L'ESPRIT HUMAIN EN PARTICULIER
L'expérience nous apprend que toute force résulte d'une organisation ; ce qui n'est pas organisé n'a pas de force, et plus l'organisation est parfaite, plus la force est grande.
Pour n'en citer qu'un exemple, la phalange macédonienne et la légion romaine ont triomphé de toutes les masses barbares qui leur étaient opposées; cela résultait de leur organisation.
Il en est de même des êtres pris individuellement ; leur organisation seule fait leui force, et toute organisation suppose un esprit organisateur.
Du reste, tout dans la nature est organisé ; la matière dite inorganique elle-même entre dans l'organisation de notre globe terrestre par l'attraction.
Les autres phénomènes généraux, tels que la chaleur, la lumière, l'électricité, etc., résultent de l'organisation planétaire dont notre soleil est le centre.
Il n'y a pas d'organisation véritable sans unité ; les unités secondaires dépendent des unités de premier ordre, et celles-ci tiennent à l'organisation universelle, dont l'unité nous échappe par son immensité même.
C'est toujours la force organique qui produit le mouvement et les autres phénomènes delà matière; que cette force soit aveugle, c'est-à-dire soumise à des lois fixes, immua-
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blés, ou que ce soit une force libre, c'est-àdire animée, ayant plusieurs lois entre lesquelles elle hésite et se prononce selon les circonstances après jugement, il n'y a pas d'esprit, pas d'organisation, pas de force, sans unité.
La matière ne s'organise pas d'elle-même, n'ayant pas d'unité, car l'atome indivisible est une chimère ; on ne peut supposer une fraction de matière tellement petite qu'on ne puisse la diviser encore par la pensée ; tous les phénomènes de la matière dépendent donc d'un esprit qui l'organise.
L'esprit de l'homme, comme celui de tous les autres êtres animés, ne se manifeste que par son action constante; lui seul communique de la durée à l'être, qui se dissoudrait s'il n'était maintenu par sa force intrinsèque.
Gela posé sur les données de l'expérience, examinons l'esprit humain en lui-même, abstraction faite de son milieu.
Trois facultés : la sensibilité, l'intelligence et la volonté, constituent l'homme dans son ensemble.
La sensibilité et même l'intelligence appartiennent évidemment à l'être physique, puisqu'elles se fortifient et s'affaiblissent selon l'état de l'organisme, et que la moindre altération du cerveau, non seulement les pervertit, mais peut même les anéantir.
Quoique sous la dépendance de la volonté, elles résultent de l'organisation, et comme on ne peut sentir sans les sens, ni penser sans le cerveau, je les attribue franchement à l'être physique.
Quant à la volonté, supprimons par la pensée l'intelligence et la sensibilité, puis demandons-nous ce qui restera : Que peuton vouloir sans penser ni sentir?
Si l'on s'en rapportait à l'intelligence, on répondrait qu'il ne restera rien.
Mais d'où viennent la sensibilité et l'intel-
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ligence elles-mêmes ? D'où vient l'appareil cérébral qui manifeste l'une et l'autre ?
Cet appareil vient d'une force, d'abord en germe, qui, se développant successivement, perfectionne l'appareil et par lui les deux facultés. Cette force, dans l'homme, prend le nom d'esprit.
Chaque être a sa force organique en germe ; dans les êtres inférieurs, elle s'arrête à la sensibilité ; sa force est épuisée par la production de l'organe qui la donne ; d'autres germes atteignent jusqu'à l'instinct, par l'évolution organique; d'autres vont jusqu'à l'intelligence; celui de l'homme produit le cerveau complet, et par lui la raison, la conscienee de lui-même et de ses rapports avec le monde.
La force du germe est toujours présente dans l'être ; c'est ce que les naturalistes nomment force organique ; elle persiste à travers toutes les phases de l'organisation dans sa
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longue évolution; quand elle est épuisée, l'être meurt.
