‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 23 sur 51 · Opportunité, p · texte numérisé non relu

Opportunité, p

exemples sont là pour démontrer qu'avec de l'intelligence et de l'énergie, on peut suppléer, par le travail personnel, à ce manque de formation. Mais, surtout, il y a un moyen bien simple de propager la haute éducation; c'est de ne donner à la jeunesse cléricale que des maîtres ayant fréquenté eux-mêmes les Universités et qui soient tellement pénétrés des bonnes méthodes, des vues générales, des découvertes récentes, qu'il leur soit impossible de verser pour leur propre compte et d'entraîner avec eux leurs élèves dans un amas d'ignorances, de naïvetés et de préjugés sous lequel la vérité religieuse resterait à peine reconnaissable. De tels maîtres se garderaient sans doute d'importer au séminaire leurs programmes d'Université; mais ils y feraient pénétrer le goût et l'habitude des procédés sincères et vraiment scientifiques; ils élagueraient les inutilités; même en se bornant à exposer l'indispensable, ils laisseraient deviner aux élèves qu'il y a quelque chose au delà, et ils leur inspireraient le désir d'y atteindre, en même temps que, par des indications de livres ou de revues, par la correction de quelques essais, de quelques dissertations, ils leur feraient voir au moins le commencement des chemins qui mènent au travail personnel. Sans doute ils ne donneraient qu'un nombre limité d'idées et de connaissances ;

mais elles seraient tout justes, et, au lieu de s'enfoncer dans l'esprit à l'état de bornes, elles s'y dresseraient en pleine lumière, comme autant de pierres d'attente pour des constructions futures.

Nous l'avons dit, cette réforme est commencée; les congrégations de Saint-Sulpice et de Saint-Lazare ont institué, tant à Paris qu'à Rome, des maisons d'étude pour leurs professeurs de grands séminaires, et plusieurs évêques offrent des moyens analogues de préparation aux prêtres séculiers qu'ils destinent au même enseignement i. Il faut souhaiter que ces pratiques se généralisent. Il n'en est pas d'aussi décisives. Rien ne sert de décréter les plus sages mesures, si l'on manque d'hommes pour les appliquer. Confiez, au contraire, l'enseignement du clergé à des maîtres compétents; ils se chargeront bien, même à travers manuels et programmes vieillis, de donner à leurs élèves une bonne formation. Ce sont, après tout, les maîtres qui font les écoles, et mieux vaut entendre des Le Hir ou des Hogan dans un séminaire que des professeurs médiocres à l'Université.

1. Un plus grand nombre d'évêques vont être amenés à faire de même, le gouvernement les ayant privés de leurs professeurs congréganistes, notamment des Lazaristes et des Picpuciens.

On s'étonnerait qu'en un article sur l'état présent des études du clergé rien ne fût dit de cette question biblique à laquelle s'attache de nos jours un intérêt si profond, si ému et parfois même si voisin de l'inquiétude.

Ce n'est pas certes la matière qui ferait défaut à la controverse, s'il nous plaisait d'y entrer, ni même à un impartial exposé des faits et des opinions ^ A défaut d'autres documents, et certes il n'en manquerait pas, les quatre auteurs, sur qui nous nous sornmes appuyés tout le long de notre étude, ont publié sur ce sujet brûlant des instructions et des conseils dont Tonne saurait méconnaître la grande autorité. M. Hogan ne consacre pas moins de soixantehuit pages à son chapitre « de la Bible » ; il y retrace l'histoire des études bibliques et montre la place qu'elles doivent tenir dans la vie, du séminariste et du prêtre ; il y expose et il y apprécie les diverses attitudes de l'apologie contemporaine en face des problèmes qui se râp-

1. Ceux que le sujet intéresserait davantage trouverontdes renseignements dans le livre de l'abbé Houtin, la Question biblique chez les catholiques de France au xix° siècle. (Paris, librairie Picard.) Mais il ne faut pas oublier que la lecture en est interdite dans les diocèses de Paris et de Laval.

portent à l'authenticité des Livres Saints et à leur inspiration. On a de l'évêque de Ghâlons une « lettre sur les Etudes bibliques » ; on en a une de l'archevêque d'Albi sur « l'apologétique et la critique biblique », » L'évêque de La Rochelle en parle à plusieurs reprises dans son programme de réorganisation', et l'on connaît ses travaux personnels sur le Nouveau Testament.

