‹ Quelques mots sur l'esprit humainChapitre 13 sur 47 · ET DE L'ESPRIT INDIVIDUEL · texte numérisé non relu

ET DE L'ESPRIT INDIVIDUEL

Après la mémoire, qui recueille tous les éléments de la pensée, la principale faculté de l'homme c'est l'imagination, qui les met en œuvre, qui en forme des ensembles ou systèmes auxquels nous rapportons certains effets avant toute expérience.

Car il n'est pas toujours possible de réunir tous les éléments matériels nécessaires à

l'expérience, et de constater par les sens le résultat de ce rapprochement.

Or, une loi de la nature n'est réellement connue que si l'on parvient à rattacher l'effet à la cause.

Je ne parle pas ici de la cause universelle, inaccessible à notre intelligence, je parle de la cause seconde, dont tous les effets se produisent dans l'espace et le temps.

Eh bien, cette cause seconde résulte toujours d'un ensemble d'éléments dont le rapprochement produit des effets.

Chaque élément pris isolément n'en produit aucun; c'est de leur réunion que jaillit une suite de phénomènes sensibles et invariables.

C'est donc ce rapprochement qu'il faut considérer comme la cause des effets, et, cette cause étant connue, il nous est possible, quand les éléments sont à notre disposition, d'en reproduire les effets a volonté.

Mais, comme je l'ai dit, les éléments ne sont pas toujours à notre portée; c'est pourguoi nous sommes amenés à compléter la méthode d'induction, c'est-à-dire d'observation directe, immédiate, par la méthode des analogies ou des hypothèses, méthode purement spéculative, puisque, au lieu d'agir sur la matière en fait, nous ne rapprochons que nos souvenirs, nos idées, pour en tirer des conclusions plus ou moins probables et que l'expérience ne vérifie pas toujours.

Cependant, ce complément est nécessaire ; tous les éléments n'étant pas à notre disposition, il faut supposer que leur rapprochement, s'il avait lieu, produirait tel effet.

Il est vrai que le plus beau système, le mieux fondé en logique, ne nous donne jamais la certitude complète, qui ne résulte que de la vérification en fait; mais il est aussi vrai que les plus grandes découvertes de l'humanité sont dues à la méthode hypo-

thétique et que toujours l'hypothèse a précédé l'expérience, qu'on n'aurait jamais faite, si, par l'enchaînement des idées, on n'avait prévu les conséquences.

L'imagination est donc considérée avec raison comme un des agents d'investigation les plus nécessaires et les plus importants de l'esprit humain pour amener l'expérience et pour arriver à la découverte d'une vérité quelconque.

Remarquons qu'il n'y a pas dans le monde soumis à nos sens un seul fait métaphysique ; tout est matière hors de nous, puisque tout se voit, s'entend, se touche, etc.; mais les rapports des choses entre elles et avec nous sont immatériels, ils ne tombent pas sous nos sens, c'est en nous, dans notre esprit qu'ils s'établissent, il faut les penser; ces rapports se fondent sur les principes et d'après les lois de notre intelligence.

Si notre intelligence était autrement cons-

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tituée, nous ne concevrions pas les mômes rapports; nous en concevrions nécessairement d'autres à l'occasion des mêmes objets.

Toutes nos conceptions dépendent de nos idées a priori, qui sont le fond de notre esprit même.

Les lois de la nature ne sont donc, en définitive, que les rapports de l'univers avec notre organisation présente ; elles sont immuables.

Les systèmes vrais, c'est-à-dire qui s'accordent avec les faits bien constatés hors de nous et bien expliqués selon les lois de notre esprit, produisent en nous la certitude, et, quand l'expérience les vérifie, ils peuvent seuls être appelés lois universelles.

Il est arrivé quelquefois que, même avant l'expérience, l'homme a pu prédire que tel ou tel fait arriverait ; Newton, par le calcul, et, de notre temps, Le Verrier, en ont fourni d'illustres exemples, et ces exemples, à la gloire

de l'humanité, démontrent que les lois de notre intelligence et celles de l'univers ont des principes identiques.

