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DES ETRES RÉELS, DE LEURS GERMES, DE LEURS MILIEUX

C'est une grande question que celle des milieux, la plus grande de toutes, puisqu'elle embrasse l'univers.

Les astres ont leur milieu: l'espace et le temps.

C'est un milieu purement spirituel, puisque nous ne voyons pas l'Etre correspondant qui le produit; tous les corps s'y meuvent; l'insecte aussi bien que l'étoile: rien ne peut

se concevoir sans ce milieu qui comprend tous les autres.

Les astres font le milieu des êtres inférieurs; ils leur donnent la lumière, la chaleur, le magnétisme, l'électricité.

De même que l'Espace et le Temps sont nécessaires à toute conception, ce nouveau milieu est nécessaire à toute sensation; le premier forme le milieu intellectuel, le second le milieu vital.

Les planètes font le milieu physique et chimique des êtres qui les habitent ; dans ce milieu sur la terre naissent les végétaux, les animaux, les hommes.

Les hommes constituent un milieu qui leur est propre : le milieu de la pensée. Quel génie pourrait se développer sans les arts, les sciences, les lettres, les législations créés par des milliers de générations éteintes ?

On ne peut séparer les êtres de leurs milieux, ils se pénètrent, ils se combinent et

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semblent ne former que les deux parties d'un même tout.

Supprimez les êtres, que sont les milieux ?

D'où viendraient la lumière, la chaleur, l'électricité sans le soleil? Les phénomènes chimiques et physiques sans la terre ? La végétation sans les végétaux, la vie sans les animaux, la pensée sans les hommes ?

Et réciproquement, d'où viendraient les êtres sans les milieux ?

Peut-on concevoir les êtres hors de l'espace et du temps, hors de la lumière, hors de l'atmosphère, hors de tout ce qui les compose, de ce qui les constitue physiquement, intellectuellement et moralement ? Évidemment non !

L'échange des éléments est perpétuel entre les milieux et les êtres, ils sont conditionnés les uns par les autres, leur action réciproque est incessante.

Les seules choses qui persistent dans ce

grand travail de composition et de décomposition, ce sont les germes, types immuables des espèces, des genres, des tribus, des fa- . milles d'êtres dont tous les caractères se maintiennent par eux.

Le croisement des races mêmes le prouve ; car, après quelques générations d'êtres ambigus, le type reparaît dans toute sa pureté : le loup ressuscite dans le chien ou le chien dans ie loup selon le nombre des croisements de la même espèce; d'autres fois, l'impasse s'établit, l'être mixte ne peut se reproduire.

Cette persistance des types à reparaître nous indique qu'il ne s'agit pas seulement ici d'un corps qui se transforme, mais d'une loi qui maintient son ordre ou qui le rétablit lorsqu'il est troublé.

Les germes ne se transforment pas, ils ne se multiplient pas, comme on le dit; les germes résultent d'une force organique; cette force, après avoir organisé les germes.

persiste en eux et les développe ; il en résulte des êtres qui, à leur tour, produisent des germes, en vertu de la force organique qu'ils représentent.

Mais d'où vient cette force organique générale ?

Elle vient d'une organisation plus vaste que la nôtre, elle vient de l'ensemble des choses plus solidement organisé que nous. Elle vient de notre système planétaire qui communique à tous les êtres inférieurs sa propre force, dont ils vivent.

Voilà le fait.

Cette force est inhérente h l'ensemble, elle est une, indivisible.

Si un des organes du monde cessait de fonctionner, l'équilibre général étant rompu, tous les êtres qui en dépendent disparaîtraient à l'instant.

Les germes ne contiennent donc pas en eux virtuellement la force, ils sont des effets et non des causes.

La cause est universelle, elle se distribue

dans les êtres selon leur nature ; les germes sont une des formes de cette force.

Qu'un épi de blé, par exemple, produise vingt grains, ces vingt grains pourront se développer et former d'autres épis, en vertu de la force organique ; mais par eux-mêmes ils n'ont aucune force et leur développement reste subordonné aux autres conditions de la force organique universelle.

C'est ce que j'ai déjà démontré plus haut.

