‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 18 sur 51 · Ibidem^ p · texte numérisé non relu

Ibidem^ p

d'affirmer que « certains arguments appelés théologiques, et qui passent à la faveur du latin, fondraient d'eux-mêmes à la lumière éclatante et sous l'implacable précision du français ». C'est, dit-il, plus d'une fois qu'il a vu « des maîtres et des élèves, des examinateurs et des candidats, se chercher, s'appeler ou s'attaquer dans l'idiome des Capitulaires, et finir par se trouver, se répondre, s'entendre dans la langue de tout le monde ».

Il voudrait qu'au moins le professeur parlât français en classe, et c'est là, du reste, ce qu'on est bien obligé de faire la plupart du temps; mais il va plus loin, et il appelle de ses vœux des manuels français, il invite à en composer les professeurs de grands séminaires et de facultés libres, ceux qui, peut-être, se trouveraient connaître à la fois la théologie et Fart de bien dire. C'est un désir qui lui est commun, nous le savons, avec d'autres évêques. Qui sait s'il faudra bien longtemps encore attendre qu'il soit exaucé? Et qu'offre-t-il, après tout, d'irréalisable ou de dangereux? Sans doute on conti-

nuera de citer dans l'original les textes d'Ecriture ou de Pères de l'Eglise, les décisions de papes ou de conciles ; mais, pour le reste, ayant à expliquer et à discuter des ouvrages écrits en notre langue, on saura toujours ce que l'on dit et de quoi l'on parle ; on « fuira, comme une

facétie puérile ou une action déloyale, ces •subtilités d'argumentation où l'on jongle avec des textes et des raisons sans portée, et qui ne supporteraient pas l'épreuve d'une conversation familière ».

Nous donnerions, toutefois, une idée très fausse de ce qu'ont voulu faire les évêques de €hâlons et de La Rochelle, si nous ne citions de leurs lettres que les parties critiques, et en quelque sorte négatives. A la place d£S routines qu'ils blâment, leur grande préoccupation est d'introduire des procédés d'enseignement et de travail qui forment les jeunes prêtres à une instruction solide, claire, adaptée aux nécessités de maintenant, tout autant que fidèle à ce qu'offre heureusement d'immuable et de définitif la doctrine catholique.

Le terme d'enseignement positif revient maintes fois sous leur plume, tantôt pour rappeler que nos thèses théologiques doivent beau- €oup plus viser à établir la vérité elle-même qu'à réfuter l'erreur, tantôt pour inviter les professeurs à « encastrer, pour ainsi dire, l'exposé du dogme dans le mouvement de l'histoire ».

€e dernier point de vue est surtout celui de

M^" Le Camus ; l'autre, de M^' Latty. Mais tous deux s'accordent à déterminer avec soin la mise en pratique de ce qu'ils conseillent. Ils consacrent chacun plus de soixante pages à dire comment ils entendent l'enseignement de la philosophie, du dogme, de la morale, de l'Écriture sainte, du droit canon, de l'histoire ecclésiastique ; et fort peu d'écrits donnent aussi bien l'idée des points de doctrine auxquels se doivent appliquer, de préférence, tous ceux qui veulent aujourd'hui, en comprenant leur religion, se rendre capables de la justifier.

L'évêque de La Rochelle indique, dans le plus grand détail, quelles questions, quels traités occuperont chaque année de séminaire, et à l'aide de quels textes sacrés, de quels livres anciens ou modernes, on devra en approfondir l'étude; sa lettre constitue surtout un instrument de travail, et des mieux documentés, où les élèves mêmes des Facultés de théologie trouveront de précieux secours*.

L'évêque de Ghàlons nous donne, lui, un véritable résumé des doctrines essentielles du catholicisme, en élaguant tous les problèmes

1. Avec la lettre dont nous parlons, il faut lire une brochure sur le programme d'études au grand séminaire de La Rochelle, par un théologien. (Paris, Oudin, 1903.) On n'y trouvera que les programmes d'un examen trimestriel; mais ce simple relevé constitue un document des plus suggestifs et le meilleur peut-être des plaidoyers en faveur de la méthode.

