‹ Quelques mots sur l'esprit humainChapitre 11 sur 47 · DES IIAPPORTS DE L ESPRIT AVEC L ORGANISME · texte numérisé non relu

DES IIAPPORTS DE L ESPRIT AVEC L ORGANISME

Entre l'esprit et le cerveau qu'il a constitué, les rapports sont nombreux ; la forme de l'être implique et caractérise le fond; cette forme n'est qu'un de ses phénomènes.

On a donc voulu déterminer les rapports de l'esprit avec le cerveau ; cette idée était naturelle après la découverte de la loi de la subordination des organes.

Si, par un fragment d'os, vous pouvez reconnaître l'espèce herbivore, frugivore ou carnassière d'un être, et par conséquent ses

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besoins, ses instincts et ses mœurs, pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'homme, dont l'organe principal est le cerveau? Pourquoi la forme de son crâne ne vous annoncerait-elle pas son caractère, son intelligence, ses aptitudes et ses passions?

Cette induction était logique.

L'illustre anatomiste Camper avait reconnu que, dans toute la série animale, la masse du cerveau correspondait au développement de l'intelligence : c'était un fait décisif.

Après cela, que la localisation des facultés soit difficile, qu'il y ait incertitude sur leur disposition symétrique et sur la correspondance des saillies intérieures du crâne avec celles du dehors, ce sont des questions à dé- Lattre entre physiologistes.

Au point de vue philosophique, le fait général suffit ; du moment que la masse cérébrale correspond à l'intelligence, les procédés, plus ou moins exacts, de déterminer cette

masse du vivant de l'être, est d'une importance secondaire.

Au point de vue politique ce serait autre chose; après cette détermination, on ne pourrait plus faire passer des imbéciles pour des hommes de génie et des coquins pour d'honnêtes gens : ce serait grave... très grave, !

Aussi Bonaparte disait-il que cette doctrine matérialiste l'avait révolté; lui qui méprisait les idéalistes et les faisait transporter à Madagascar, et qui se dévouait corps et âme aux mystères de notre sainte religion, comme à ceux de Mahomet en Egypte, il ne voulait pas de ce matérialisme, il en était douloureusement affecté et se vantait d'avoir empêché la doctrine de Gall de se répandre en France.

Que serait devenue sa dynastie si l'on avait pu voir ce que valaient ses fils ou ses neveux à la forme de leur crâne?

Gall, Broussais et d'autres physiologistes éminents ont eu tort de présenter leurs conjectures sur la localisation des facultés comme des faits acquis à la science ; il faudra sans doute encore de grandes études, même après celles de Leuret, de Lamarck, de Darwin, de Claude Bernard, de de Quatrefages, de Paul Brocca, etc., pour atteindre, sous ce rapport, à la certitude de Cuvier, définissant par un débris d'ossement fossile l'espèce d'être auquel il avait appartenu... Mais, en attendant, la masse cérébrale correspond à l'intelligence des êtres, personne ne le conteste, et voilà le point important.

L'intelligence et le cerveau comme masse forment une identité, variable dans son expression ; elle peut se traduire en facultés différentes, elle peut se spécialiser dans une science, dans un art, dans le maniement des affaires, etc., mais, en somme, comme force synthétique de la pensée, la masse cérébrale

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et l'intelligence forment une adéquation parfait ■.

Peut-on conclure de là que le cerveau fait tout et que l'esprit n*est rien ?

Ce serait absurde.

L'esprit précède l'organisation ; il existait avant l'organisme, il existait en germe, mais le germe lui-même était organisé, l'esprit existait donc avant le germe ; le germe n'était pas la première manifestation de sa puissance organique, il existait antérieurement sous une autre forme, car tout est organisé, je l'ai démontré.

Quelle était cette forme? Qu'importe! il existait comme force organique; il avait organisé autre chose : une molécule quelconque, une plante, un être animé, que sais-je? Sa dernière organisation est la plus complète. Voilà tout.

Rien ne se perd dans la nature, pas plus une force qu'une substance. Tous les corps se

transforment, et qu'est-ce qui les transforme? Les forces organiques.

Qu'on appelle ces forces esprits, âmes ou de tout autre nom, elles existent. Une force capable d'organiser la vie, l'intelligence, la raison, de donner à l'être qu'elle anime son unité, le sentiment de sa responsabilité, n'est pas rien. C'est un principe actif qui s'assimile la matière et prend par elle une forme visible, tangible, et, par des transformations successives, se rapproche d'un type idéal, sans l'atteindre jamais.

Tout change, pas un être ne s'arrête sur cette pente invincible du temps ; il faut naître, vivre, grandir, périr, renaître, revivre, etc., et toujours cette force recommence l'œuvre interrompue par la mort lorsque le germe a donné ce qu'il contenait en puissance.

Toute force organique appartient à l'univers et ne peut finir qu'avec lui ; ce n'est pas une partie de l'élément mobile qui passe en

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subissant toutes les transformations qu'on lui donne, c'est le principe qui maintient l'unité de l'être en le soumettant à sa propre loi. — Chaque force organique a sa loi.

Or, l'état humain, ayant constitué l'organe de la pensée, l'esprit, sous cette forme, atteint à la connaissance des lois de la nature

nt la plus haute est celle de justice absolue.

Son mérite est de s'y conformer, de ne pas sacrifier ses plus nobles facultés à des instincts inférieurs, et puis de s'élever quelquefois par la pensée à la cause immense , indéfinissable, qui. par la loi de justice, lui donne le pouvoir de mériter, de se rapprocher indéfiniment de la perfection, d'où résulte son bonheur.

Car tout est là, cette loi de justice universelle, égale pour tous les êtres, n'étant prise aux dépens d'aucun, ne constituant de privilège pour aucun, concentre en soi tous les

bienfaits réunis, et le plus grand, le plus noble de tous, celui d'avoir conquis soimême, dans l'immense série des êtres, le rang que l'on occupe.

L'ordre social doit tendre à se rapprocher sans cesse de cette loi; alors seulement régnera parmi les hommes la stabilité qu'on ne peut obtenir par aucun autre moyen.

Tout ce qui n'est pas conforme à l'ordre universel ne peut durer; l'humanité n'est grande que parce qu'elle comprend cet ordre de plus en plus et que la civilisation s'efforce de l'établir sur la terre.

Ces principes posés, et, je crois, clairement définis, il nous reste à voir comment l'intelligence se développe. Mais avant de parler des différentes méthodes suivies dans ce but, quelques remarques préliminaires sur l'emploi de nos facultés ne seront pas inutiles.

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