Maintenant, que le développement du germe ait lieu dans l'être même qui le produit, comme chez les mammifères, ou qu'il ait lieu hors de l'être, par un œuf, comme chez les oiseaux; ou bien encore que l'être producteur du germe se divise après avoir absorbé, dans son milieu, les éléments nécessaires à son développement et que chaque partie, devenue un être complet, se reproduise de même par section spontanée, comme

les fissipores , tout cela ce ne sont que des formes de reproduction.

La force ne se multiplie pas, elle est dans l'ensemble du monde, et c'est elle, en agissant sans cesse, qui produit les germes, les individus, les espèces, les familles jusqu'à l'infini. Et cela selon des lois absolues.

Chaque être est germe d'abord; tous les germes de même espèce sont égaux en principe et se développent selon la même loi.

Les quelques exceptions tératologiques que l'on cite n'infirment pas la règle, elles n'aboutissent pas à de nouvelles espèces; elles sont condamnées à disparaître étant hors de la loi. C'est parce que les lois physiologiques ne sont pas démontrées mathématiquement qu'on ne peut les considérer comme des lois véritables.

Ces lois existent cependant, mais le génie de l'homme n'a pu jusqu'à présent les découvrir, c'est-à-dire les soumettre à sa pensée.

Il les voit en action, il en connaît les effets, mais il ne peut les rattacher à leurs causes, qui seules définissent les lois.

De là toutes les incertitudes et les variations de la science.

La discussion qui s'est élevée entre l'école matérialiste et l'école spiritualisme au sujet des germes se réduit à ces termes :

La force organique primitive, admise par tous les penseurs, réside- t-elle dans la matière ou bien en est-elle indépendante ? Quant à moi, je trouve cette discussion vaine.

Qu'on dise que la force réside dans l'ensemble des choses, c'est probable ; si le soleil, centre de notre système planétaire, n'avait pas en lui la force d'attirer les planètes, il ne les attirerait pas.

Quoique cette force ne soit visible que par ses effets, le calcul démontre qu'elle existe, on n'a pas besoin de la voir pour la reconnaître.

Ou qu'on dise que chaque molécule de matière renferme la force d'attraction, d'organisation, de vie, de pensée, alors appelez chaque molécule esprit, âme, j'y consens.

Mais, attendu que chaque molécule se divise indéfiniment par la pensée, une molécule divisée à l'infini étant invisible, impalpable , il est évident qu'en attachant l'idée de force à ce qui n'a ni forme, ni consistance, etc., vous en revenez toujours à l'idée de force abstraite, et que vous entrez en plein dans un cercle vicieux.

Ce cercle vicieux prouve tout simplement que la plupart des hommes ont besoin de se figurer un point matériel pour se rendre compte de leurs propres idées, et que l'abstraction est hors de leur portée intellectuelle.

En accordant aux matérialistes que la molécule, tout en se divisant indéfiniment par la pensée, peut conserver une force organique, et que cette force, attachée à la molécule, se

subdivise comme la molécule elle-même, je leur fais une concession absurde.

En effet, je substitue ici le fait intellectuel de la division d'une molécule par ma pensée au fait matériel de cette division qui échappe à nos sens.

Cela m'amène à dire qu'entre le fini et l'infini n'existe aucun rapport; car, en partant de l'infiniment petit et en le multipliant par ma pensée indéfiniment, je n'arriverai jamais à former un atome fini, et l'infiniment grand divisé indéfiniment ne donnera jamais une grandeur déterminée.

Pourquoi ?

C'est que l'infini est une conception purement intellectuelle sans aucune réalité objective.

J'aurai beau multiplier ou diviser le zéro, je n'arriverai jamais, par ce moyen, à une unité, si petite qu'elle soit.

Cependant zéro existe, il signifie l'infini.

Ce zéro est le point de départ, non pas d'une quantité réelle, visible, tangible, ni même intelligible, mais le point de départ de notre esprit, passant de l'état passif au raisonnement, c'est-à-dire à l'unité par un acte de volonté.

L'unité objective est une véritable création intellectuelle.

Une fois l'unité admise, l'Esprit n'est plus libre, car pour raisonner juste, il est tenu de suivre les lois du raisonnement qu'il ne fait pas, qui sont rigoureuses, et qui établissent les rapports immuables de notre organisation individuelle avec l'organisation universelle.

Que conclure de là?

