‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 22 sur 51 · M^"" Mignot, Introduction aux Études du clergé · texte numérisé non relu

M^"" Mignot, Introduction aux Études du clergé

fond respect de la tradition qu'une foi généreuse au progrès, — ou, si l'on veut, — aux variations de l'esprit. »

S'être pénétré personnellement des vérités religieuses et comprendre l'état d'âme de ceux à qui l'on s'adresse, voilà donc à quelles conditions l'apologiste de la religion et le prédicateur intéresseront les contemporains.

Quelques-uns y arrivent.

Ce ne sont pas ceux qui recourent le plus souvent aux sermonnaires, aux trésors pleins de monnaies qui n'ont plus cours, aux sommes et recueils de toutes sortes oii se rencontrent les discours prêts d'avance pour n'importe quel auditoire ; mais les prêtres instruits et désireux du bien qui, d'une part, ont appris avec sincérité et sans cesse approfondissent davantage les vérités religieuses ; d'autre part, se tiennent en contact avec les idées, les besoins, les aspirations, les qualités et les défauts de ceux qu'ils ont à éclairer et à moraliser. « Vous imaginezvous, dit J'évêque de Châlons, des recueils de discours oii les magistrats, les avocats, les orateurs de parlements, iraient chercher leurs harangues pour défendre une loi, venger un client, faire triompher une cause et des intérêts très spécifiés? Les sujets de nos prédications ont, il est vrai, quelque chose d'immuable et qui s'applique à tous les temps, comme nos thèses

théologiques; mais il faut les adapter au temps où l'on vit, aux auditeurs à qui l'on parle, à l'heure même où l'on parlée » Ce n'est pas h dire certes, qu'il faille parler en chaire d'autres sujets que de la religion, favoriser les préjugés ou les passions du Jour, demander un succès facile aux allusions de la politique, de la littérature courante ou des scandales les plus récents; à ce prix on peut se faire écouter, mais non se faire estimer, ni surtout convertir les âmes. « Le sermon, dit M. Hogan, n'est que de la théologie dogmatique, ascétique ou morale, mais accommodée à l'esprit et aux besoins des auditeurs. » S'il vous déplaît de vous adapter ainsi à l'âme des contemporains,

laissez l'Eglise pour quelque chaire de scolastique ; et, s'il vous plaît de parler d'autre chose que de religion, laissez l'église encore pour les réunions profanes.

A ce rapide aperçu des conseils qui ont trait au ministère de la prédication, l'on peut voir que les initiateurs du renouvellement des

1. Lettre de M'"" Vévêque de Châlons aux directeurs de son grand séminaire^ p. 101.

études religieuses ne se méprennent en aucune façon sur les caractères avant tout pratiques de la formation qu'on reçoit au grand séminaire. Jamais ils ne le confondent avec la Faculté de théologie. On dit que l'évêque de La Rochelle, dont la lettre a, d'ailleurs, reçu du Saint-Père une approbation sans réserve, n'a pas laissé d'étonner quelques esprits par la force et l'ampleur des programmes qu'il trace; mais celan'empêche que lui-même a soin de rappeler, dès le début, à ses professeurs, que leur cours doit rester élémentaire. « C'est, ajoute-t-il, le rôle spécial de nos Universités catholiques de donner le haut enseignement qui aborde les plus sérieuses difficultés dogmatiques, scripturaires, historiques ou autres, et nous réserverons aux élèves d'élite la faveur d'aller à Paris écouter les maîtres de cet enseignement. » L'évêque de Châlons écrit à ses séminaristes : « Si, parmi vous, il s'en trouve qui aient des talents plus qu'ordinaires, nous saurons bien les distinguer, et nous leur fournirons les moyens d'aller, soit à Paris, soit à Rome, pour donner à leurs études un développement plus complet. » Et dans une autre lettre, répondant à ceux qui, peutêtre, trouveraient trop simple et trop clair le programme de théologie dont nous avons plus haut cité un passage : « J'écris, dit-il, pour mes séminaristes. Si vous voulez des formes plus

scolastiques et plus scientifiques, allez, je vous prie, les demander à nos Universités et à nos Instituts. »