Et remarquons bien que cette force ne résulte pas de l'organisation elle-même, que chaque évolution du germe la suppose, et qu'il serait absolument impossible de s'expliquer ces évolutions sans elle, tandis que l'on conçoit très bien l'existence de cette force en germe à l'état latent, jusqu'à -ce qu'un milieu favorable lui présente les éléments nécessaires à son développement.
Voilà pourquoi nous avons en nous l'idée de cause, quoique la nature ne nous niontro que des phénomènes.
Cette idée de cause n'est que le sentiment intime de la force organique qui nous a produits, qui persiste en nous, qui tend à se développer de plus en plus et que chacun résume en ce mot : le moi.
Ce moi, c'est notre volonté, ce qui fait notre identité dans tout le cours de notre vie
Qu'on appelle cette force esprit, âme ou volonté, qu'importe? Elle existe dès le principe de notre être; seulement, elle ne se connaît qu'après son complet développement, d'où naît l'intelligence.
En cette dernière période, elle se regarde, elle s'explique elle-même, elle se juge ; l'instrument de la réflexion, l'appareil cérébral complet est créé, la conscience en résulte.
Il importe toutefois de ne pas confondre la force organique avec toute autre force résultant de l'organisation elle-même.
La force matérielle vient de l'organisation, c'est incontestable ; mais l'organisation ellemême vient de l'ordre, de la disposition et de la perfection des organes : c'est donc une force spirituelle qui procède.
Si l'on veut nommer force l'esprit, le génie qui produit cet ordre, soit! C'est une force spirituelle organisant la matière selon sa propre loi, mais cette force ne ressemble pas
plus à la force physique qu'une pensée ne ressemble à une action.
On peut dire d'une pensée qu'elle est forte, en ce sens qu'il a fallu beaucoup d'attention, de réflexion pour la former ; mais c'est une métaphore, une image empruntée de la matière, pour rendre plus intelligible un fait spirituel.
L'esprit ne produit que de l'ordre, de l'harmonie, de l'ensemble, de l'accord dans l'arrangement des parties et dans leur développement successif; de la suite dans leurs opérations, une fois que l'être est constitué.
C'est là le phénomène de l'esprit, ce qui caractérise sa présence dans l'être et sa puissance, toujours proportionnée à l'ordre qu'il a su mettre dans l'organisation, pour en obtenir plus de pensée et d'action.
Mais, me dira-t-on, comment l'esprit, substance spirituelle, peut-il agir sur la sub-
stance matérielle et la disposer selon l'ordre qui lui convient ?
D'abord, je n'admets pas que la matière, divisible à l'infini, soit une substance, puisqu'elle n'a pas d'unité; c'est un élément, voilà tout. Elle entre, il est vrai, dans la composition de tous les êtres, mais elle ne les constitue pas; elle n'existe comme objet réel que du moment où la force organique d'un être quelconque s'en empare et l'organise selon sa propre loi.
Elle subit toutes les lois physiques, chimiques, végétales, animales, humaines, des êtres qui se l'assimilent ; elle est absorbée, éliminée mille fois par eux ; éliminée, elle rentre dans l'état inorganique et retombe sous la loi de la grande unité terrestre, qu'elle subit passivement jusqu'à ce qu'un végétal l'absorbe de nouveau, la transforme selon sa nature et la remette en circulation.
L'élément matière n'a pas de propriétés
autres que celles des êtres dont il fait partie.
La matière est donc un élément passif, et cependant on lui prête une activité propre qu'elle n'a pas. qu'elle ne peut avoir : c'est toujours à la matière qu'on attribue les phénomènes des êtres organisés.
Pourquoi la chaleur transforme-t-elle l'eau en vapeur ? — C'est, dit-on, une propriété, un phénomène de la matière. Pourquoi la lumière donne-t-elle leurs couleurs aux objets? — C'est encore une propriété de la matière. Pourquoi l'électricité aimante-t-elle une pointe d'acier, etc.? — C'est toujours une propriété de la matière.
On a même appelé la lumière, la chaleur, l'électricité corps impondérables, et cependant ces phénomènes n'avaient absolument rien des autres corps, ils se rapportaient, aux yeux de tous, à notre système planétaire parfaitement organisé, puisque l'organisation de tous les êtxes inférieurs en dépend.