Il faut en conclure que le germe ne peut pas être un infiniment petit, car l'infiniment petit ou rien signifie une seule et même chose : rien ne vient de rien. Le fini et l'infini ne se rencontrent jamais que dans les cerveaux troubles.

Qu'est-ce donc que le germe?

C'est un phénomène de Tordre universel, phénomène qui se produit et se développe selon une loi conforme à cet ordre.

L'ordre antérieur, au moyen du germe, se continue dans un nouvel être en vertu de la loi physiologique, de la subordination des organes, par laquelle toutes les parties d'un être se forment successivement selon leur importance vitale : les plus importants d'abord, les autres ensuite subordonnés par leur structure à ceux qui les ont formés.

Il en résulte que l'appareil est un, que sa. fonction est une, que toutes les parties concourent au même but, et que les organes dominateurs essentiels à la vie sont le principe et le moteur de tous les autres.

Tel est l'être physiologique complet; que les parties subordonnées viennent à manquer, qu'elles soient mutilées, l'unité n'en reste pas moins intacte en principe.

Quant aux germes, ils se reproduisent journellement dans l'être à l'âge viril; ceux de la veille disparaissent et sont résorbés; l'être par sa vie en produit d'autres ; il se régénère sans cesse comme le feu se régénère tant que le milieu lui fournit du carbone et de l'oxygène.

Chaque étincelle est le germe d'un nouveau feu, qui n'est lui-même que l'étincelle grandie, développée.

Il en est de même de tous les êtres ; leurs germes tiennent de leur nature, à chaque seconde ils font partie de leur être et ne s'en détachent que par l'émission.

Aucun germe n'est prédestiné à se développer; le développement de cette partie de l'être ne dépend que des circonstances, lesquelles résultent de l'ordre général d'où nous dépendons.

Qu'est-ce que le soleil ?

Un être immense qui tire de toute sa sphère les éléments combustibles nécessaires à son

alimentation, et puis, qui renvoie aux planètes ces mêmes éléments décomposés par lui. sous forme de lumière, de chaleur, de magnétisme, d'électricité.

L'analyse spectrale de Frauenhoffer le prouve ; chaque rayon de lumière émane d'une autre substance en décomposition : la lumière du lithium, du strontium a d'autres vibrations que celles du fer, du chrome, du nickel décomposés.

Ces éléments se reconstituent sous leur forme solide, puisqu'en les décomposant par le feu elles nous donnent les mêmes rayons que ceux du soleil.

Donc les deux théories d'émission de Newton et de vibration de Huyghens sont également vraies ; elles nous expliquent le phénomène de la lumière à deux points de vue différents, celle de Xewton au point de vue de la matière vibrante, celle de Huyghens au point de vue du mouvement abstrait.

Et voilà pourquoi ces deux théories, quoique diamétralement opposées en principe, se justifient toutes deux par le calcul.

Mais que devient l'individualité humaine au milieu de tous ces phénomènes de composition et de décomposition ?

Je l'ai déjà dit, l'homme n'est pas seulement un être physique, soumis exclusivement aux lois physiques, il est aussi un être moral soumis à la loi morale dont il a conscience.

Par le sentiment de sa liberté, de sa responsabilité, l'homme appartient à un autre monde que celui qui tombe sous nos sens : c'est en cela que consiste son individualité.

Les mots droit et devoir n'ont de sens que pour lui; et, qu'on le sache bien, les droits et les devoirs de chacun ne sont pas les mêmes, ils sont proportionnés au sentiment moral individuel.

Plus on se croit de droits, plus on a de devoirs.

Celui, par exemple, qui, ayant un grand sentiment de sa propre dignité, ne respecte pas celle des autres est un misérable ; mais celui qui n'a pas le sentiment de sa dignité et blesse celle des autres par ignorance, est un être inférieur.

Cette susceptibilité fait l'homme ; il n'y a pas deux hommes égaux devant la loi morale; tous ont leur individualité absolue, non pas physiquement, car la loi physique les fait égaux selon l'espèce; ils ont tous les mômes facultés plus ou moins développées par le milieu de la famille, de la civilisation ; tous sont égaux sous ce rapport.

Moralement, ils diffèrent par leur volonté de suivre la loi morale dont ils ont conscience.

Au point de vue de la génération il en résulte que toutes les qualités physiques se transmettent plus ou moins, car la sensibilité

et l'intelligence dépendent de la conformation du cerveau et des autres organes.

