L'ÉVACUATION GASTRIQUE DANS LE | DÉCUBITUS LATÉRAL
Les deux premières parties de ce travail, sur les mo-
difications de la physiologie normale dans le décubitus
latéral, sont des données cliniques toutes récentes.
| | Au contraire, dans la dernière partie que nous allons | étudier, les recherches ont été plus anciennes et plus | nombreuses. Mais il faut remarquer que c’est exclusi- | vement au point de vue du diagnostic ou du traitement | que se sont placés, au début tout au moins, les observa- | teurs qui se sont occupés du fonctionnement de l’es- | tomac dans le décubitus latéral.
C'est M. Martinet (1) qui nous paraît avoir été le pre- | mier, dans la littérature médicale française, à étudier
- l'évacuation de l'estomac dans le décubitus latéral droit,
et à faire remarquer les bienfaits de cette position dans
* Jes cas de stase alimentaire.
1. À. Marrmiwer. Stase alimentaire et décubitus latéral droit,
La Presse Médicale, 2 janvier 1901.
€ Dans tous les cas, écrivait-il en 1904, où la. caus: de cette stase n’est pas un obstacle mécanique perma nent... il est un moyen très simple, qui souvent donnt les résultats les plus satisfaisants et qui, de façon quasi
constante, mel fin assez rapidement » aux trouble | occasionnés par la stase alimentaire ; « il peut se formuler comme suit : 3
«Un quart d'heure à une demi-heure après la fin du repas, vers le moment où le malaise commence, s’éten: dre sur un lit ou une chaise longue, se coucher sur le côté droit la tête légèrement relevée, et, dans cette po: sition, absorber par gorgées une tasse à thé d’infusion chaude de tilleul ou de camomille. »
Cette seule attitude produit une amélioration manifeste et amende quelques symptômes pénibles. « Puis, après un temps variant de quelques minutes à une demi:
heure, suivant les cas, le malade à l'i impression de sentir
son estomac se vider de son contenu, les phénomènes pénibles se dissipent rapidement, le patient ne sent plus son estomac, et une sensation de bien-être spacede au malaise général.
Et envisageant ce qui se produirait si le patient se couchaitsurle côté gauche, il conclut-: « Inversement. le décubitus latéral gauche augmente plutôt le malaise, surtout les régurgitations et les nausées ; il rend le vomissement plus fréquent et plus facile, et lefait est à retenir pour les cas où le malade a la sensation nette que le vomissement est fatal, cette attitude abrégeantla pé-
riode prévomitivesi angoissante, lui rendra un réel service. »
‘ C’est également au point de vue de l'évacuation sto- | macale que M. le professeur agrégé Carnot (1) a étudié linfluence du décubitus latéral droit. Mais ce n’est plus au sujet de la stase alimentaire provenant d' une cause | quelconque : il étudie plus particulièrement l’action du « renversement latéral droit dans les diagnostic et trai-
tement des gastrectasies atoniques ».Ce n'est donc plus
une simple méthode thérapeutique, c’est encore pour
| luiun moyen de diagnostic au même titre que la recher-
dioscopie.
La méthode employée par M. le professeur agrégé Carnot, pour rechercher les gastrectasies atoniques, consiste en une double épreuve pratiquée sur le malade :
« 1° Dans une première épreuve, le matin, à jeun,
l'estomac étant préalablement vidé de son contenu par
la sonde, on fait ingérer au sujet un demi-litre d’eau ;
pendant une heure on le laisse en position verticale,
| debout ou assis ; puis après ce laps de temps,on retire, | par la sonde, le liquide restant dans l'estomac.
« Lorsque l'estomac est normal et le pylore perméable, la sonde ne rarnène rien (ou peu de chose) au bout d’une heure, le liquide ayant disparu presque entièrement, partie par résorption et partie par évacuation
pylorique..
__ « Par contre lorsque l’estomac est ptosé ou dilaté, une
1. P. Carwor. La méthode du renversement latéral droit dans les diagnostic et traitement des gastrectasies atoniques, La Presse Médicale, 28 octobre 1908.
| che du clapotage, Le tubage méthodique à jeun et la ra- | |
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certaine quantité de liquide reste accumulée dans le basfond déclive et au bout d'une heure la sonde ramène encore une notable partie de l’eau introduite. »
Par cette première épreuve, on se rend compte s’il y a stase alimentaire ou, du moins, retard dans l’évacuation gastrique. Mais les rétrécissements du pylore, qu'ils soient permanents ou intermittents donneront les mêmes résultats que la simple atonie gastrique avec dilatation. Aussi M. Carnot pratique-t-il la deuxième épreuve sui- … vante, le lendemain même de la première :
«2° … On répète la même opération dans les mêmes conditions ; mais, aussitôt après l'ingestion du liquide, on fait couchér le sujet en position horizontale, le bassin relevé et le corps incliné fortement du côté droit. » S'il s’agit d'une simple atonie gastrique, « après une heure de posilion couchée, une nouvelle exploration gastrique ne ramène... plus qu’une quantité insignifiante de liqnide résiduel », | à
Et M. le professeur agrégé Carnot conclut : « La rétention de liquide en position debout, son évacuation après renversement latéral droit caractérisent donc une gastrectasie atonique sans sténose. »
Nous verrons plus loin comment le principe dont dérive la méthode de M. Carnot, l’autorise légitimement à émettre ces conclusions.
Avec ce diagnostic mème, et en partant du même principe, M. le professeur agrégé Carnot propose une méthode thérapeutique tout à fait analogue à celle de M. Martinet: cela n’a rien d'étonnant, les gastrectasies atoniques entraînant la stase alimentaire, Il conseille
donc au malade « de se coucher immédiatement après “le repas, d'incliner le corps du côté droit » et de « rele- ver le bassin ». |
+ Mais, jusqu'à ce moment, on n’avait envisagé que le fonctionnement de l'estomac à l'état. pathologique et: - surtout dans le décubitus latéral droit. IL était intéressant de savoir comment il fonctionne à l’état normal, non seulement dans le décubitus latéral droit, mais en- - core dans le décubitus latéral gauche.
Ce point de physiologie normale devail être étudié à Vienne, en 1910, par MM. les D‘ Markovic, médecin Serbe, et Perussia, de Milan (1).
Ils ont choisi une série de sujets ayant un estomac normal, et ils ont procédé sur eux à l'étude de l'évaeuation gastrique, au moyen de la radioscopie, en les
* faisant placer une fois sur le décubitus latéral droit, une autre fois sur le décubitus latéral gauche. Voici de quelle manière ils ont pratiqué leurs recherches :
« Le premier jour on donnait à ces sujets, à jeun, 300 grammes d’un repas de bismuth et on les faisait coucher ensuite sur le côté gauche. De temps en temps on les examinait aux rayons X, afin de saisir le moment précis où l’estomac ne contenait plus de traces appréciabies de bismuth.. Le lendemain on faisait les mêmes expériences, sur les mèmes sujets, dans le dé-
eubitus latéral droit. Les examens'aux rayons X étaient