Supprimez le soleil, que deviendront les propriétés des corps, leur cohésion, leur densité, leurs formes, leur pesanteur? Tout cela ne résulte-t-il pas de l'attraction, de la gravitation, de la lumière, etc., en un mot des lois de ce grand organisme qui nous communique la vie? Et nos propres pensées ne sont-elles pas les phénomènes de notre Esprit qui soumet à sa loi l'élément matière?
Distinguons-nous jamais notre physique de notre moral autrement que pour en causer, pour en disserter ?
Et si nous ne les distinguons pas en fait, n'est-il pas clair que notre Esprit se considère lui-même comme le principe et la source de tous nos phénomènes de sensibilité, d'intelligence et de décision? comme le seul être, réel, durable, persévérant, auquel tout se rapporte et d'où partent toutes les déterminations, tandis que la matière passe, se renouvelle en donnant à notre corps les pro-
priétés de tous les autres corps, non pas en vertu de ses qualités propres, mais de celles qui lui sont communiquées par d'autres organisations supérieures ?
Est-ce en cet élément étranger que nous faisons consister notre moi? Evidemment non ! Et n'est-il pas évident aussi pour tous qu'en pensant, en observant, en réfléchissant, en comparant, en jugeant, en voulant, nous organisons, nous développons, nous perfectionnons notre cerveau et nos sens? et qu'en agissant, nous développons nos forces physiques ?
Non, nous ne sommes pas plus embarrassés d'agir sur notre corps, de le soumettre à notre loi que la terre n'est embarrassée d'attirer la lune ou de retenir les rochers à sa surface.
C'est une fores propre à chaque être de s'organiser selon sa nature; la matière subit leur loi. L'esprit est, pour tout homme de bon
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sens, le fonds, la substance, la réalité de son être.
Toutefois, nous allons voir plus loin que le corps dépend à la fois de l'organisation universelle, par ses fonctions dites organiques, et de l'organisation mentale ou spirituelle, par ses fonctions spirituelles et morales.
On peut donc distinguer, dans le corps humain, le concours de deux esprits dont l'harmonie constitue notre être total ; mais, quant à la matière, elle n'est qu'un élément passif, quoique nécessaire à l'existence de tous les êtres.
Mais, dit-on encore, la matière a ses lois propres, et ce sont ces lois générales, universelles, qui font tous les êtres.
Rien de plus faux.
Supprimez tous les êtres, toutes les forces organiques, par la pensée, en vertu de quelle loi la matière s'organisera-t-elle ? J'entends
ses lois propres, indépendantes des êtres.
N'est-il pas évident qne les êtres imposent leurs lois à la matière inerte, et la première de toutes ces lois n'est-elle pas celle du principe un, indivisible, qui fait l'identité des choses en ce monde ?
Cependant, vous entendez parler chaque jour, comme de choses réelles, de lois, de forces générales répandues dans les espaces, indépendamment des êtres ; on dit : les lois de la nature, comme si la nature ne signifiait pas l'universalité des êtres et de leurs phénomènes.
Vous entendez même prononcer des aphorismes comme celui-ci : La nature ne tient qu'aux espèces et ne s'inquiète pas des individus.
On trouve cette pensée grandiose, hélas !
Les espèces se composent d'individus ; chaque individu s'inquiète de soi, sans se soucier delà nature; s'il ne s'inquiétait pas
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de soi, son espèce périrait, car elle est cornposée d'individus semblables à lui, qui tous périraient s'ils ne remplissaient pas les conditions de l'existence, dont les principales sont de veiller à soi, de s'alimenter et de se défendre, pour durer.
Mais ici se présente une question sérieuse qu'il s'agit d'élucider : c'est la question de la génération des êtres, qui se rattache à la fois à l'organisation de notre monde et à l'organisation de chaque être en particulier.
Elle comprend les germes, les espèces, les genres, les familles, les individus, et mérite toute notre attention.