De là les ressemblances de races et de familles , les aptitudes qui en dépendent ; mais on ne transmet pas à ses enfants son moi, sa volonté, sa conscience, sa moralité.

L'éducation même ne modifie pas les êtres moralement, les plus hautes facultés intellectuelles ne sont jamais une garantie de moralité : ce fait, toute l'histoire humaine en témoigne.

La loi de justice, innée en chacun de nous, n'en subsiste pas moins dans la conscience, mais il faut la volonté de s'y conformer, et c'est ce qui ne se transmet d'aucune façon, ce qui caractérise éminemment l'être humain parmi les autres.

Gela dit, arrivons à la transformation des êtres, qui s'opère selon cette loi de justice universelle : la loi du progrès.

Chaque être, selon son espèce, a sa nature

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propre au point de vue physique, c'est-àdire ses instincts, sa force organique ; chaque être naît, grandit et meurt, et la façon dont il naît, grandit et meurt fait sa loi de vi loi organique.

Seulement cette loi, la connaît-il luimême ?

C'est se demander si tous les êtres ont conscience d'eux-mêmes ; et pour tous les êtres vraiment animés, je n'hésite pas à répondre oui.

Ils se sentent dans toutes les parties de leur corps, ils ont donc conscience de leur existence dans l'espace, de plus ils souffrent, ils jouissent (phénomène de succession), ils ont donc conscience d'eux-mêmes dans le temps.

Et cela c'est se connaître et connaître sa loi, non pour en raisonner, comme l'homme, mais pour en vivre.

Les végétaux, réduits à la seule fonction

sur l'esprit HUMAIN. I 3 I

d'assimilation, ne vivent pas réellement, ils végètent.

On appelle pourtant cela vivre de la vie organique ; en se plaçant au point de vue de l'observateur, ils vivent pour les autres, mais pour eux-mêmes ils ne vivent pas, n'en ayant pas conscience.

J'en dis autant des animaux inférieurs tels que les zoophytes, qui se multiplient par bourgeons ou par sections comme les plantes ; ils n'ont pas de centre nerveux auquel les impressions du dehors se rapportent, pas de fibres sensibles, ils ne peuvent donc avoir conscience de leur vie.

Les êtres d'un degré supérieur à ceux-ci, tels que les mollusques, possédant outre un système vasculaire complet quelques rudiments de système nerveux, peuvent se savoir dans l'Espace.

Mais les vertébrés, dont le système nerveux est double, correspondant à la percep-

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tion et à la réaction, ont non seulement connaissance d'eux-mêmes dans l'espace, mais conscience de leur vie dans le temps ; ils se souviennent de ce qui leur a fait du bien et le recherchent, et de ce qui leur a fait du mal et le fuient.

Ils savent donc les conditions de leur existence: chacun selon sa nature fuit le danger ou poursuit sa proie ; ils jugent de ce qui leur convient, de ce qu'ils doivent faire en toute circonstance pour continuer de vivre : on ne peut douter qu'ils aient conscience de leur existence.

Je sais bien que, au sens philosophique admis, la conscience de soi suppose la pensée, mais ce n'est pas mon sentiment.

Remarquons bien que le génie organisateur, qui se manifeste dans chaque être animé, organise son être avec ordre, sans penser; de deux choses l'une : ou bien il est inspiré par un esprit étranger qui le

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dirige, ou bien il agit de sa propre inspiration et connaît sa loi : impossible de trouver une autre explication.

En tout cas. il n'agit pas à la suite de réflexions, il agit avec promptitude; soit qu'il faille fuir ou qu'il faille poursuivre, sa résolution est instantanée, et cette résolution, qu'elle vienne de lui-même ou d'un esprit étranger, est toujours sage, profonde, en rapport avec la nature, les circonstances et le milieu de l'être.

Non seulement il veille à sa propre conservation, mais encore il prépare le nid de ses petits, il les nourrit, il les défend.

L'homme qui l'observe est émerveillé, s'il réfléchit à cette inspiration continue, car l'homme trouve aveugle tout ce qui se fait sans réflexion, il n'admet pas qu'on puisse avoir de l'esprit autrement qu'à sa manière.