Mais, d'une part, la question est des plus épineuses; et , pour la traiter, nous ne possédons ni cette compétence qui permet d'y introduire des lumières nouvelles, ni même cette ignorance qui permet de tout y trancher sans hésitation dans le sens le plus téméraire ou dans le sens le plus rétrograde, et, par exemple, de refuser au Pentateuque toute autorité historique ou d'affirmer qu'on est hérétique si on ne le croit pas écrit en entier de la main de Moïse i.

D'autre part, un acte admirable du Saint-Siège

i. Pour se faire une idée de la prudence qui s'impose en pareille matière, qu'on médite le petit fait cité par M«'Mignet dans le discours de Toulouse : « Il suffit parfois de quelques années pour modifier l'aspect d'une question. Le dernier numéro de la Revue biblique nous signalait un cas de ce genre : tandis que dans les premiers volumes du Cursus Scripturas sacrœ (œuvre collective des Jésuites), le P. Gornély consacrait environ 150 pages à établir par le dehors l'authenticité, l'intégrité, la mosaïcité du Pentateuque, voici que le P. de Hummelauer, arrivé au terme de ses commentaires sur la Tbora, opine, dans ce même ouvrage et à l'aide du même nombre de pages, que la composition du Pentateuque n'a pas été l'œuvre d'un homme, ni d'une époque, mais de plusieurs siècles. »

i -: • » -IVELLEMENT DES ÉTUDES ECCLÉSIASTIQUES 109

vient de faire entrer le débat dans une phase imprévue de paix et de calme examen, dans une sorte de trêve laborieuse et féconde que ce serait un vrai crime de s'exposer à rompre.

Léon XIII a nommé une commission internationale des Études bibliques dont nous devons attendre les délibérations.

Signalé seulement dans quelques journaux religieux, cet événement ne nous semble pas avoir été remarqué de l'opinion autant qu'il le méritait. Peut-être est-ce dû, en partie, à la discrétion qui s'impose et qu'on a bien fait d'observer sur les faits, les démarches, les agitations, qui ont décidé le chef de l'Eglise à replacer ces problèmes dans la sphère hautement sereine où ils devraient toujours se traiter. Mais est-il nécessaire de connaître tous les secrets, j'allais dire tous les dessous des querelles théologiques, pour saisir l'importance et la nouveauté d'une initiative du Pape, qui retire aux congrégations romaines compétentes l'examen de la plus grave et de la plus difficile des questions actuelles, pour la confier à une commission de savants catholiques des divers pays?

Le président delà commission internationale est le cardinal Parocchi, qui a toujours passé pour l'un des membres les plus éclairés du Sacré-Collège. De ses deuxassesseurs, le premier, cardinal Segna, possède une connaissance re-

MOTIFS d'espérer. 1

Ï'IO QUELQUES MOTIFS d'eSPÉRER

«larquable des Pères de l'Eglise; l'autre, cardinal Vives y Tuto, capucin espagnol de quarante-huit ans, s'est distingué par des capacités exceptionnelles dans toutes les hautes fonctions qu'il a déjà remplies malgré sa jeunesse relative. Le secrétaire et, à ce qu'on prévoit, le membre le plus actif, la cheville ouvrière de la commission, est un savant Franciscain anglais, le P. David Fleming. Les autres membres, appelés « consulteurs », sont MM. Van Hoonacker, professeur à l'université de Louvain; Grannan, professeur a l'université de Washington ; Fracassini, professeur au séminaire de Pérouse ; Jorio, professeur au séminaire de Païen cia, €n Espagne; Vigouroux, professeur à l'Institut catholique de Paris; le P. Esser, secrétaire de la congrégation de l'Index; le P. von Hummelauer. Jésuite du collège Saint-Ignace en Hollande; le P. Gismondi, également Jésuite, professeur à l'université grégorienne, à Rome; dom Ambroise Amelli, prieur de l'abbaye du Mont- €assin ; MM. Robert Clarke, du clergé de Westminster, et Poels, du clergé de Ruremonde, en Hollande. Tous ces prêtres et tous ces religieux ont consacré leur vie aux études d'exégëse ; plusieurs y oni; fait preuve d'un talent hors de pair ' .