DE LA VIE ORGANIQUE, DE LA VIE DE RELATION' ET DE LA GÉNÉRATION DES ÊTRES.
Si, comme on le prétend, les êtres se multipliaient eux-mêmes physiquement, par leur vertu propre, l'esprit individuel, qui seul donne l'unité, serait inutile ; le corps, possédant cette faculté singulière, inconcevable, de transmettre son organisation à d'autres corps, la matière engendrerait l'esprit luimême, et de la variété des éléments résulterait l'unité; chose à la vérité inconcevable, mais qu'il faudrait admettre nécessairement
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si c'était un fait; car les faits s'imposent, il ne sert a rien de les nier, ils portent leur preuve avec eux-mêmes.
Mais c'est encore une de ces illuskms où les hommes se jettent faute de réfléchir; l'apparence devient, à leurs yeux, la réalité même, sur une simple vue des choses, sans explication.
Pour élucider cette question de la procréation des êtres animés par eux-mêmes, observons d'abord que chacun d'eux a ses conditions d'existence qu'il n'a pas faites, et qui le rattachent à l'ensemble de l'univers, indépendamment du principe qui le fait exister individuellement.
Tous les êtres forment un ensemble immense et sont conditionnés l'un par l'autre.
Les unités de premier ordre, telles que le soleil, sont par leurs phénomènes les conditions d'existence des unités de second ordre, comme notre globe ; celles-ci sont les condi-
tions d'existence des unités de troisième ordre, ainsi de suite jusqu'aux dernières.
Sans l'astre central, point de gravitation universelle, point de mouvement régulier, point de lumière, point de chaleur, point d'électricité ni de magnétisme ; phénomènes généraux dont toutes les autres existences dépendent.
Sans notre globe terrestre, point 'de phénomènes chimiques ni physiques ; sans ces phénomènes, point de végétation ; sans végétation, pas de règne animal, pas d'hommes.
Donc tout notre monde se rattache au soleil.
Laplace a calculé que pour retenir les planètes dans sa sphère et les empêcher de s'échapper par la tangente, l'attraction du soleil doit être cinquante millions de fois plus active que la lumière, et la vitesse de celle-ci étant de soixante-dix-sept mille lieues à la seconde, qu'on juge d'une puissance multipliée par ces deux chiffres
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Ce grand et profond géomètre a démontré. ae plus, en se basant sur le fait que les planètes accomplissent toutes leur révolution autour de l'astre d'occident en orient, dans le plan de l'écliptique, qu'elles ont dû faire partie de sa masse à l'état de vapeur et tourner avec lui sur son axe de rotation.
La chaleur du foyer s'irradiant dans les espaces stellaires, la masse atmosphérique dut se condenser autour du point central, abandonnant, à chaque retrait, les vapeurs embrasées sur les limites extrêmes de la sphère d'attraction, et ces vapeurs se condensant à leur tour selon la loi de gravitation, produisirent les planètes dont le mouvement se poursuit, dans le même plan et dans le même sens, en vertu de leur direction primitive.
Cette hypothèse qui mathématiquement nous rend compte de l'ensemble du système et qui ne rencontre d'ailleurs aucune objec-
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tion sérieuse, a tous les caractères de la vérité.
depuis, les travaux de Malus, d'Herschel, d'Arago, de Fresnel sur la lumière, ont démontré scientifiquement qu'elle résulte des vibrations d'un fluide, l'Ether, qui environne l'astre et nous transmet son action à distance.
Donc non seulement nous avons fait partie du soleil, mais nous en faisons encore'partie, étant baignés dans le même fluide, et tout nous porte à croire que les vibrations de ce fluide variant selon la nature des milieux qu'elles traversent, pénétrant les êtres, favorisant leur développement, produisent tour à tour chaleur, électricité, magnétisme, affinités chimiques, végétation, vie, à mesure que les êtres s'organisent et se transforment sous leur influence.