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oiseux ou insolubles; et, bien qu'il ne cherche, en cela, qu'à fixer l'attention de ses futurs prêtres sur ce qui la mérite davantage, on peut prendre dans sa lettre une vue complète, ou très peu s'en faut, de tout ce qu'un chrétien doit croire. Il serait, sans doute, plus conforme aux convenances d'une Revue comme celle-ci d'insister sur les réflexions très justes et très « informées » qu'il consacre à l'état présent des questions morales ou sociales en dehors de la théologie (c'est afin de l'y adapter); mais nous donnerons une idée plus juste de son œuvre, et nous serons excusé par ce temps de carême, si nous rappelons, dans une citation caractéristique, ce qu'il veut qu'on enseigne aux séminaristes sur... les fins dernières. Une fois n'est pas coutume, et la s'atisfaction est vraiment trop grande de voir, par un évêque, exposés tels qu'ils le doivent être, ceux de nos dogmes qu'on travestit le plus souvent sous des inventions qui les rendent incroyables :

« En tête de votre leçon sur le ciel, écrit donc l'évêque à ses professeurs, placez ces paroles de saint Paul : u L'œil n'a point vu, « l'oreille n'a point entendu, l'esprit n'a jamais « conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui « l'aiment. » L'apôtre parlait ainsi après avoir été ravi jusqu'au troisième ciel. Nos prédica-

teurs, qui n'y sont jamais allés, ont cependant tout vu, tout entendu, tout compris. Citez ensuite les autres paroles du même apôtre et celles de saint Jean où il est dit « qu'au ciel « nous serons semblables à Dieu, et nous le verrons face à face, tel qu'il est ». Et à l'aide de quelques textes des Pères, essayez de rendre en traits généraux l'idée qu'on peut se faire de cette vision intuitive de Dieu, en ajoutant qu'elle répond à notre désir de l'infini. Rien de plus.

« Sur le purgatoire, donnez la doctrine du concile de Trente : Sess. VI, can. 30; Sess. XXII, can. 3 ; Sess. XXV. Il y a un purgatoire pour les âmes des justes qui sont encore redevables à la justice de Dieu ; ces âmes peuvent être aidées par les suffrages des fidèles et, surtout, par le sacrifice de la messe. Ces deux propositions sont de foi. Quant au reste, Bossuet a dit : « Le concile de Trente ne détermine pas en « quoi consistent les peines de ces âmes, ni « beaucoup d'autres pour choses semblables, « sur lesquelles ce saint concile demande une « grande retenue, blâmant ceux qui débitent « ce qui est incertain et suspect. »

« Il y a un enfer pour ceux qui meurent souillés du péché mortel; les damnés y sont punis suivant la gravité de leurs fautes; mais tous sont séparés de Dieu et soumis à des supplices éternels. C'est tout ce que l'Église impose

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à notre foi, sans décider même si le feu de l'enfer est un feu matériel ou un feu métaphorique. Exposez son enseignement traditionnel sur cette matière, montrez-en les profondes et indestructibles raisons. En même temps, recommandez à vos élèves de ne point parler de l'enfer autrement que ne fait l'Eglise, et d'éviter, non seulement les exagérations de doctrine, mais aussi tous ces excès de descriptions et de récits imaginaires, où l'on ne voit que scènes de violence, de haine et de désespoir. Le divin Maître nous a fourni un tout autre modèle dans la parabole de Lazare. « Il faut traiter dans le même esprit les trois autres questions : la fin du monde, la résurrection de la chair et le jugement dernier. Rien de plus certain, ni de plus clairement défini, que le fond de ces dogmes ; rien de plus incertain, rien qui échappe davantage aux prises de notre esprit que les circonstances où ils recevront leur accomplissement'. ■»

L'archevêque d'Albi et M. Hogan nous en apprennent davantage encore sur l'état présent et sur le progrès des études religieuses, non pas

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