Indépendamment de la cause universelle,

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principe de toute existence, nous reconnaissons dans le monde un esprit immense répandu chez tous les êtres individuellement, du plus petit au plus grand, et notre esprit n'est fait que de celui-là; tout homme en prend ce qu'il peut; celui qui a peu d'esprit en trouve peu dans cette harmonie colossale qui ne l'inspire jamais ; celui qui en a beaucoup en trouve beaucoup : c'est la source principale de ses propres inspirations, car la nature a plus d'esprit que nul homme ne peut en prendre.

Cela devrait nous convaincre qu'il existe dans chaque être une manière d'avoir de l'esprit autre que celle de l'homme, et que cet esprit est le meilleur pour lui, puisqu'il est approprié à son organisation.

Qu'on mette, je suppose, l'esprit humain dans un être inférieur, il ne pourra le faire vivre un seul jour.

Donc l'esprit véritable est celui qui se

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trouve approprié à la constitution de chaque être, et comme tous ont précisément l'esprit qui les fait exister, il serait naturel d'en conclure que cet esprit a fait lui-même son organisation, selon sa nature, et non pas que l'organisation a produit cet esprit, puisque l'unité précède le nombre et que tout nombre suppose une unité.

Cela me paraît conforme au bon sens.

Ce qui distingue vraiment l'homme des autres êtres, c'est qu'il agit toujours en prévision de l'avenir, conséquence de son développement cérébral qui lui permet d'embrasser l'ensemble du grand être dont sa propre existence dépend.

Le mouvement régulier de notre globe autour du soleil lui donne l'idée du temps ou Tordre de succession universel.

Il ne s'attache pas seulement au fait présent, il voit ce fait précédé et suivi d'une foule d'autres dans le même ordre impertur-

bable ; sa propre vie n'est plus dès lors qu'une des conséquences innombrables de cet ordre; il ne vit plus seulement en lui-même, il vit en tout et cherche à prévoir ce qui n'est pas encore, en même temps qu'à s'harmoniser avec ce qui est pour continuer de vivre selon cet ordre, sa condition d'existence.

L'animal, lui, n'ayant pas d'idées d'ensemble, ne pouvant réfléchir sur lui-même ni par conséquent saisir les rapports de son être avec l'ordre universel, ne se souvien pas des choses en vertu de l'enchaînement des idées dans son cerveau, mais en vertu de l'enchaînement des faits dans la nature; l'ordre de succession qu'il peut retenir n'est plus qu'un effet de l'habitude.

Ainsi se produit aussi la domestication des animaux, où l'homme se substitue à la nature, en les forçant de contracter des habitudes selon la destination qu'il leur donne, par la répétition des mêmes actes. C'est

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ce que les Allemands appellent discipline.

Mais si l'animal est dépourvu d'idées d'ensemble, il en a de fort précises sur les faits journaliers qui se présentent ; il les reconnaît, car la subtilité de ses sens est extrême, son attention est toujours en éveil et ses instincts sont admirables ; ils doivent suppléer à tout.

Songez à tous les besoins, à tous les dangers d'un être aussi faible qu'un insecte par exemple, àtous les ennemis qui le guettent, et vous reconnaîtrez qu'il lui faut une promptitude de décision inconcevable pour sauver sa vie.

Certains faits prouvent même que l'instinct devance toute expérience et qu'il remonte à à la force organique qui s'exerce avant et se poursuit encore après la naissance de l'être.

Un poulet prend le grain qu'il lui faut en sortant de l'œuf et le distingue entre tous, il

marche et se tient en équilibre dès qu'il en a la force, il se cache à l'apparition d'un oiseau de proie.

N'est-il pas évident ici que tous ces actes sont en principe dans le germe qui continue de se développer pendant toute la vie aussi bien que dans l'œuf? Si ce n'est pas là de l'esprit, quel nom lui donner?

L'instinct est surtout merveilleux dans les êtres inférieurs qui n'ont pas d'individualité propre, c'est-à-dire qui semblent agir uniquement selon la loi de leur nature organique, tels que les insectes en général : abeilles, fourmis, araignées, etc., dont l'industrie est aussi parfaite à la naissance qu'elle le deviendra jamais.

Cela nous porterait à croire que plus l'être s'élève intellectuellement, plus il se rend indépendant du génie universel, et plus il est sujet à se tromper sur les choses nécessaires à la vie.

sur l'esprit humain. i3q

Le principe intelligent grandit dans l'être, mais le génie de la nature en prend moins de soins et l'abandonne aux hasards qu'il cherche librement.