Si cette hypothèse pouvait se vérifier, elle fermerait la synthèse de toutes les sciences et de la nature elle-même.
sur l'esprit HUMAIN. 3 I
Quoi qu'il en soit, le soleil nous touche, il nous vivifie, il tire de notre globe tous les éléments nécessaires à son équilibre et nous transmet tous ceux qui sont indispensables à notre propre existence.
Notre vie est sous sa dépendance absolue, c'est l'un de ses nombreux phénomènes.
Tous les êtres sont soumis à la force centrale, les uns, comm eles corps bruts, y sont même asservis et subissent passivement ses lois, on peut les considérer comme un de ses effets directs, immédiats; mais d'autres ont en eux-mêmes un principe propre qui résiste à son action ; ce principe est plus ou moins développé en eux : ainsi les végétaux montent, opposant leur force propre à celle de l'attraction terrestre qui tend à tout niveler ; les animaux se détachent complètement du sol en vertu de l'énergie du principe individuel, ils se déplacent; l'homme, en vertu de sa volonté, devient libre par la
pensée, c'est l'instrument de son affranchissement.
Plus on s'élève dans l'échelle des êtres, plus les lois générales perdent de leur empire, plus la complexité et la contingence des êtres augmentent.
L'homme est le plus libre, le plus complexe, le plus contingent et le plus conditionné de tous ; son existence dépend de tout ce qui le précède : qu'un seul des phénomènes universels qui le conditionnent dans l'ensemble de la création vienne à manquer, il périt.
Nous résultons de tout un monde antérieur, nous en représentons tous les principes; celui qui se connaîtrait à fond lui - même et dont le génie embrasserait l'ensemble des conditions de sa propre existence physique, intellectuelle et morale , connaîtrait l'univers.
La conclusion à tirer de tout cela, c'est
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qu'étant soumis à toutes les conditions de notre monde, nous faisons partie d'un être colossal, et que tous les êtres de notre globe, subordonnés à l'unité centrale, en font partie comme nous.
L'esprit fait seul notre individualité!
C'est pour avoir méconnu l'un ou l'autre de ces principes, que les philosophes se sont partagés dès l'origine en deux camps : les uns, panthéistes, matérialistes, vitalistes, ne reconnaissant que la vie générale, commune à tous les êtres indistinctement, et ne différant que par son degré d'activité, selon la perfection de l'organisme; les autres, spiritualistes, n'admettant que l'existence individuelle propre à l'homme, sans tenir compte des autres êtres, auxquels ils refusent ce principe éminent et qu'ils rejettent dans l'ombre, en les assimilant à la matière elle-même.
Le fait est que l'homme, aussi bien que les autres animaux, ne vit que par l'Esprit uni-
verset, et qu'il pense en vertu de son propre esprit.
S'ils pensaient en vertu de l'organisation universelle, tous les hommes penseraient de même, comme tous les êtres animés vivant de la même vie, éprouvant les mêmes plaisirs et les mêmes souffrances, ne différant que par le degré ; ils penseraient comme ils digèrent ; leur cerveau fonctionnerait comme leur estomac.
Les principes de la pensée : les idées d'espace, de temps, de substance et de cause étant les mêmes pour lous, ils naîtraient tous grands géomètres, grands observateurs, grands psychologues, et s'accorderaient sur toutes les questions fondamentales.
Mais le cerveau ne fonctionnant que par la volonté, comme la main, le bras, tous les organes dits volontaires, il en résulte que sans ce principe actif il resterait au repos.
C'est donc là le ressort de la pensée, et c'est
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à la suite de la pensée que vient l'action, non pas l'action instinctive, animale, conséquence d'un besoin à satisfaire, d'un danger à éviter, mais l'action réfléchie, l'action voulue, le travail qui perfectionne l'organe et que la volonté commande en vue du développement intellectuel et moral.
C'est une fatigue de penser avec suite, la plus grande des fatigues, et souvent l'homme succombe cà la volonté qui persiste à vouloir penser, étudier, observer, quand le cerveau n'obéit plus.
Alors la nature reprend ses droits et l'être s'endort, le sommeil répare les forces épuisées.
