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EXPLICATION

L'organisme humain, depuis les temps antéhistoriques, n'a pas atteint son développement complet; il est toujours en progrès; de génération en génération, le cerveau se complète, les besoins se multiplient; les plus récentes découvertes anthropologiques constatent cette progression, faisant partir la constitution cérébrale humaine des Simiens,

pour aboutir aux crânes des Socrate. des Descartes, des Guvier, etc.

Un germe n'atteint pas son développement complet dans un seul être ni dans cent mille ; il renferme en lui toutes les facultés dont le type futur est susceptible, mais il faut une suite de générations fort longue pour que le maximum de son développement soit atteint.

Rien ne se fait sans le concours des deux conditions : le germe nouveau et le milieu; et l'équilibre parfait amène l'arrêt définitif de l'espèce jusqu'à ce qu'un milieu nouveau donne naissance, non pas à de nouveaux développements du germe antérieur , mais à un nouveau germe renfermant de nouvelles facultés en puissance.

Il est difficile et même impossible de prévoir toutes les conséquences d'un principe vrai, car ils s'étendent jusqu'à l'infini, une force primitive étant donné 3, si faible qu'on la suppose et le temps qui la multiplie

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indéfiniment, cette force envahira l'univers.

Le potentiel est incalculable.

L'évolution du germe humain, depuis son apparition sur la terre, manifeste tour à tour les instincts des êtres inférieurs, instincts de ruse, de prudence, d'audace solidement constitués à la naissance de chacun par l'appareil cérébral ; l'homme est donc à l'état primitif le plus parfait des animaux ; sa supériorité sur les autres êtres de notre globe est telle, que tous ses besoins matériels sont satisfaits pleinement dès l'origine, et que les individus du genre n'ont à redouter que leurs congénères; toutes les créations antérieures sont soumises à sa loi.

Cependant il ne faut pas croire que cette supériorité résulte de sa conformation animale; non! au contraire, sous ce rapport, l'homme est évidemment inférieur à nombre d'autres espèces : c'est de l'esprit nouveau que ressortent tous ses avantages.

En effet, comme animal l'homme est faible, son éducation est lente, difficile, et si l'esprit n'était supérieur, il serait le plus misérable de tous les êtres.

Mais ce qui semble une cause d'infériorité devient souvent le principe d'une force immense : si l'homme avait été mieux vêtu, iln'aurait pas cherché à se vêtir; s'il avait été mieux armé, il n'aurait pas cherché d'autres armes; s'il avait eu des sens aussi parfaits que les fauves, il n'aurait pas éprouvé le besoin de perfectionner les siens; s'il avait été doué d'instincts plus subtils, il n'aurait pas étudié ceux des autres êtres pour les imiter et déjouer leurs ruses ; bref, il se serait contenté d'être ce que la nature l'avait fait.

Mais, pressé de besoins, il dut forcément étendre son intelligence pour suppléer à tout ce qui lui manquait, et ce fut là, dans l'origine, le secret de sa puissance et de sa domination physique sur toute la création ani-

maie : le principe spirituel existant bien entendu, car s'il avait fait défaut, l'espèce humaine ne se serait pas développée, elle aurait péri.

C'est donc toujours à ce principe qu'il faut remonter, à cette force première organique, à l'esprit.

L'esprit et le besoin ont tout fait; sans le besoin,- l'esprit ne se serait pas développé; sans l'esprit, les besoins auraient anéanti l'espèce ; mais les deux choses existant, l'homme devait finir par dominer le monde ; c'était dans la force des choses.

Remarquons, en passant, que la nature impose à chaque être des besoins proportionnés à ses forces; tout être sans stimulants ne bougerait pas : aux uns les dangers et la fuite, aux autres la faim, la soif du sang, la recherche pressante d'une proie; à l'homme tous les besoins réunis et tous concentrés dans la pensée, multipliés par la prévision

de l'avenir; cette prévision seule suffit pour entretenir son activité, Lut suprême de la nature, qui ne laisse rien croupir et met tout en mouvement, en activité.

L'homme cherche donc à perfectionner tous les moyens pour éviter l'effort.