Faut-il penser aussi que le développement cérébral correspondant à l'intelligence par un développement excessif restreint la partie qui se rapporte à la perfection des sens? C'est possible. Quoi qu'il en soit, au développement cérébral se rattachent les idées d'ensemble, et ces idées seules font la supériorité de l'homme en ce monde.

Est-ce le résultat d'un accroissement progressif de la masse cérébrale, comme le penseat certains physiologistes, ou celui de sinuosités plus profondes qui se creusent dans cette masse, ou bien encore d'un équilibre plus parfait entre ses différentes parties ? Ces questions spéciales appartiennent aux physiologistes, ce sont des questions de fait qu'eux seuls peuvent résoudre.

Au point de vue philosophique, la faculté de distinguer les choses, de les comparer, d'en tirer des idées simples d'abord , de rapprocher ces idées et d'en former de plus générales, arrivant ainsi progressivement aux idées universelles . constitue l'intelligence humaine.

Dès lors, chaque idée particulière devient le signe d'une foi) le d'autres idées qui mettent en action tout l'appareil cérébral.

Mais pour se rendre compte de tous ces phénomènes, il faut toujours en revenir à la force organique, radical de tout instinct comme de toute intelligence; il faut en revenir à l'âme, à la volonté.

Chaque développement d'un être résulte de sa force intrinsèque; il faut vouloir pour s'étendre.

On ne fait rien, on ne comprend rien sans le vouloir ou sans l'avoir voulu.

Je n'entends pas dire par là que les êtres

ont toujours conscience de leurs déterminations. Non! la pleine conscience n'appartient qu'à l'homme qui se rend compte de ses actes après réflexion et s'affirme comme cause libre et responsable.

Pour avoir cette pleine conscience, il faut un grand développement cérébral, conséquence de l'action persévérante de la force organique ayant parcouru toutes les évolutions du germe primitif jusqu'à l'état humain.

Mais il n'est pas moins vrai que les êtres, même à l'état rudimentaire du règne animal, encore absolument dépourvus de mémoire, veulent; ils veulent vivre, et cela suffit pour les faire agir.

Ils agissent donc aveuglément d'abord, pour atteindre les éléments nécessaires à la vie, puis avec plus de discernement.

Le renouvellement des mêmes actes produit l'habitude, et l'habitude, c'est le chemin ouvert à l'instinct, qui n'est au fond que l'ha •

Mtude de faire les mêmes choses sous l'impulsion unique et primitive du besoin d'être.

L'organisme se conforme insensiblement à cette habitude, il se modifie selon la nature des mouvements amenés par les mêmes besoins, de sorte qu'à la longue de nouveaux efforts volontaires ne sont plus nécessaires et que la machine semble aller toute seule, d'après la disposition de ses parties.

C'est ce qu'on appelle consensus, et c'est ainsi que nous respirons, que nous digérons, que notre sang circule sans l'intervention de la volonté; le progrès est accompli, et l'état physique de l'homme sous le rapport de ses fonctions organiques est définitif.

L'être inférieur n'ayant qu'un besoin, celui de vivre, et l'organisme s'étant formé pour y satisfaire, le système ne peut plus subir de changements ; c'est une classe d'êtres immobilisée sous cette forme, un organisme fermé,

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sans issue pour de nouveaux développements.

Les zoophytes, les mollusques, les articulés, tous ces êtres qui font suite au règne végétal n'ont pas d'autre origine.

Leurs débris ont donné naissance à un ordre d'êtres supérieurs; ces débris ont servi 'd'aliments aux nouveaux venus, car c'est ainsi que procède la nature : chaque classe d'êtres inférieurs élabore la substance d'organismes plus parfaits, plus compliqués, qui, trouvant un milieu plus favorable à la vie, s'en emparent et constituent de nouveaux genres.

Chez ces nouveaux êtres, la volonté de vivre et de s'étendre apparaît comme chez les précédents ; elle crée des habitudes, des instincts supérieurs plus variés, pour satisfaire à des besoins plus étendus : besoin de poursuivre une proie, devenue elle-même plus active et se dérobant à l'ennemi ; besoin de

propager son espèce, exigeant aussi plus d'activité, les sexes devenus distincts se dérobant à l'accouplement.