Deux puissances sont ici en présence, et, il faut bien le dire, la plus douce, la plus modérée est encore la nature qui protège l'être qu'elle a formé contre les exigences de la force individuelle, qui n'a pourtant que cet instrument à^es ordres et qui ne sait pas assez le ménager.
Ces faits sont connus de tous et chacun met son individualité, non pas dans les organes plus ou moins parfaits qu'il a reçus de l'organisation universelle, mais dans sa volonté qui les dirige.
V homme vit donc en vertu des lois communes à toits les êtres organisés et pense en vertu des lois qui lui sont 'propres.
Sa vie n'est pas autre que celle de la masse des êtres animés ; tous souffrent et jouissent de même ; les animaux sont réellement nos semblables parla sensibilité ; mais nos conditions, comme esprits, sont différentes, car l'homme seul a conscience de son individualité d'une façon explicite; seul, il connaît sa loi propre, la loi morale, comme agent libre et responsable.
La loi de génération, étant commune à tous les êtres animés, rentre dans la première classe; ce ne sont pas les êtres eux-mêmes qui se multiplient en vertu de leur principe indivi-
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duel; ce qui les multiplie, c'est le grand Être dont ils font partie, c'est la loi de vie qui les rattache à l'ensemble des choses et qui forme la stabilité du monde,
Je vais le démontrer.
Mille glands tombent d'un chêne, et ces mille glands peuvent devenir mille chênes, mais sous un grand nombre de conditions indépendantes du chêne.
Chaque gland, il est vrai, est la condition intrinsèque indispensable à la naissance d'un chêne; chaque gland est une matière organique parfaitement élaborée, renfermant tous les sucs et les principes essentiels de l'arbre; que ce gland tombe dans une bonne terre, qu'il reçoive de la pluie, qu'il soit chauffé par le soleil, il pourra devenir un chêne.
Mais si l'arbre qui l'a produit est une des nombreuses conditions de sa naissance, le globe terrestre tout entier, avec ses phéno-
mènes de pluie, de chaleur, d'électricité, son atmosphère chargée de carbone, etc., est une condition aussi dont il faut tenir compte ; les milliers de plantes qui successivement ont péri pour former l'humus sur le granit primitif durant des siècles, sont une autre condition non moins importante; le soleil, sa lumière, son action sur notre globe, sont une autre condition indispensable ; sans parler de celles que nous ne connaissons pas et qui vont jusqu'à l'infini.
Ce chêne ne multiplie donc pas son être ; il produit des glands comme il produit du bois, de l'écorce, des feuilles, par l'évolution le son propre germe dans un milieu favorable, et en vertu d'une loi universelle dont il n'a pas conscience; il est l'instrument aveugle, inconscient, de sa reproduction; et combien de milliers d'autres êtres, même parmi les hommes, se trouvent dans la même catégorie : s'ils étaient forcés de savoir
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ce qui les fait reproduire leur espèce, le monde finirait bientôt.
C'est donc un abus d'affirmer que les êtres multiplient les forces organiques ; ce qui multiplie les êtres, c'est l'immense harmonie des choses, c'est tout! car tout est nécessaire pour faire pousser un brin d'herbe; c'est l'esprit sublime répandu dans tout qui donne la vie à tout.
La puissance génératrice, arrivant à la suite du développement de chaque être, est l'effet d'une de ces lois, en vertu de laquelle ils transmettent sous une forme définie l'existence à des êtres nouveaux, semblables à eux ; sinon les espèces s'éteindraient.
C'est cet esprit-là qui multiplie, non les forces qui sont en lui seul, mais les formes, les germes, dont le développement possible n'a lieu qu'en vertu des conditions de l'univers.
Mais, indépendamment de ces conditions
de vie générales, communes à tous les êtres, il en est qui naissent avec un principe d'animation qui leur est propre et dont le développement produira le moi, l'individualité, qui ne saurait se transmettre.
Le père ne transmet pas à ses enfants son être même ; ce n'est pas le germe qui fait l'individualité; il constitue le genre, l'espèce, la vie organique et non l'esprit.