Mais la plupart des systèmes, à l'origine, étant fondés sur une hypothèse plus ou moins probable, sont faux, au moins en partie, soit qu'ils ne correspondent pas rigoureusement aux faits, soit que les rapports des faits ne se lient pas suffisamment dans notre esprit et que leur explication soit erronée; ils n'en tiennent pas moins la place de systèmes vrais et forment des ensembles auxquels manquent un ou plusieurs éléments nécessaires pour donner la certitude : ils ont l'avantage d'arrêter l'esprit sur ces ensembles et d'appeler la réflexion.

Tout système, quel qu'il soit, a quelque chose de vrai; il explique la nature au point de vue de celui qui l'invente, mais il est erroné pour les autres ; il est attaqué, critiqué, contesté, jusqu'à ce que de nouvelles

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observa lions, de nouveaux rapprochements, de nouveaux rapports constatés, le complètent.

Alors, avec ces nouveaux éléments, se forme un nouveau système, qui répond à plus d'objections et se rapproche plus de la vérité, c'est-à-dire de la loi des faits, qui nous rend seule compte de leur apparition, de leur succession et de leur fin dans le temps.

Les systèmes qui répondent à toutes les objections sont seuls vrais ; ils correspondent d'une part aux faits tels que nos sens les constatent, et d'autre part, à l'esprit qui les explique selon ses propres lois.

Car, je le répète, l'esprit humain a ses lois fixes, hors desquelles il ne peut rien expliquer ni comprendre ; une foule de faits lui échappent, parce que l'appareil des sens n'est pas constitué pour les percevoir; d'autres, qu'il perçoit, restent pour lui inexplicables : tels sont les faits de chance,

de hasard, incontestables, mais hors des principes intellectuels, et que la raison ne peut résoudre; telles sont encore les idées d'infini, d'immuable, d'absolu, que tous les hommes subissent, mais que nul ne peut subordonner aux lois de notre esprit.

Toute hypothèse aboutit à la création d'un système; le plus ancien système que l'homme ait dû former, puisqu'il est dans la nature de l'esprit humain de rechercher son avenir, c'est un système pour s'expliquer l'origine universelle des choses.

Il en a formé plusieurs, mais celui que l'on peut citer comme type, celui qui résout le plus d'objections, c'est la conception d'un Etre tout puissant, réunissant en lui au suprême degré toutes les facultés humaines et produisant spontanément l'univers.

Il n'est pas question ici de Dieu, cause universelle, nécessaire, inconditionnée, condition de tout, p.t limité par rien.

Non! le Dieu dont je parle maintenant, ayant tous les attributs humains, môme jusqu'à l'infini; cet Etre tout-puissant, sage, juste, pitoyable envers ses créatures, pardonnant les fautes, etc., serait toujours conditionné ; ses qualités mêmes limiteraient sa liberté et sa puissance, puisqu'il ne pourrait enfreindre les lois de sa propre nature, parfaitement définie selon l'intelligence humaine.

Mais enfin la supposition de cet être est encore l'hypothèse la plus puissante que l'homme ait pu former pour résoudre un tel problème ; car, par elle, l'accord de notre esprit avec les faits universels est posé d'avance; cet accord résulte de la cause hypothétique elle-même; on ne peut en concevoir un plus complet.

En effet, du moment qu'un esprit humain a tout produit, tout ce que l'homme découvre dans le monde, il se l'explique d'après

son propre esprit ; il le reconnaît conforme à sa propre nature, et cela de toute éternité.

Chacun de ses progrès scientifiques, chacune de ses découvertes lui semble ressortir de son propre esprit et des lois de son propre être.

Et s'il arrive que les découvertes prétendues soient reconnues fausses, c'est l'esprit humain qui s'est trompé , Dieu, esprit infiniment parfait, ne pouvant jamais se tromper ni vouloir le tromper.

