‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 37 sur 51 · La question était alors en pleine controverse · texte numérisé non relu

La question était alors en pleine controverse

y était par son amour et par sa grâce, lui qui veut avant tout des adorateurs en esprit et en vérité...

Je le répète, Mesdames et Messieurs, en se rapprochant ainsi de nous dans le détail de leurs idées et de leurs pratiques, c'est ma conviction que les anglicans travaillent, sans le savoir, au rapprochement plus complet de l'avenir. Mais, enfin, quand cela ne serait pas, quand Dieu refuserait par impossible la réalisation de cette espérance à tant de désirs, à tant d'efforts ^ à tant de prières, dites-moi, est-ce que dès maintenant ce n'est pas un bien, de voir augmenter chez beaucoup d'âmes sincères la possession des croyances vraies et l'exercice des vertus chrétiennes? Rappelons-nous que, pour avoir la vie de la grâce en ce monde, et dans l'autre la vie de la gloire, la théologie orthodoxe n'exige, avec la bonne foi et le baptême, que la croyance en l'existence d'un Dieu unique et rémunérateur. Les plus sévères et les moins nombreux ajoutent que la foi à la Trinité et à l'Incarnation est également nécessaire de nécessité de moyen. Or, il est clair que les anglicans ont beaucoup plus que ce nécessaire. C'est pourquoi il faut parler d'eux avec bienveillance et ne pas penser qu'on a tout dit lorsqu'on les a traités de protestants. Protestants, ils le sont sans doute, si, comme, je le crois, l'essence du

protestantisme est de ne point se soumettre à l'autorité centrale de l'Église ; mais ce n'est que justice de ne pas confondre avec des calvinistes ou des luthériens des hommes qui croient à l'épiscopat et qui reprennent peu à peu, en même temps que nos rites, nos pratiques essentielles, voire celles de la confession et de la communion.

A tant vanter ce que déjà possèdent les anglicans, n'ai-je pas risqué de vous faire croire qu'il ne leur manque plus rien?

Si je vous ai donné cette impression, il est temps de la rectifier. Tout d'abord, il faut bien se représenter que le tableau favorable et pourtant si vrai, que je viens de vous faire des anglicans, ne s'applique, en réalité, qu'à un assez petit nombre d'entre eux, à l'aile droite de l'Eglise officielle ou établie, c'est-à-dire aux membres de la Haute-Eglise, Righ Church. Encore dans la High Church n'y a-t-il guère que les vrais ritualistes à se rapprocher de nous jusqu'à se confesser et à communier.

Eh bien ! c'est cette minorité elle-même qui a, malgré ses qualités et ses mérites, un urgent besoin de l'union avec nous. A ceux-là, qui

sont nos plus proches voisins, voici encore ce qu'on peut dire et ce que j'ai eu occasion de leur dire moi-même ^ : « L'union vous est nécessaire, quand ce ne serait que pour la satisfaction de vos cœurs ; et vos âmes de chrétiens souffriront comme d'une plaie non cicatrisée, tant que la prière de Notre-Seigneur restera sans accomplissement, tant que les enfants de Dieu ne seront pas un ensemble, comme le Père et le Fils sont un. Et si ce sentiment de regret est aussi le nôtre, il doit être bien plus vif parmi vous. Chez combien de nations le catholique romain ne rencontre-t-il pas des frères semblables à lui? Mais vous, lorsque vous quittez votre pays, n'êtes-vous pas à peu près partout comme des étrangers, au point de vue religieux? et les meilleurs d'entre vous ne sont-ils pas tentés de s'écrier, comme lord Halifax dans son discours de Bristol :

« Que ne donnerions-nous pas pour faire nos confessions et nos communions à l'étranger comme en notre pays ! »

Avec la liberté de langage dont chacun jouit en Angleterre, j'irais plus loin et je leur dirais encore :

1. Les paroles qu'on va lire et celles qui, dans les pages suivantes, se présentent entre guillemets, ont été réellement prononcées dans la réunion tenue à Ghrist-Ghurch Collège, à Oxford, et dont il est question plus haut, p. 190.

« L'union religieuse que vous ne possédez pas avec les autres peuples cbrétiens, vous ne l'avez même pas chez vous. Jusque dans le sein ,,^e l'Eglise établie, oii l'on accepte en principe la direction des évêques, combien de divergences abritées sous ce nom commode de Church of England! N'y voit-on pas des ecclésiastiques distingués soutenir des opinions contraires sur des doctrines fondamentales, et ne se trouve-t-il pas jusqu'à des évêques pour différer d'idées sur des points de dogme que beaucoup de chrétiens peuvent croire essentiels? Et combien le mal apparaît plus grand dès que l'on jette les yeux, en dehors de l'Eglise officielle, sur tant de confessions et de sectes qui se séparent de vous! »

Sans trop insister sur ce sujet pénible, il serait encore facile de montrer aux anglicans que ces divisions ne se produisent pas au même degré chez les catholiques romains ; et que, si l'on remonte dans le passé, il se trouve aussi que l'Angleterre possédait autrement d'unité religieuse dans le temps de son union à Rome, avant le xvi^ siècle. « A quoi cela tient-il? pourrait-on ajouter. Ne serait-ce pas que vous manquez de critérium pour distinguer le vrai du faux, que vous manquez d'un juge pour trancher vos difficultés? Et ce juge, cet arbitre nécessaire, n'est-ce pas celui qui, chez nous, maintient

l'unité, celui qui l'a maintenue durant tous les siècles dans la plus grande partie des Églises chrétiennes, celui auquel Notre-Seigneur a dit de confirmer ses frères, et de paître, en même temps que les agneaux, les brebis ellesmêmes? Mais laissons, si vous le voulez, pour un moment cette grave question du Pape. Même en dehors de là, n'est-il pas clair que, s'ils étaient en communion avec nos milliers d'évêques romains, vos évêques anglicans auraient encore plus d'autorité qu'ils n'en ont pour diriger la foi de leurs troupeaux? Et quelle que soit la force du témoignage donné au Christ par 1 Eglise d'Angleterre, combien ce témoignage ne serait-il pas plus éclatant, s'il convergeait avec les affirmations de Rome, d'Antioche, de Jérusalem, de Venise, de Milan, de Lyon, de Paris, d'Alger, de Madrid, de Bruxelles et de Louvain, de Cologne, de Vienne, de Baltimore, de Saint- Paul, de Québec 1?... »

L'union avec l'Eglise catholique apporterait encore à l'Eglise d'Angleterre un accroissement de fécondité. Les grands exemples de sainteté, de sacrifice, d'abnégation, ont étrangement baissé chez elle, depuis sa séparation d'avec Rome ; et si, sur certains points, elle commence aujourd'hui à renaître, c'est justement en reprenant

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