A Edouard de Suckau. Paris, 28 novembre
Encore a-t-on l'air casseur de vitres. M. Le Clerc m'a fait entendre que je passais pour révolté, et son rire académique m'a fait l'honneur de s'exercer sur mes aventures. Je suis en négociations pour avoir le droit de dédier ma thèse à M. Vacherot.
On ne peut être reconnaissant qu'avec patente. Au diable la vie, et vivent les amis ! Mon bon Ed., une réponse et un bon serrement de main.
Ecrits avec cet enthousiasme, VEssai sur Tive-Live n'en fut pas moins couronné par l'Académie, et la thèse sur La Fontaine admise avec faveur par la Sorbonne d'abord, ensuite par tout le monde lettré. Seulement il avait fallu s'abstenir de dédier l'œuvre à M, Vacherot, tant était grande, dès cette époque, la tolérance des pouvoirs publics. Mais nous avons dit que nous ne toucherions point aux sujets politiques.
Le jeune professeur lui-même ne s'y intéressait, du reste, qu'à moitié, et souvent il avait à se défendre contre les reproches de tiédeur, sinon de pusillanimité, que lui adressait son bouillant amiPrévost-Paradol. Une lettre écrite par Taine à vingt et un ans nous dispensera d'autres citations. En même temps qu'elle jette un jour très vif sur son étonnante maturité de pensée et de style, elle offre l'avantage d'exprimer des idées d'un ordre général et qui, nous ie craignons bien, seraient encore d'actualité.