RÉFLEXIONS
Les apparences extérieures de la tumeur étaient assez trompeuses pour donner à penser qu’il s’agissait d’un fongus érectile. En effet, la membrane fibromuqueuse alvéolaire était injectée , violacée , ainsi que les gencives adjacentes : mais devait-on s’en laisser imposer par l’inspection seule de l’enveloppe ? Des erreurs de pareille nature ont été commises plusieurs fois, parce qu’on a examiné le malade trop superficiellement, et qu’on n’a pas eu recours à la méthode d’exclusion. En comprimant d’un seul côté, la tumeur fuyait en partie sous la main, mais elle reprenait du côté opposé le volume qu’elle avait perdu,; pressée en deux sens opposés, elle était presque incompressible : ce n’était donc pas un fongus hæmatodes ; celui-ci présente des caractères particuliers assez distincts pour ne pas les confondre avec l’hydropisie du sinus , lorsque les parois osseuses ont été ab rasées comme dans ce cas-ci. Le fongus érectile est quelquefois le siège d’un bruissement tout particulier , de vibrations et même parfois de pulsations , susceptible de s’agrandir , de s’ériger à la moindre impression morale. Cela se remarque surtout lorsqu’il est dû à la prédominance du système vasculaire à sang rouge ; tandis que lorsque la tumeur dépend de la dilatation des capillaires veineux, elle augmente par les efforts d’expiration ; alors , loin d’être
rouge comme dans le premier cas , elle offre z, an contraire , une couleur livide. Enfin , si c’est une tumeur érectile formée par la dilatation des capillaires veineux et artériels tout à la fois , les deux ordres de phénomènes dont il vient d’être parlé se font remarquer en même temps , mais à un moindre degré. En quelque sens qu’on les incise , il s’échappe de la surface de la plaie une grande quantité de sang qui s’écoule en nappe et qu’il est difficile d’arrêter. Ces sortes de tumeurs se laissent facilement déprimer , malaxer pour ainsi dire , et reprennent aussitôt la forme et le volume qu’elles avaient auparavant. Dans l’observation dont il est question ici, lien de tout cela n’existait , seulement l’aspect extérieur et le sentiment de fluctuation , symptômes de trop peu de valeur pour reconnaître un fongus érectile.
Delpech a publié deux observations de tumeurs anévrismales développées dans le sinus maxillaire ; partout où elles étaient saillantes , elles présentaient une consistance molle , élastique et fluctuante ; les pulsations qu’on y ressentait étaient isochrones à celles des artères. Les hémorragies qui étaient survenues avaient tellement affaibli un de ces deux malades , qu’il fut impossible de rien entreprendre pour le sauver. La maxillaire interne , immédiatement avant la naissance des palatine postérieure et sphéno-palatine , fut trouvée anévrismatique. « La tumeur s’était accrue par la partie antérieure ; elle avait détruit la
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paroi postérieure du sinus et l’inférieure de la fosse orbitaire — » Plus heureux sur François Bouteille, il arrêta la marche rapide d’un anévrisme en faisant la ligature de la carotide primitive du même côté. Mais s’agissait-il d’un anévrisme ou d’un fongus érectile? C’est ce qu’il eût été difficile de reconnaître , car il y avait des raisons pour l’une et l’autre affections. La ligature de la carotide parut à Delpech le moyen le plus convenable pour prévenir les suites fâcheuses de cette maladie.
M. Jensoul a fait l’amputation du maxillaire dans un cas de fongus érectile situé dans le sinus ; cette opération fut couronnée d’un plein succès , parce que les limites du mal étaient circonscrites dans la cavité osseuse. Ce serait exposer son malade à un danger imminent , si le chirurgien , ne connaissant pas d’une manière assez exacte jusqu’où s’étend la tumeur, tentait l’opération comme l’a pratiquée M. Jensoul.
L’on conçoit, eu effet , que si le fongus hæmatodes a pris de l’extension hors du sinus , le sang s’échappant par mille bouches diverses , et le voisinage d’artères volumineuses, rendraient insuffisant le cautère actuel pour arrêter l’hémorragie à laquelle le malade succomberait infailliblement. Eu supposant que l’on fût dans l’incertitude de savoir si le malade porte un anévrisme de la maxillaire interne , ou un anévrisme par anastomose , le moyen proposé et mis à exécution par l'illustre Delpech , c’est-à-dire la
ligature de la carotide primitive, est, à mon avis, le plus rationnel.