Cette vie organique est seule soumise à des lois immuables ; elle est mécanique : nous digérons, notre sang circule, toutes nos fonctions organiques s'accomplissent sans l'intervention de la volonté.
La forme organique parfaite, arrêtée pour chaque espèce, est un progrès acquis, ié résultat définitif d'une immense suite de générations, qui toutes ont concouru à la former.
Le cerveau humain ne fonctionne pas sans l'action persistante de la volonté ; donc il
n'appartient pas à la vie organique, il lui faut encore, l'impulsion de la volonté, de l'esprit individuel. Arrivera-t-il un jour à penser sans le vouloir? et cette lorme parfaite servira-t-elle de type organique aux générations suivantes ?
C'est probable; en observant par combien d'ébauches ont passé les différents types actuellement arrêtés, les études paléontologiques démontrent que rien n'arrive à la perfection sans de nombreuses ébauches.
La vie organique seule tient à l'universalité des choses, à l'esprit universel qui produit les germes ; la vie de relation tient à la cause seconde, c'est-à-dire à l'esprit individuel, qu'elle caractérise.
Tel est le fait positif, incontestable, et quand on nous parle de vertus héréditaires, de qualités transmises par le sang dans les mômes lignées, de talent, de génie, de moralité, tenant à la race, il suffit de parcourir
les différentes dynasties royales ou autres pour se convaincre qu'il n'y a rien de vrai dans ces assertions, que les ressemblances sont purement organiques, et les vertus individuelles.
Tous les êtres ; même ceux des races inférieures, s'attribuent l'œuvre de leur milieu organique : une poule couve vingt œufs, des œufs de pintade, de canard ou 'd'autres poules; pas un seul n'est d'elle.
Eh bien, les petits venus, elle se les attribue tous, elle les nourrit, elle les défend; les uns perchent, les autres vont à l'eau, elle les appelle, elle s'inquiète de leurs dangers.
Que leur a-t-elle donné ? La chaleur du milieu.
" Chacun de nous a plus ou moins la connaissance de son espèce, mais aucun n'en a la conscience en soi, car la conscience ne nous donne que le sentiment du moi, de k". volonté.
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Tout le reste est purement intellectuel , mais l'intelligence étant faillible, cela nous explique l'erreur des êtres, dupes de leurs instincts égoïstes, travaillant au profit de l'ordre universel, en s'imaginant travailler pour eux-mêmes. — C'est un stimulant nécessaire.
Voilà l'enseignement vrai de la nature : tout germe qui trouve un milieu favorable à son développement se développe, l'œuf est un milieu restreint nécessaire aux premiers développements chez certaines espèces, mais en somme ce que cette poule a fait pour ces œufs de pintade et de canard, le soleil l'aurait fait dans des climats chauds; on le fait avec une couveuse.
Le germe constitue, il est vrai, l'espèce, mais les qualités morales ne procèdent d'aucune espèce, elles sont personnelles au plus haut degré, le mérite n'eu peut être attribué qu'à l'individu, et les statues qu'on élève
aux hommes vertueux ne prouvent nullement que tous les hommes sont vertueux, elles prouvent quelquefois le contraire et démontrent que l'humanité n'a pas même toujours une idée claire du mérite et du démérite et qu'elle adore ses propres défauts dans ses idoles.
En résumé, l'individualité ne se transmet pas, chacun n'a que la sienne.
L'atavisme, ou transmission par la génération des qualités héréditaires, n'existe que pour la vie organique; la cause universelle, principe des genres et des espèces, a ses lois immuables qu'il faut respecter, si l'on veut léguer à sa descendance une organisation normale; quand on les méconnaît, soit par des alliances inconsidérées, soit autrement, les générations suivantes en souffrent.
Mais la force physique, la santé même, le bonheur de la vie, ne font pas la grandeur morale de l'homme: une volonté ferme de
faire le bien, un sentiment profond, du devoir, triomphent des maux delà vie ; et souvent les plus maltraités par la faute de leurs ancêtres, qui leur ont transmis une constitution délabrée, sont les plus nobles et les plus dignes créatures, les plus grands esprits et les plus remarquables par leur génie.