Ainsi, c'est en quelque sorte l'esprit humain qui crée le monde à mesure qu'il le comprend; et pour compléter cette identification de l'esprit humain avec celui de l'Être suprême supposé, toutes les créatures, étant toujours conformes au milieu dont elles tirent leur subsistance, sont naturellement portées à trouver que tout est bien, beau, créé pour leur bonheur, et fortement incli-

nées à reporter leurs actions de grâce vers l'auteur de toutes ces merveilles.

Si ces mômes créatures ne sont plus en équilibre avec leur milieu, quand l'âge et la maladie arrivent, c'est encore leur faute et non celle de l'Être suprême, éminemment bon et sympathique à toutes ses créatures.

Oui! cette pétition de principes entraîne la conviction de tous, l'accord est parfait; pour le maintenir, il suffirait de ne jamais fermer le système, de laisser toujours place à de nouvelles découvertes, à de nouvelles explications plus complètes, en rapport avec les progrès des sciences.

Malheureusement, toutes les religions fondées sur cette hypothèse se hâtent de fermer le système, pour emprisonner les esprits dans le dogme et les discipliner en vue d'un intérêt de caste ; elles se hâtent d'en exclure ceux qui ne marchent pas sous

leur bannière, et le Dieu humain se trouve ainsi bientôt hors de la science.

Les nouvelles découvertes, repoussées par les sectateurs de la doctrine immuable, rendent les dogmes insuffisants comme principes intellectuels et moraux ; le Dieu d'une époque et sa loi fixe sont reconnus arriérés et n'inspirent plus la même confiance.

Malgré cela, comme il faut toujours à l'homme un idéal en rapport avec ses progrès accomplis, on en revient à poser le grand Xv qui donnera satisfaction à la science; et c'est toujours l'esprit humain qui s'explique lui-même par l'observation des faits et qui explique ces faits selon la loi de sa propre nature.

Concluons de là que l'esprit humain étant formé des éléments du monde, finit par les découvrir tous dans son être et par les adorer : chose toute naturelle, puisque l'homme

appartient à l'univers, qu'il ne peut rien concevoir hors de l'univers, ni se considérer comme indépendant de lui.

C'est donc lui-même ou le monde qu'il adore ; et, selon son degré de développement, c'est comme être physique, comme être intellectuel ou comme être moral qu'il se prosterne devant son propre génie.

Le sauvage s'adore sous la figure d'un être féroce, la ceinture garnie de chevelures humaines et vingt hras armés de massues; l'homme civilisé s'adore dans tous ses goûts raffinés; il lui faut des flambeaux d'or, des vases de fleurs, le chant de l'orgue et des nuages d'encens, pour se croire en présence de Dieu.

Voulez-vous connaître un peuple, voyez ce qu'il adore et vous le connaîtrez ; l'un s'agenouille devant ses tableaux, ses statues et sa musique : c'est un peuple artiste; l'autre chante des Te Deum au dieu de la force et

fait tonner le canon en son honneur : c'est un peuple guerrier.

Nos ancêtres les Gaulois, sous la voûte des chênes et le long des rivages de l'Armorique adoraient la nature, leur mère ; ils adoraient leur propre esprit grava, solennel, contemplatif.

Au moyen âge on adorait sa propre misère sous la figure du fils de l'homme en croix, des femmes échevelées embrassant ses pieds sanglants.

Le conquérant s'adore dans sa chance : il est le fils de Jupiter et non pas de Philippe; les nobles filles qui font à l'humanité le sacrifice de leur vie, s'adorent dans leur belle âme et ne la trouvent jamais assez pure; l'honnête homme s'adore dans sa conscience, la loi de Dieu.

Tous s'adorent dans ce qu'ils ont de meilleur et ne peuvent faire autrement.

Soyons francs... c'est la vérité! l'homme

ne peut pas plus dépasser son idéal que l'aigle ne peut s'élever dans un air raréfié; il croit s'élever encore et reste immobile, ne sentant plus rien sous ses ailes puissantes.