Cette distinction entre l'enseignement supérieur et l'enseignement usuel des grands séminaires, n'a, du reste, échappé à aucun homme de sens dans aucun pays. M^" Spalding, en un discours sur l'éducation supérieure des prêtres qui, récemment, a eu la fortune d'être loué sans réserves par le cardinal Perraud, montre dans le séminaire « une école oii l'on se prépare simplement aux côtés pratiques du ministère », oii l'on se borne à acquérir « des connaissances professionnelles » ; et il part de là, justement, de cette limitation inévitable des études du grand séminaire, pour proclamer la nécessité d'universités oii se développe une culture plus haute'. Plus qu'à tout autre, une éducation supérieure convient au prêtre catholique, dont la mission est sans nul doute la plus importante qui puisse être dévolue à une créature humaine. Il en a besoin pour sa formation personnelle, pour son action de tous les jours dans les rencontres de la vie privée ; il en a besoin pour acquérir une

1. Spalding, Opporlunité (chez Lethielleux), chap. iv, l'Éducation supérieure du prêtre : « De cette dernière conférence surtout, écrit l'évêqued'Autun au traducteur, bon nombre de nos prêtres français auraient grand profit à tirer, et nous aussi par conséquent, puisque nous avons mission de leur donner des conseils et de les diriger. »

fond respect de la tradition qu'une foi généreuse au progrès, — ou, si Ton veut, — aux variations de l'esprit. »

S'être pénétré personnellement des vérités religieuses et comprendre l'état d'âme de ceux à qui l'on s'adresse, voilà donc à quelles conditions l'apologiste de la religion et le prédicateur intéresseront les contemporains.

Quelques-uns y arrivent.

Ce ne sont pas ceux qui recourent le plus souvent aux sermonnaires, aux tréso)'s pleins de monnaies qui n'ont plus cours, aux sommes et recueils de toutes sortes oii se rencontrent les discours prêts d'avance pour n'importe quel auditoire ; mais les prêtres instruits et désireux du bien qui, d'une part, ont appris avec sincérité et sans cesse approfondissent davantage les vérités religieuses ; d'autre part, se tiennent en contact avec les idées, les besoins, les aspirations, les qualités et les défauts de ceux qu'ils ont à éclairer et à moraliser. « Vous imaginezvous, dit l'évêque de Châlons, des recueils de discours où les magistrats, les avocats, les orateurs de parlements, iraient chercher leurs harangues pour défendre une loi, venger un client, faire triompher une cause et des intérêts très spécifiés? Les sujets de nos prédications ont, il est vrai, quelque chose d'immuable et qui s'applique à tous les temps, comme nos thèses

RENOUVELLEMENT DES ÉTUDES ECCLÉSIASTIQUES iOl

théologiques; mais il faut les adapter au temps où l'on vit, aux auditeurs à qui l'on parle, à l'heure même oii l'on parlée » Ce n'est pas à dire certes, qu'il faille parler en chaire d'autres sujets que de la religion, favoriser les préjugés ou les passions du jour, demander un succès facile aux allusions de la politique, de la littérature courante ou des scandales les plus récents; à ce prix on peut se faire écouter, mais non se faire estimer, ni surtout convertir les âmes. « Le sermon, dit M. Hogan, n'est que de la théologie dogmatique, ascétique ou morale, mais accommodée à l'esprit et aux besoins des auditeurs. » S'il vous déplaît de vous adapter ainsi à l'âme des contemporains, laissez l'Eglise pour quelque chaire de scolastique ; et, s'il vous plaît de parler d'autre chose que de religion, laissez l'église encore pour les réunions profanes.