La volonté d'être, de se développer, de se propager, grandit avec les éléments de vie, et ces éléments résultent toujours de l'ordre antérieur formant la matière organique.

Les besoins satisfaits créent de nouveaux besoins, de nouvelles habitudes; c'est un progrès incessant, indéfini, les êtres perfectionnés voulant vivre davantage et jouir.

Mais, dès que les nouveaux besoins sont satisfaits, la volonté cesse d'agir ; l'organisme fonctionne mécaniquement, tous ses mouvements étant tracés par l'habitude; c'est bientôt une nouvelle classe d'êtres arrêtée, fermée, en rapport et en équilibre avec le milieu dont elle tire ses éléments et qu'elle ne peut dépasser.

On voit que l'habitude est à la fois le terme de l'organisme et la borne de l'esprit ; elle fait

sur l'esprit humain. 145

faire sans esprit, sans volonté, ce que l'esprit avait mis en train; les mouvements et les fonctions deviennent organiques au lieu d'être volontaires.

Du reste, les transformations d'êtres inférieurs en êtres supérieurs ne peuvent se produire qu'en germe, les germes étant infiniment plus modifiables queles organismes déjà formés; ce n'est pas, comme on Fa dit, par transformation insensible des appareils vivants, et individuellement, que ces changements peuvent avoir lieu, mais par masse; tous les anciens êtres, trouvant un milieu différent, produisent de nouveaux germes plus parfaits.

Voilà ce que les observations paléontologiques et la succession des créations démontrent ; toute autre explication est vaine et ne s'accorde pas avec les faits généraux, universels, dont les fossiles nous attestent la réalité.

Le besoin d'être décide de tout : Ou'est-co

que l'instinct de la conservation? C'est le sentiment intime du besoin attaché à tous les organes, dont la satisfaction fait plaisir à l'être animé.

La moindre molécule vivante éprouve ce sentiment intime, infini dans son essence; quelques savants l'ont appelé irritabilité.

Tous les êtres vivants, depuis le zoophyte ou animal plante, jusqu'à l'homme, dans son plus grand développement intellectuel, réprouvent et, par là, sont soumis à la fatalité du besoin.

Ils ne peuvent s'en affranchir et sont forcés d*y satisfaire par les moyens que le monde extérieur met à leur disposition.

Et de là résulte la pensée instinctive. Car, quoi qu'on puisse prétendre, on pense instinctivement, comme on agit machinalement,

Ainsi, quand, en faisant une additionne dis : deux et deux, quatre... et quatre, huit... et huit, seize, etc., je pense en vertu d'une

longue habitude que j'ai prise d'additionner. Je pense sans y penser. Je pense donc instinctivement , comme j'agis machinalement.

Et voilà comme tous les êtres animés pensent, môme les plus simples, car la vie est une habitude prise même avant la naissance.

Du moment où le germe est conçu, où le cœur commence à battre, où les organes se forment, l'habitude commence ; elle se fortifie de plus en plus, à la condition d'un milieu favorable d'une part, et selon la nature primitive du germe d'autre part, nature qui procède de l'existence antérieure plus ou moins en rapport avec le nouveau milieu.

En un mot, il faut que l'être ressorte du milieu que lui-même et ses congénères ont formé dans l'état antérieur et qu'il y trouve les éléments de sa reconstitution.

Il est inutile de parcourir toute l'échelle

de la création ; le même phénomène se reproduit à tous les degrés : chaque perfectionnement de l'organisme amène de nouveaux besoins, ces nouveaux besoins exigent d'abord de nouveaux efforts pour s'assimiler le milieu, d'où naissent d'autres habitudes, d'autres instincts, qui développent à la longue l'organisme entier, lequel est apparu en germe dès que le milieu était constitué par les êtres antérieurs, et qui produit à son tour le germe d'êtres plus parfaits que lui : ainsi de suite.

Et tout en haut de l'échelle apparaît l'homme, le plus parfait des êtres au point de vue de la vie organique, le plus complexe, et affecté en conséquence de besoins physiques dont la satisfaction exige un grand déploiement de volonté.

C'est l'état actuel.

Examinons donc l'homme, qui résume en lui toutes les créations précédentes.

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