A toute force il nous faut un point d'appui, à notre esprit surtout; et son point d'appui le plus solide, c'est dans le sentiment de sa propre dignité qu'il le trouve, dans la conscience de sa loi morale et du devoir.

Mais cette force elle-même, d'où vient-elle? me demandera-t-on. L'esprit lui-même, qu est-ce que c'est '? Est-ce aussi une hypothèse représentant l'ensemble de nos facultés réunies? Est-ce une personnification des effets merveilleux de notre organisme, sous le nom de moi, de volonté, d'âme? Enfin, est-ce une illusion?

A cette question je répondrai par une autre : — Peut-on être une illusion pour soi-même ? Et si l'on est une illusion pour soi-même, quelle certitude peut avoir une

illusion? Comment peut-on se considérer soi-même comme une illusion et croire à la réalité de ce qui est hors de soi?

Et puis encore par cette autre question : — La matière étant indéfiniment divisible, ses dernières parcelles, devenues invisibles , impalpables, existent-elles encore ou cessentelles d'exister?

Et si elles existent encore, ne peuventelles pas composer l'esprit invisible comme elles?

Le ciel, la terre, les végétaux, les animaux et les hommes, y compris les esprits, ne peuvent-ils pas se composer de matière plus ou moins raréfiée ? et leurs éléments les plus subtils ne peuvent-ils pas former la substance spirituelle des âmes, des esprits?

Cette définition de la matière : a Tout ce qui tombe sous les sens, » est-elle bien juste?

Pourquoi distinguer deux substances là où nous sommes forcés de reconnaître par

l'expérience qu'il n'en existe qu'une seule, qui tantôt tombe sous nos sens et tantôt n'y tombe pas, selon son état de division? Est-ce logique? N'est-ce pas contraire au bon sens, et l'intelligence ne proteste-t-elle pas contre une définition pareille?

Et n'est-il pas absurde aussi de faire dépendre toutes nos conceptions relatives aux choses physiques, intellectuelles et morales, d'une définition évidemment fausse ?

Quant à moi, je suis convaincu .qu'il existe infiniment plus de choses matérielles qui se dérobent à nos sens que d'autres, et c'est précisément celles que nous ne voyons pas qui pourraient nous expliquer la nature et la composition des corps, à la condition toutefois d'admettre que ceux-ci ne s'expliquent pas d'eux-mêmes, par la simple perception des sens ; à la condition aussi de reconnaître, ce qui du reste est juste, que la moitié des choses, tout au plus, est perçue par nos sens

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et que le reste, il faut le penser pour obtenir l'être complet.

Cette idée, qui depuis longtemps me frappe, peut devenir le terrain communoù les physiologistes et les psychologues parviendraient à s'entendre; l' 'élément physique et f élément spirituel, l'organisme et la force organique s'y trouvant réunis et définis.

C'est une hypothèse, oui! mais elle ramène tout à l'unité de vue et simplifie toutes les questions sur lesquelles on se divise mal à propos.

Chaque science a sa part de vérité, pourquoi ne pas les réunir pour en faire la vérité complète ?

Dans tous les cas, et quoi qu'on décide sur ma proposition, Dieu et l'àme ne sont pas et ne peuvent pas être de simples hypothèses, ce sont des conceptions trop universelles et trop intimement lices à toutes nos pensées pour n'avoir point de fondement.

SUR L ESPRIT HUMAIN. Il']

Dieu serait une hypothèse si l'on pouvait démontrer que le fini peut exister sans l'infini, le contingent sans le nécessaire et le relatif sans l'absolu : — Propositions incompréhensibles séparément, attendu qu'elles sont conditions et compléments les unes des autres.

Et l'âme serait une hypothèse si l'on pouvait démontrer que l'organisme se fait luimême, sans force organique, et qu'après s'être fait, il constitue la force organique elle-même, le moi, la conscience, la volonté qui ne seraient alors que des illusions produites par un fait matériel inexpliqué, contraire à tous les autres faits qu'on observe dans la nature ; enfin quelque chose d'inconcevable; un effet qui produirait sa cause, après s'être produit lui-môme sans cause ; le renversement du sens commun.