Voir le but et trouver les moyens de l'atteindre, c'est l'objet de toutes les sciences, le principe de toutes les découvertes; sans les moyens, toutes nos conceptions, toutes nos espérances tombent à néant; et le premier moyen à perfectionner, incontestablement, c'est notre cerveau qui met l'esprit en rapport avec l'univers. Mais à l'origine de l'espèce, la nature se charge seule de perfectionner cet organe et par lui l'intelligence.

L'expérience de ses facultés suffit à l'homme pour l'élever au-dessus de tous les besoins matériels, c'est l'œuvre des premières civilisations, ou, pour mieux dire, du premier état de l'être humain.

Comme chasseur et pasteur, la domestication de certains animaux assure alors son existence physique ; état de transition, car bientôt, par le fait seul de la satisfaction des besoins matériels et du développement organique correspondant, naît toujours un besoin plus grand, plus impérieux que tous les autres : le besoin de penser, de réfléchir, de se rendre compte des choses, abstraction faite de l'utilité présente qui peut en résulter.

Ce ne sont plus des objets matériels que l'homme veut conquérir, ce n'est plus le présent qui l'inquiète, c'est l'avenir... sa sécurité physique dans le présent est acquise, mais que devieadra-t-il plus tard?

Il songe à son propre être, non plus comme animal, il y songe comme être spirituel et se demande s'il restera de lui quelque chose après la mort.

Là est le point de départ de l'intelligence. Cette nouvelle faculté, née des autres, ne

s'exerce plus sur la matière, elle s'exerce sur des souvenirs d'abord, puis sur des idées qui se forment de ces souvenirs, bref sur des phénomènes spirituels.

Mais pour que ce nouveau développement ait pu se produire, il a fallu que l'esprit existât dans l'homme et devînt l'objet de son attention. On ne pense pas à rien, il faut quelque chose à quoi l'on pense; ce quelque chose n'existant pas hors de nous, puisque nos sens ne nous donnent que des faits matériels, les faits spirituels ne peuvent venir que de nous-mêmes.

L'intelligence n'a pu se manifester que par l'application à des objets nouveaux des instincts de l'homme, acquis et développés largement pendant sa longue lutte contre les obstacles matériels du monde, et ces objets nouveaux, restés pour lui inaperçus jusqu'alors, c'étaient les phénomènes de son propre esprit.

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Ainsi la même volonté de vivre, de conquérir, de se développer, point de départ de son organisation animale et de toutes ses transformations ultérieures, jusqu'à la constitution de l'appareil cérébral complet, contribue encore et plus que jamais à ses développements actuels, en devenant l'objet de son attention.

Ce n'est plus la connaissance du monde extérieur que l'esprit humain veut acquérir en vue de son existence physique, c'est la connaissance de lui-même, du principe de son être.

Il se compare à ce qui l'entoure et se dit : — Je pense, la matière ne pense pas, donc je ne suis pas entièrement matière; quelque chose en moi n'est pas matière, qu'est-ce que c'est?

Et dès lors l'instinct, ne s'exerçant plus sur un ordre de faits physiques, mais s' appliquant à l'étude des phénomènes spirituels

devient le principe de l'intelligence; ce ne sont plus les sens qui guident l'esprit, il marche sur ses propres inspirations et s'applique à l'étude des faits de conscience.

Cette évolution est celle du genre humain ; l'homme seul pense sur ses propres idées, seul il conçoit l'abstraction.

L'animal, quoi qu'on dise, pense aussi.

mais seulement sur les choses qu'il voit, qu'il sent, qu'il entend.

A partir du jour où l'homme s'est fait des idées sur ses propres idées, et qu'il s'est considéré comme un esprit indépendant de la matière, l'évolution était faite, il était sorti du règne animal pour entrer dans le règne humain.

Car, remarquons que c'est par ses idées que l'homme est supérieur aux autres êtres.

Toutes les sciences abstraites, les sciences pures, telles que les mathématiques, caractérisent surtout son génie, et. par ces sciences

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pures, composées d'idées seules, enchaînées, synthétisées, il domine le monde.

La faculté de l'abstraction est le signe de la puissance et du génie supérieur; c'est l'intelligence à sa plus haute expression.

