plusieurs côtes en partie dégénérées en cancer de même nature que celui du sinus maxillaire ; immédiatement au-dessous , des adhérences de nouvelle formation de la plèvre costale et pulmonaire , et une hépatisation rouge du poumon.
Plusieurs vertèbres cervicales participaient à la même dégénérescence , ainsi que le fémur droit à son tiers supérieur. On rencontra aussi plusieurs masses cancéreuses à la voûte crânienne.
Partout où le cancer encéplialoïde s’était développé, la substance organique et inorganique des os avait complètement disparu : ce qui nous a convaincus , d’une manière évidente , que la partie organique avait « été transformée, tandis que la substance terreuse avait été totalement absorbée. Enfin , les fractures des côtes nous expliquent suffisamment le développement de l’inflammation de la plèvre et du poumon.
L’état cachectique du malade nous avait déjà fait préjuger de la nature de la production morbide qui existait dans le sinus maxillaire : la fracture spon-
lanée du fémur acheva de nous convaincre ; enfin , l’ouverture du cadavre confirma notre diagnostic (1)«.
Hydropisie du sinus que l’on avait prise pour un fongus hæmatodes.
La nommée Jeunesse Proue , âgée de 27 ans , avait toujours joui d’une bonne santé , lorsqu’il y a deux ans environ , elle s’aperçut d’une petite tumeur , de la grosseur d’un pois , qui se manifesta , sans cause connue , au-dessus des incisives du côté gauche du maxillaire supérieur. Deux jours après , elle avait acquis un assez grand volume , et la douleur qu elle
(i) Celte observation ne permet pas de douter que le système osseux a subi une altération spéciale que nous sommes bien éloignés de rapporter à une névrilémite , comme Delpech tendrait à le faire croire en publiant des observations de cancer cérébroïde du sinus maxillaire; selon nous, la névrilémite, dans ces cas, ne serait qu’un résultat consécutif de la présence de la tumeur, laquelle, en comprimant et distendant les nerfs dentaires sous-orbitaires, etc., a déterminé cette inflammation. Du reste, dans plusieurs ouvertures d’individus qui avaient porté, des altérations pathologiques de différente nature, soitanciennes, soit récentes, nous avons vu les nerfs des membresaffectés, enflammés, injectés, plus volumineux qu’ailleurs ; fl est donc probable que les conducteurs de l’agent nerveux sont modifiés par les altérations morbides; mais ce ne sont pas eux qui jouissent du malheureux privilège de la formation du cancer.
éprouva dans cette partie fut assez vive pour l’obliger à suspendre son travail de ménage. Celte douleur disparut quelques jours après , et elle resta dans cet état pendant trois mois , espérant tous les jours voir sa maladie toucher à sa fin ; mais , trompée dans son attente, elle vint consulter M. Bertrand, agrégé de cette Faculté , qui , croyant avoir affaire à une hydropisie du sinus maxillaire , lui proposa 1 opération. Découragée de cette proposition , elle se retira , et , deux mois après, elle vint se livrer aux soins de plusieurs chirurgiens , qui , dans la croyance qu’elle portait un fongus hæmatodes , s’abstinrent de toute entreprise chirurgicale , et conseillèrent à la malade de ne pas se faire opérer. M. Bertrand , qu’elle vint de nouveau consulter , et à qui elle fit part des observations de ses collègues, examina de plus près l’état des parties.
Tout le côté gauche de la lèvre supérieure était soulevé , ainsi qu’une grande partie de la joue ; la tumeur s’étendait à la fosse canine , à une grande partie du rebord alvéolaire des incisives et canines , jusqu’à la racine de l’apophyse montante du maxillaire ; la voûte palatine avait pris un développement tel , qu’elle était de niveau avec les extrémités des incisives , lesquelles jouissaient d’une grande mobilité et ne tenaient que par une faible portion de leurs alvéoles. Dans le lieu qu’occupait la tumeur , la portion osseuse correspondante avait été abrasée par elle ; les gencives étaient tuméfiées et presque saignantes.
M. Bertrand appliqua un doigt d’une main sur la
portion de tumeur qui avait surbaissé la voûte palatine , et un doigt de l’autre main sur celle qui soulevait la joue , et s’aperçut d’un sentiment de fluctuation en pressant alternativement à l’aide des doigts placés sur elle. Cette tumeur jouissait d’une assez grande mobilité , car , lorsqu’il la comprimait dans un sens , elle s’affaissait et reprenait du côté opposé le volume qu elle avait perdu. Tous ces caractères étant connus et analysés, une ponction exploratrice fut faite, et confirma le diagnostic qui avait été porté : en effet , une assez grande quantité de sérosité sortit , et la tumeur s affaissa presque entièrement. Deux jours après, l’opération fut pratiquée de la manière suivante : incision transversale de la membrane fibro-muqueuse ; un flot de liquide jaillit de l’intérieur du sinus maxillaire ; le kyste se vida complètement. Les racines des deux incisives furent mises à nu; elles ne tenaient plus que par une très-faible partie des alvéoles; les nerfs et les vaisseaux dentaires avaient été détruits : application de tampons de charpie dans la cavité. Peu de jours après , une bonne suppuration s’établit, et la malade ne tarda pas à etre entièrement guérie. La voûte palatine a pris de la dureté , les dents se sont consolidées ; tout est dans un état le plus satisfaisant , seulement 1 ouverture faite par l’instrument tranchant persiste encore.