‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 26 sur 51 · partie, livre VII · texte numérisé non relu

partie, livre VII

sualités, aux plaisirs, aux vanités, aux orgueils^ aux intérêts... Ces hommes ou ces femmes qui sont derrière ces quatre murs, ils s'habillent de bure, ils sont égaux, ils s'appellent frères ; c'est bien, mais font-ils encore autre chose? Oui. Quoi? Ils prient... Nous saluons qui s'agenouille... Il y a le labeur visible et le labeur invisible... Les bras croisés travaillent, les mains jointes font... Il n'y a pas d'œuvre plus sublime peut-être que celle que font ces âmes. Et nous ajoutons : il n'y a peut-être pas de travail plus utile. Il faut bien ceux qui prient toujours pour ceux qui ne prient jamais. »

Encore une fois, cela est de Victor Hugo, non pas de l'adolescent qui chantait Louis XVII, mais de l'homme mûr et presque du vieillard, qui déjà n'était plus catholique, mais qui gardait une âme et qui avait trop souffert de la tyrannie pour méconnaître le prix de la liberté.

Liberté, civilisation, peut-être que c'est là, dans l'acharnement actuel des partis, de trop grands mots et de trop grandes choses. 11 en est de plus accessibles à l'instinct des foules et au calcul des chefs. L'intérêt de chaque groupe hostile devrait, à défaut d'autre sentiment, lui commander la tolérance. Un excès appelle un excès. Quelques-uns peut-être hésiteront àdire^ comme le fait M. Anatole Leroy-Beaulieu, que « l'antisémitisme et l'anticléricalisme sont, à

bien des égards, le produit et comme le pendant l'un de l'autre », car il est certain, comme il semble, du reste, le reconnaître, que les anticléricaux ont paru dans la République avant les antisémites; mais oii tous les gens sensés seront d'accord avec lui, c'est lorsqu'il invite les non-catholiques à réfléchir sur les conséquences des mesures anticléricales d'aujourd'hui. 11 n'est pas prudent d'habituer un peuple à l'idée qu'on peut enlever leurs droits aux gens qui déplaisent, et spolier de leurs biens ceux dont la fortune paraît injuste ou mal employée. Sans faire appel à la crainte des représailles, n'est-ce pas assez que d'invoquer, auprès des meilleurs tout au moins et des plus éclairés, le sentiment de la justice et le respect des consciences? Où ces biens essentiels de l'homme se trouvent menacés, là se doit porter l'effort de toutes les âmes droites. Aujourd'hui c'est chez nous; qu'on vienne à notre aide. Si demain -c'est ailleurs, on nous y verra.

Les choses vont vite sur la pente où glisse aujourd'hui la France. Lorsque M. Leroy-Beaulieu flétrissait, à l'École des Hautes Etudes sociales, toutes les doctrines de haine, et même.

plus récemment, lorsqu'il publiait en volume ses admirables leçons, l'intolérance n'en était encore, sauf pour des cas individuels, qu'aux paroles, aux injures, aux menaces. Nous la voyons aujourd'hui descendre, — c'est bien le mot, — à une première exécution de ses basses œuvres.

M. Leroy-Beaulieu, nous en sommes certain, ajouterait maintenant d'éloquentes pages à son livre. Ce ne seraient ni les traits d'arbitraire des pouvoirs publics, ni les menaces insensées de politiciens hors d'eux-mêmes, ni les premières violences des bandes révolutionnaires,^ qui feraient défaut à sa documentation; mais ce ne serait pas non plus, grâce à Dieu, la protestation des âmes généreuses, et il l'entendrait s'élever des groupes les plus opposés, des confessions et des partis les plus dissemblables. Aussi pouvons-nous croire que ce dernier chapitre, loin d'être le plus attristé, s'achèverait sur des paroles de réconfort.

En sa qualité de catholique, l'auteur aimerait mieux voir ceux de sa religion dans le rôle de victimes que dans le rôle d'oppresseurs; et libéral, il lui plairait de les entendre confondre leur cause avec celle de la liberté. Français enfin, il applaudirait au réveil commencé de la conscience française ; il se consolerait de ce que font les élus en regardant ce que font les électeurs.

Il exprimerait avec confiance le vœu qu'une si dure leçon porte d'heureux fruits. A ses concitoyens, à ses coreligionnaires, il demanderait de résister, sans doute, à l'oppression actuelle de la secte au pouvoir, mais aussi de comprendre, une fois pour toutes, qu'il n'y a, pour les peuples d'à présent, pas d'unité morale sans la tolérance mutuelle, pas de justice ni de paix sans le respect de la conscience d'autrui.

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