‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 10 sur 51 · Les 7, 8, 9 et 10 mai · texte numérisé non relu

Les 7, 8, 9 et 10 mai

représentation des intérêts par les conseils du travail, à l'enseignement professionnel, à l'apprentissage, au placement, bref à tous les aspects de ce problème capital de l'heure présente. Et parce que je craindrais d'avoir tout à l'heure donné de l'Association une idée fausse, en laissant croire qu'elle se perd dans le vague des formules oratoires, je tiens à reproduire ici le questionnaire qui fut envoyé aux membres, plusieurs mois d'avance, pour la préparation de cette assemblée :

(( I. Existe-t-il dans votre localité des syndicats ? Si oui, en donner la liste en indiquant nettement dans quelle profession ils se recrutent et s'ils sont composés de patrons ou d'ouvriers. — 11. Quel est le nombre de leurs adhérents, et dans quelle proportion se trouvent-ils vis-àvis du nombre total des membres de la profession ? — 111. Quel est l'esprit de ces syndicats ? Se bornent-ils à l'étude et à la défense des intérêts professionnels, ou ont-ils surtout un but politique? — IV. Ces syndicats sont-ils isolés ou affiliés à des unions de syndicats ? Adhèrentils à une Bourse du travail ou à un Office du travail? — V. Ces syndicats se sont-ils adjoint des institutions sociales et économiques telles que caisses de secours mutuels, caisses de chômage, bureaux de placement? — VI. L'opinion publique de votre localité se préoccupe-t-elle

LES ASSOCIATIONS DE JEUNES CATHOLIQUES li

du mouvement syndical? Quelle a été jusqu'ici, vis-à-vis des syndicats existants, l'attitude des catholiques et en particulier de votre groupe? »

Au congrès même, l'abbé Lemire, parlant des dispositions qui devraient compléter la loi actuelle sur les syndicats, faisait applaudir de son auditoire, comme réalisables sans délai, ces trois réformes bien précises : que tous les professionnels aient le droit de se syndiquer, travailleurs intellectuels, ouvriers de l'Etat, artisans en chômage ou en retraite ; — que le syndicat représente, non seulement les intérêts économiques, mais encore tous les intérêts de la profession et les intérêts professionnels de chacun de ses membres ; — que les syndicats soient armés du droit de conclure avec les patrons des contrats collectifs et de posséder des immeubles.

Mieux et plus vite qu'en suivant dans le détail la marche de l'Association depuis ses origines, on se rend compte par ces citations de son esprit actuel, tel au moins qu'on le constate chez ses meilleurs représentants, chez ceux qui lui donnent aujourd'hui le ton. L'idéal supérieur n'a pas cessé d'être le même. Ce que cherche toujours cette généreuse jeunesse, c'est de faire régner en ce monde plus de vrai christianisme, par là même plus de moralité, plus de justice aussi et plus de bonheur pour le

grand nombre. Mais son attention a été de plus on plus attirée sur les moyens pratiques d'approcher de cet idéal, sur la nécessite de connaître les conditions naturelles de la société qu'il s'agit de sauver, sur l'importance de travailler à l'instruction et au bien-être matériel des hommes, tant pour se faire suivre d'eux dans la recherche de la vertu et de la foi, que parce ([u'en réalité cette instruction des personnes humaines, ce bien-être des enfants de Dieu, constituent déjà par eux-mêmes de très nobles fins.

Ainsi donc, l'Association évolue nettement dans le sens d'une démocratie large, saine, consciente et organisée. Et il ne faut pas croire que ce soit là un mouvement aveugle ou une tactique provisoire. L'Association sait très bien où elle va. Elle y va, parce qu'elle croit de son devoir d'y aller; elle y va sans respect humain ni crainte des vieux préjugés, sans ostentation ni flatterie pour la foule. Dans l'appel qui, à l'occasion du congrès de Chalon-sur-Saône, fut adressé à chacun des groupes par le président môme de l'Association, M. Bazire, et par les présidents de toutes les unions régionales et diocésaines, onze lignes étaient consacrées aux détails

matériels de la convocation, et six, à l'esprit dans lequel on la faisait ; or, voici intégralement le texte de ces dernières :

« L'Association a toujours affirmé ses tendances sociales : il importe qu'elle les précise. Au moment où on prétend exclure les catholiques de la vie nationale, nous devons nous préparer par l'étude des questions économiques et sociales à soutenir utilement la cause des intérêts populaires désertée par ceux-là mêmes qui, le plus bruyamment, s'en disaient les défenseurs. »

Et dans une adresse qu'elle a fait remettre à Léon XIII au commencement de 1903, l'Association s'exprime ainsi :

(( Vos encycliques : Au milieu des sollicitudes, Rerum novarum, Graves de co?nmuni, sont notre règle constante. Nous vous sommes tout particulièrement reconnaissants de nous avoir ouvert si largement la voie de V Action sociale, appelée démocratique ou populaire chrétienne, grâce à laquelle nous aurons accès chaque jour davantage auprès des masses populaires, dont les « souffrances imméritées » réclament des secours et qui, investies en ce siècle de la puissance publique, ne peuvent l'exercer pour le bien en dehors de l'inspiration chrétienne ^))

1. Voyez ces deux documents dans la Revue de la jeunesse catholique, numéro de mars 1903, pp. 170 et 175.

On retrouverait raffirmation des mêmes principes, des mêmes tendances, du même état d'esprit, dans toutes les manifestations récentes de l'Association, et cela non seulement lorsqu'elle parle en quelque sorte chez elle, dans l'intimité, mais toutes les fois qu'elle a occasion de s'exprimer en public par l'organe de ses membres les plus influents. Ce n'est pas une autre idée que M. Gaston Lacoin a voulu donner d'elle, lorsqu'il l'a présentée, en juin 1902, au congrès de la Société d'économie sociale.

Suivant la division même de son substantiel rapport, il a tenu à indiquer ses origines sociales, son but et ses fonctions sociales^ le côté social de son organisation, le caractère social des règles qu'elle s'est à elle-même imposées; autant de preuves, ajoutait-il, de « la réalité de l'action sociale qu'elle exerce ». Et, plus récemment encore, M. Georges Piot, l'un des dix membres du comité général, expliquait sous ce titre : les Conséquences d'une idée fixe, que, dirigée dès le début vers « une organisation nationale de tous les jeunes catholiques de France pour l'étude, la diffusion et l'application des doctr-ines sociales catholiques », l'Association s'est toujours et logiquement développée dans ce sens, à travers deux périodes : «la première où qWq. s'organise; la seconde ou elle se démoci^atise^ ».

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