Mais l'apparition de l'intelligence dans l'homme n'empêche pas ses instincts primitifs de persévérer en lui, car ils sont nécessaires à sa conservation physique; ils dérivent de ses besoins matériels ; ce sont des habitudes invariables en rapport avec ses besoins.

Nos habitudes d'enfance, longtemps continuées, finissent par devenir en nous des instincts indépendants de la volonté.

L'adresse acquise par un exercice perse-" vérant supplée l'intelligence; on agit sans réflexion, et l'on réussit mieux que par la réflexion ; c'est un instinct résultant de l'habitude.

Il en est de même de tous les instincts chez l'homme et dans l'animal ; ce sont des habi-

IOO QUELQUES MOTS.

tudes acquises d'abord par la volonté et sup. pléant ensuite la volonté: on marche sa:, y penser ; le musicien prend les cordes de son violon, les touches de son clavier machinalement ; l'écrivain écrit de même.

On peut même contracter des habitudes d'esprit, des instincts intellectuels, s'il est permis d'employer cette expression; l'habitude, par exemple, d'associer telgenre d'idées avec tel autre.

Les idées qui s'associent ainsi simulent l'intelligence, mais n'en sont que l'apparence, car il n'y a jamais d'intelligence véritable sans volonté; ce qui se fait sans volonté est machinal.

Il faut que l'esprit dirige, qu'il ait Instrument créé par lui sous son influence constante ; alors seulement l'adresse de la main la facilité du discours, l'association des idées sont des faits spirituels.

Un perroquet qui parle en vertu de l'asso-

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cialion de certains bruits frappant son cerveau et rendus machinalement par son gosier, ce n'est pas là de l'esprit, c'est à peine de l'instinct, puisque cela n'a pas d'objet se rattachant à l'utilité de l'être, qui peut vivre sans cela; c'est la perversion de l'instinct lui-même, puisque le cri naturel est remplacé par un autre.

Il en est de même de l'association de telle idée à telle autre, par suite de la consonance des mots, de l'analogie des formes, des couleurs, etc., de toutes les choses matérielles affectant nos sens.

Cette association matérielle n'a pas de rapport avec la pensée. Ainsi des arts, des sciences, de la poésie : tout ce qui se fait machinalement n'a pas de valeur intellectuelle et entre dans Hnstinct, ou, comme on dit, dans le métier.

Nouvelle preuve de l'existence du principe spirituel, indépendant de l'intelligence elle-

même, car l'intelligence, instrument perfectionné, tient à l'organisation cérébrale, comme je l'ai déjà dit, et lorsqu'elle ne fonctionne pas sous l'impulsion directe de l'esprit, elle est une pure mécanique.

On est porté souvent à confondre l'esprit avec l'intelligence.

Sans doute, il existe un rapport entre le principe et la conséquence ; mais le principe renferme la conséquence, et ce principe existe indépendamment des conséquences, qui peuvent s'en dégager par le temps.

L'esprit humain, cause première de notre être, renferme toutes les vérités a priori, c'est-à-dire toutes les vérités qui jaillissent du fond même de l'être : elles en jaillissent, parce qu'elles constituent l'être même et qu'elles existent en nous avant toute observation.

Ce sont ces vérités-là qui servent de démonstration aux autres, attendu qu'elles sont en fait, que nous sommes forcés de les ad-

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mettre, sans preuve autre que la certitude de les trouver en nous.

Elles sont simples comme notre être luimême, et tout le reste en dépend.

En mathématiques, ces idées premières s'appellent axiomes ; on ne peut les simplifier ni les rendre plus claires, car elles forment la base de toutes nos autres conceptions et emportent avec elles l'évidence.

Nos idées d'espace et de temps, de substance et de cause, sont des intuitions a priori, point de départ de toute expérience et sans lesquelles l'expérience elle-même serait impossible.

Notre vie, nos pensées, notre être même les supposent, elles sont universelles et nécessaires, parce qu'elles s'appliquent à. tout, tandis que toute expérience est limitée par notre intelligence et par nos sens.

Ces propositions : Le tout est plus grand que la partie; le phénomène suppose la substance- ;

ou bien encore : Il n'y a pas d'effet sans cause, en découlent et sont des vérités à priori.