A ce rapide aperçu des conseils qui ont trait au ministère de la prédication, l'on peut voir que les initiateurs du renouvellement des

1. Lettre de M'" l'évêque de Châlons aux directeurs de son grand séminaire y p. 101.

études religieuses ne se méprennent en aucune façon sur les caractères avant tout pratiques de la formation qu'on reçoit au grand séminaire. Jamais ils ne le confondent avec la Faculté de théologie. On dit que l'évêque de La Rochelle, dont la lettre a, d'ailleurs, reçu du Saint-Père une approbation sans réserve, n'a pas laissé d'étonner quelques esprits par la force et l'ampleur des programmes qu'il trace; mais celan'empêche que lui-môme a soin de rappeler, dès le début, à ses professeurs, que leur cours doit rester élémentaire. « C'est, ajoute-t-il, le rôle spécial de nos Universités catholiques de donner le haut enseignement qui aborde les plus sérieuses difficultés dogmatiques, scripturaires, historiques ou autres, et nous réserverons aux élèves d'élite la faveur d'aller à Paris écouter les maîtres de cet enseignement. » L'évêque de Châlons écrit à ses séminaristes:» Si, parmi vous, il s'en trouve qui aient des talents plus qu'ordinaires, nous saurons bien les distinguer, et nous leur fournirons les moyens d'aller, soit à Paris, soit à Rome, pour donner à leurs études un développement plus complet. » Et dans une autre lettre, répondant à ceux qui, peutêtre, trouveraient trop simple et trop clair le programme de théologie dont nous avons plus haut cité un passage : « J'écris, dit-il, pour mes séminaristes. Si vous voulez des formes plus

scolastiques et plus scientifiques, allez, je vous prie, les demander à nos Universités et à nos Instituts. »

Cette distinction entre l'enseignement supérieur et l'enseignement usuel des grands séminaires, n'a, du reste, échappé à aucun homme de sens dans aucun pays. M^'" Spalding, en un discours sur l'éducation supérieure des prêtres qui, récemment, a eu la fortune d'être loué sans réserves par le cardinal Perrau<], montre dans le séminaire « une école oii l'on se prépare simplement aux côtés pratiques du ministère », où l'on se borne à acquérir « des connaissances professionnelles » ; et il part de là, justement, de cette limitation inévitable des études du grand séminaire, pour proclamer la nécessité d'universités où se développe une culture plus haute'. Plus qu'à tout autre, une éducation supérieure convient au prêtre catholique, dont la mission est sans nul doute la plus importante qui puisse être dévolue à une créature humaine. Il en a besoin pour sa formation personnelle, pour son action de tous les jours dans les rencontres de la vie privée ; il en a besoin pour acquérir une

1. Spalding, Opportunité (chez Lethielleux), chap. iv, l'Éducation supérieure du prêtre : « De cette dernière conférence surtout, écrit l'évêque d'Autun au traducteur, bon nombre de nos prêtres français auraient grand profit à tirer, et nous aussi par conséquent, puisque nous avons mission de leur donner des conseils et de les diriger. »

juste influence dans les controverses actuelles, et tout au moins pour s'y rendre supportable. « Ceux qui savent peu et mal, dit Spalding, ne se doutent môme pas de leur ignorance sans limites. Plus est restreint le cercle de nos idées, plus nous sommes obstinés dans nos opinions, et c'est toujours le moins compétent qui cherche des querelles aux autres; quand on est capable d'un travail sérieux, on se contente de l'accomplir; on n'a pas le temps de discuter. Celui qui sait ce que c'est que la méthode et qui est familiarisé avec les chefs-d'œuvre n'attache pas plus d'importance qu'il ne faut à sa propre opinion. Une sorte de pudeur l'éloigné des vaines et amères controverses : il estime que de se fâcher ne prouve rien^. » Et voilà peutêtre pourquoi, occupés à faire plus de besogne, les plus instruits et les plus sages des ministres de l'Église font souvent moins de bruit que les autres.

Il n'est pas douteux que trop longtemps encore ce sera la grande minorité des prêtres qui pourront suivre les cours de nos Facultés libres. Devons-nous donc désespérer de voir s'étendre jusqu'aux autres, du moins en quelque mesure, les bienfaits presque nécessaires de l'éducation supérieure? Il ne le semble pas. Plusieurs

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