C'est inadmissible.

Ces conceptions, Dieu et l'âme , doivent

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donc entrer dans la science positive, au même titre que les autres concep''ons nécessaires ; elles sont la base même , le fondement de toute science, comme les idées de cause et de substance.

Rejeter ces deux principes, indispensables à toute conception, c'est admettre implicitement de nouveaux mystères plus absurdes que tous ceux qu'on a jamais inventés pour expliquer l'existence des choses, de sorte que les gens de bon sens, même les plus savants, arrivant à la fin de leurs jours, fort inquiets de principes sur lesquels ils n'ont jamais réfléchi, finissent par croire à saint Christophe, à saint Pancrace, à saint Boniface, parce qu'ils n'ont pas voulu croire en Dieu, cause universelle, inconditionnée, que nous indique la raison même.

Gela dit, je poursuis mon exposition de la méthode hypothétique.

De même que le corps a tous ses principes

répandus dans le monde physique, l'esprit a tous les siens répandus dans le monde spirituel, car, il faut bien le reconnaître, indépendamment de la cause infinie, immuable, absolue, qui maintient l'ordre universel, on découvre en tout un principe puissant, progressif et, par conséquent , libre, organisant les êtres animés, depuis le végétal jusqu'à l'homme, et tendant à se dégager de l'étreinte des grands organismes, dont les conditions sont inflexibles.

Cet esprit de liberté se reconnaît en tout; il est l'objet de nos études philosophiques, et c'est à l'observation de cet esprit que se rapporte l'hypothèse du Dieu humain, présidant au développement des êtres animés, les encourageant, les punissant et les gouvernant selon des lois purement humaines.

C'est l'idéal de l'homme, et jamais on ne dépasse son propre idéal, qui forme l'extrême limite de nos désirs et de notre intelligence.

Les masses ne s'affranchiront jamais de cette illusion, qui contribue à leur bonheur ; l'univers leur paraîtra toujours l'œuvre d'un esprit semblable au nôtre : c'est dans la force des choses. On juge de tout par soi-même : se porte-t-on bien, tout est bien; se portet-on mal, tout est mal; de là les deux Esprits du bien et du mal ; les choses prennent de nous leurs qualités ; notre état décide le plus souvent de nos appréciations ou jugements ; il faut une grande hauteur d'esprit pour s'élever à l'impartialité complète dans sa propre cause.

Tâchons donc de tenir les forces qui nous composent en équilibre ; tâchons de trouver toujours en nous courage, fermeté, bonté, justice, indulgence, et nous trouverons tout cela chez les autres, hors de nous.

Tâchons d'élever notre âme, et nous trouverons dans l'univers une âme immense, jus te, équitable, indulgente, quoique indéfinissable.

Si nous ne trouvons pas cela en nousmêmeSj nous ne trouverons hors de nous que résistance et déception, et nous périrons, car aucun être n'existe par soi ; nous sommes formés de toutes les résistances et de toutes les harmonies qui nous entourent; s'il n'y avait pas de résistance, il n'y aurait pas de force; sans ténèbres, pas de lumière; sans froid, pas de chaleur; sans corps, pas d'esprit, etc.

L'obstacle suscite la lutte; l'obstacle de l'humanité, c'est la nature à vaincre, et de là résulte aussi le déploiement de l'intelligence, du courage, de toutes les vertus; l'homme représente la vie sous toutes ses formes aux prises avec la matière inerte, inorganique, et la matière organisée par des forces opposées à la sienne.

S'il s'abandonnait, la nature l'écraserait.

Songeons aussi que si l'humanité entière, sauf un seul couple, périssait par quelque

cataclysme, ce couple seul, le plus grossier, le plus misérable, sauverait la pensée libre, l'esprit, l'âme de tous.

Cette pensée seule suffit pour nous rendre nos semblables sacrés.

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