Dès que l'appareil cérébral est constitué, l'esprit formule ces idées intellectuellement ; mais elles étaient en lui comme principes organiques avant l'intelligence même; non pas comme idées, mais comme conditions de toute idée; sans ces principes l'intelligence n'aurait jamais pu se former, c'est sa base môme.

On peut se demander si les idées d'espace, de temps, de substance et de cause sont dans l'esprit avant notre naissance.

Cette question a divisé tous les philosophes depuis Platon et Aristote jusqu'à Locke et Leibnitz, leurs plus illustres représentants dans ces derniers siècles.

Ils n'ont pu s'entendre faute d'avoir compris que l'esprit et la force organique sont un seul et même principe, considéré à deux points de vue différents.

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Les physiologistes, naturalistes, physiciens, chimistes, médecins, etc., ont rejeté l'esprit sans corps, attendu que l'esprit sans corps est difficile à concevoir pour des gens qui veulent voir, toucher, examiner les choses avant d'en admettre l'existence et dont toute la science repose sur l'observation.

Les mathématiciens et les spiritualistes ont admis l'âme indépendante delà matière; les premiers en raison de leur conception de loi absolue, condition rigoureuse des faits eux-mêmes ; les seconds parce qu'ils ont la foi, la foi dans une révélation d'en haut touchant les mystères de ce bas monde, la foi dans une révélation supérieure à la raison.

Saint Augustin, une de leurs plus grandes autorités, a même posé en principe qu'il faut croire ces choses parce qu'elles sont absurdes : Credo quia absurdum.

On conçoit donc facilement que les physiologistes n'aient pu tomber d'accord avec eux

sur ce chapitre de l'esprit sans corps et des idées innées en lui.

Evidemment ces idées a priori d'espace, de temps, de substance, de cause, etc., ne sont pas dans l'esprit avant l'organisation du cerveau; l'esprit est une force première en germe qui se développe et se manifeste par l'organisation môme; le cerveau est nécessaire à l'esprit pour penser, comme les yeux le sont pour voir, les oreilles pour entendre, les jambes pour marcher.

L'esprit n'a donc pas plus ces idées a priori avant l'organisation du cerveau, que le poulet dans son œuf n'a l'idée du grain qui le nourrira.

Mais aussitôt sorti de l'œuf, la force organique qui l'a formé continuant d'agir en lui pour le développer, lui fait reconnaître le grain nécessaire à son développement.

De morne l'homme dès sa naissance a l'idée d'espace par les corps qu'il voit, de temps

par le mouvement de ces corps, de substance par les propriétés des êtres qui supposent un fond, et de cause par la réflexion sur luimême.

C'est le développement naturel de la force organique ou esprit de l'être.

Son premier développement dans l'œuf est purement organique, il constitue les organes au moyen desquels l'être vivra ; le deuxième développement est intellectuel, il constitue et développe les organes au moyen desquels l'être pensera; le troisième développement est moral, il constitue et développe les organes au moyen desquels l'être aura conscience de son activité, de sa responsabilité et de sa loi morale.

C'est le dernier développement de l'esprit humain, son maximum en ce monde jusqu'aujourd'hui.

D'autres développements pourront-ils avoir lieu? c'est ce au'on ne Deut affirmer.

Jusqu'à présent l'appareil cérébral de l'homme n'a rien produit ni conçu de plus haut que le sentiment de justice; et pour formuler de nouveaux progrès, il faudrait ou de nouveaux développements imprévus, inconcevables dans cet organe, ou un organe nouveau renfermant de nouvelles facultés en puissance.

Le sentiment de justice absolue est donc ce qu'il y a de plus grand dans l'humanité, et l'homme le plus juste, quel que soit son rang en ce monde, est nécessairement le plus grand, le plus développé dans le sens de la loi universelle, absolue; celui qui s'en rapproche le plus est par conséquent le plus heureux, étant le plus parfait, le plus complet selon l'ordre universel.

L'injustice de ses semblables et les autres misères de la condition humaine ne peuvent l'abattre, car, on l'a dit depuis longtemps, la plus grande, la plus réelle satisfaction, c'est

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de remplir son devoir, et c'est aussi la seule consolation qui nous reste dans le malheur.