1. Depuis la composition de ces pages, qui furent d'abord données au Correspondant du 10 mars 1902, divers changements se sont produits dans le personnel de la commission bi-

RENOUVELLEMENT DES ÉJDDES ECCLÉSIASTIQUES JH

A ce groupe international de savants spécialistes^ — ces termes impliquent par eux-mêmes deux idées fort nouvelles, — une mission donc a été confiée par le Pape. En quoi au juste consiste-t-elle? Les commissaires seuls pourraient la préciser dans tous les détails, car le formulaire de questions qui leur a été soumis demeure, comme l'on dit, sous le secret pontifical; mais les renseignements officieux assurent qu'il est conçu dans l'esprit le plus large et le mieux informé. Ce qui ne fait guère de doute, c'est que la commission, laissant de côté les questions de personnes, cherchera à fixer les limites où se peut librementmouvoirl'exégèse catholique, et qu'elle déterminera les positions qui doivent être, dans l'intérêt de la foi, conservées ou abandonnées. Les noms des consul teurs garantissent l'esprit de tolérance et d'orthodoxie qui présidera à l'enquête. Comme ils représentent des nuances assez différentes, il y a lieu de croire que le territoire « neutralisé » présentera une certaine étendue. Chacun fera connaître l'état des questions et les courants de pensées tels qu'ils s'offrent dans son pays et dans son milieu. Ceux

blique. Le cardinal Parocchi, défunt, a été remplacé par le cardinal Rampolla. M. Vigouroux a été nommé secrétaire, comme le P, Fleming. De nouveaux et nombreux consulteurs ont été désignés, parmi lesquels, le P. Genocchi, M. Lesètre, M. Fouard, le P. Lagrange, le P. Scheil, le P. Lepidi,le P. Cornély, les professeurs Kaulen, Schoefer, Hoberg, etc.

qui vivent à Rome échangeront leurs idées oralement; les autres enverront par écrit leurs observations et leurs documents ; ils seront tenus au courant des délibérations par le secrétaire. Ce sera au président de convoquer des réunions plénières quand il le jugera bon d'après l'avancement de l'enquête ou pour des motifs graves. On ne sait, du reste, ni combien de temps la commission gardera ses pouvoirs, ni jusqu'oii ils iront. Quelques-uns lui prédisent de glorieux développements et la comparent déjà à la congrégation de la Propagande, qui en est venue à administrer presque toute l'Eglise en dehors de l'Europe, après n'avoir été chargée, au début, que des intérêts spirituels de certains réfugiés albanais. Pourquoi la nouvelle commission ne verrait-elle pas grandir, elle aussi, le nombre de ses membres et l'étendue de ses attributions? Pourquoi, par exemple, ne serait-elle pas chargée, quelque jour, de reviser la Vulgate, les Septante, le texte, hébreu de la Bible ^? D'autres témoignent une moindre confiance dans l'avenir qui lui est réservé, et, tout en reconnaissant que le seul fait de sa nomination marque un avancement notable dans la marche

1. Voyez la correspondance romaine du Tablet, organe officiel de larchidiocèse de Westminster, 11 janvier 1902. — Le principal document sur cette matière est maintenant le Décret Vigilantiœ, du 30 octobre 1902, par lequel le Pape a institué la commission biblique définitivement et officiellement.

des idées, ils se demandent si une institution tellement étrangère aux coutumes établies pourra, du premier coup, faire sentir son action ou seulement se maintenir.

Favorables ou funestes, les pronostics semblent tous également risqués. Mais, si personne ne peut prévoir à coup sûr l'avenir de la commission internationale des Etudes bibliques, déjà l'on constate que sa création même a exercé une influence des plus heureuses sur l'état d'esprit de tous ceux qui s'occupent d'exégèse. Son caractère officiel ne peut manquer de rassurer les conservateurs; le choix de beaucoup de ses membres est de nature à inspirer confiance aux progressistes. Et quant à nous, public incompétent, mais attentif à tout ce qui intéresse l'honneur de l'Eglise ou la paix des âmes, nous ne pouvons que nous réjouir devoir, en des matières très délicates et en des questions qui ne semblent pas mûres, l'action du Pape s'exercer une fois de plus dans le sens de la sagesse, de la patience et de la modération

Il n'y a pas un si long temps, c'était un& chance rare de rencontrer des admirateurs du: P. Gratry; et môme, lorsque, il y a trois ans, un ouvrage important retraça les gloires de Faction et de la pensée catholique en France au- XIX® siècle S on eut l'étonnement d'y voir, an; chapitre de la philosophie, les places occupéespar tant de grands hommes et de petits, qu'il n'en restait pas une pour l'auteur de la Connais^ sance de PAine et de ia Connaissance de Dieu..

On découvrait alors ce maître comme il est dit que La Fontaine découvrit Baruch ; de même^ qu'autrefois le fabuliste, on s'éprenait d'un bel enthousiasme pour le prophète méconnu et l'on; s'en allait répéter à tous : « Avez-vous lui Gratry? »

Mais les prosélytes restaient en si petit

Page 1