Les exemples de ce fait sont trop nombreux pour que nous ayons besoin d'en citer.
L'homme ayant deux existences, l'une physique, dépendant des lois et de l'harmonie universelles, l'autre dépendant de son propre esprit individuel, toute question philosophique doit s'envisager à ces deux points de vue.
D'abord à celui de l'être immense, appelé l'Univers, dont les phénomènes sont la condition de notre vie organique.
Ce n'est pas par notre propre vertu que nous sommes de ce monde, c'est par le monde lui-même, par nos rapports avec l'u-
niversalité des êtres ; c'est par eux que nous naissons, que nous respirons, que notre sang circule, que toutes nos fonctions organiques s'accomplissent selon un ordre invariable sur lequel nous n'avons aucune influence ; et c'est à conserver ces rapports que l'homme doit s'appliquer s'il veut continuer de vivre.
Voilà le premier point de vue.
Le second est celui de notre individualité, non seulement différent, mais l'opposé de l'autre.
Au premier point de vue, nous sommes un effet de l'univers lui-même ; au second, nous sommes une cause : cause seconde, mais libre, indépendante.
Au premier point de vue, nous sommes partie intégrante d'un monde extérieur à nous ; au second, nous sommes notre monde à nous-mêmes, notre totalité.
Au premier, nous sommes alliés de la
nature qui nous a donné la vie; au second, nous luttons contre elle, pour lui dérober ses forces et les détourner à notre profit.
Au premier, nous sommes contingents; au second, nécessaires.
De là les deux philosophies optimiste et pessimiste.
Comme dépendants de la nature qui nous a formés, tout est bien; comme indépendants d'elle, tout est mal, car elle nous fait tout acheter par le travail et la souffrance.
La seule vraie philosophie est celle qui voit les choses sous les deux aspects, tenant compte de nos deux existences, et ne considérant les hommes ni comme des dieux affranchis de tous besoins matériels, ni comme des bêtes soumises à la fatalité sévère, inexorable; philosophie rationnelle, n'exagérant ni le bien ni le mal, ne trouvant pas tout parfait et se rendant compte de nos
conditions de vie, sans prétendre que tout a été créé pour nous seuls, quoique nous soyons les mieux partagés.
Tout point de vue exclusif est faux, en ce qu'il nous porte h ne voir les choses que sous une seule de leurs faces, quand elles en ont toujours deux au moins.
Il faut reconnaître d'ailleurs que les vérités des sens ne s'accordent pas toujours avec celles de l'esprit; les sens nous portent à croire que tout est matériel, et 1 esprit nous incline à penser que tout est esprit.
L'homme, comme animal, juge uniquement par ses sens. Si vous dites à un ignorant que la terre est ronde, il vous répondra que, si le fait était vrai, nos antipodes marcheraient la tète en bas.
Au point de vue des sens, il semble avoir raison ; mais, comme tous les hommes ont les pieds dirigés vers le centre de la terre, et
qu'il n'y a ni haut ni bas pour l'immensité, l'ignorant à tort.
Les sens nous donnent le relatif, l'esprit nous donne l'universel et l'absolu.
Tout doit se juger aux deux points de vue, sous peine de méconnaître l'une ou l'autre de nos deux natures, c'est-à-dire celle qui nous fait vivre et celle qui nous fait penser.
C'est donc alternativement aux deux points de vue physique et spirituel que je vais me placer pour expliquer le phénomène prodigieux de la mémoire, dont nous parlions au commencement de cette étude, phénomène que les philosophes ont considéré jusqu'à présent comme le produit d'une faculté unique, spéciale, et que je considère, moi, comme le résultat de toutes nos facultés réunies.
Plaçons-nous d'abord au point de vue phy« sique, et voyons l'effet que produit sur
l'homme le spectacle de l'univers, dont il fait partie : c'est le seul moyen d'arriver à juger sainement les modifications que notre esprit ei éprouve.
sur l'esprit humain. 5i