Ajoutons que les lois morales du beau, du vrai, du juste, sont aussi conçues a priori, dès que le cerveau se trouve assez développé pour les concevoir, et qu'elles procurent à l'homme ses jouissances les plus pures et les plus solides.

Il faut remonter jusqu'à la source de notre être pour les découvrir; elles forment le contre-poids de l'égoïsme animal et nous imposent le sacrifice malgré la passion et l'intérêt qui réclament.

Ce sont des principes antérieurs à tout, inhérents à notre être, que nous formulons intellectuellement dès que le cerveau est formé : les injustices sans nombre, les iniquités dont nous sommes témoins, le triomphe de l'imposture, l'humiliation de l'être moral courbé sous le genou de la brute, la vertu abaissée par la force, la bonne foi

trompée par la ruse, rien ne peut obscurcir ces vérités en nous.

Certes ce n'est pas le spectacle du monde humain qui nous les donne. 1" expérience de la vie tendrait plutôt à les abolir en nov. 5, si c'était possible, mais étant esprit par essence, l'homme ne peut les nier ; il est forcé d'admirer ceux qui n'ont pas d'autre règle de conduite et qui sacrifient tout au devoir, à la conscience.

/.' • physique seul est constitué par le cerveau, comme être sensible, ayant le sentiment de son étendue dans l'espace; l'être spirituel a nécessairement un autre principe . il est constitué par le sentiment de son identité dans le temps, le sentiment du moi persévérant lui suffit pour être.

Le Cojito ergo sum de Descartes ne lui est même pas nécessaire, car l'être moral était en principe avant de penser ; il n'agit pas en vue de l'intérêt, il agit en vue du beau, du

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vrai, du juste, abstraction faite de ses conséquences.

Ce Cogito ergo sum n'est qu'une constatation intellectuelle, tandis que le sentiment du moi est une constatation de fait.

L'esprit humain est, et toute autre raison est superflue ; autrement il faudrait dire que la masse des hommes ne sont pas, faute de constater leur moi intellectuellement en réfléchissant sur leur être.

On peut être vertueux en suivant sa conscience sans même savoir qu'on est vertueux, qu'on fait son devoir, et c'est ce qui arrive le plus souvent.

Cette constatation intellectuelle n'ajoute rien à l'être, elle n'ajoute rien au sentiment du moi, de sa liberté, de son initiative; elle n'ajoute qu'à sa compréhension intellectuelle; c'est une formule mathématique, juste, mais inutile.

Le sentiment du moi ne dépend ni de la

sensibilité, ni de l'intelligence, ni de la raison; il émane directement du principe de notre être, de l'esprit.

Ce n'est pas l'organisation qui fait l'esprit, c'est au contraire l'esprit qui fait l'organisation cérébrale.

Une fois cet instrument de la pensée et de la réflexion arrivé à la perfection, l'homme réfléchit sur lui-même et se comprend; mais il n'a pas besoin de se comprendre pour être. Chacun de nous, qu'il le veuille ou non, a le sentiment de ses droits et de ses devoirs ; voilà ce qui fait l'homme et non autre chose.

En examinant l'être humain, on reconnaît en lui trois natures, trois manières d'être différentes, résultant de ses développements successifs : l'être sensible, soumis à la passion; l'être intelligent, soumis à l'intérêt bien entendu ; l'être moral, soumis au devoir, c'est-à-dire ayant en lui le sentiment du beau, du vrai, du juste; des choses infinies,

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parfaites, idéales, qu'il faut réaliser selon ses forces, comme supérieures à tout ce qui est : principes sublimes qui seraient le mobile de toutes nos actions si l'intelligence humaine, atteignant à la hauteur de l'esprit, pouvait en saisir toute la grandeur et la nécessité.

Terminons ce chapitre par une simple réflexion :

Le sentiment du devoir, n'émanant pas de l'Être physique, qui n'a et ne peut avoir d'autre loi que l'égoïsme, émane nécessairement de l'Être spirituel, et prouve non seulement son existence, mais encore son autonomie.

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