DU PHÉNOMÈNE DE LA MÉMOIRE
C'est par les sens que nous sommes en rapport avec le monde physique.
Tout l'appareil des sens nous est donné par le développement du germe ; nous naissons conformés pour voir, entendre, sentir, goûter, palper, absolument comme les autres animaux supérieurs.
Quelques-uns de ces animaux ont même un ou plusieurs sens plus parfaits que nous ; aucun ne les possède dans un état d'harmonie et d'équilibre plus complet.
Cet appareil est donc un produit de la vie organique primitivement ; plus tard, l'esprit s'en empare, il dirige chaque sens pour observer, pour étudier les choses, et, par ce moyen, il développe l'intelligence.
Mais cette intervention de la volonté n'a lieu que par la suite, et nous n'avons à considérer maintenant les sens qu'au point de vue de l'être passif.
La sensation est une sorte de vibration qui se produit en nous à la présence d'un objet extérieur ; cette vibration, produit de la lumière ou de l'air, ou de tout autre agent qui vibre aussi, se prolonge dans nos organes quelques instants, et, tant qu'elle dure, elle nous rend présent l'objet qui l'a produite.
C'est de là que résultent les sensations et la mémoire physique; nous voyons alors l'objet dans notre œil, nous entendons le son dans notre oreille, nous sentons le goût sur notre langue, l'odeur dans l'organe olfactif,"
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et la douceur, la rudesse, le chaud ou le froid d'une surface, dans nos doigts, même quand l'objet a déjà disparu.
L'impression s'exerce réellement sur la matière cérébrale, et, par les nerfs, la sensation se prolonge ainsi dans tout notre être, comme un bruit va d'écho en écho, d'abord fort, plus faible ensuite, et enfin nul.
Si les choses en restaient là; bientôt une autre sensation effacerait la première, et tout serait fini; mais c'est ce qui n'a pas lieu, car, par la répétition des mêmes sensations, insensiblement notre être se modifie ; la première empreinte se creuse plus profondément, d'autres s'exercent ailleurs ; des rapports s'établissent entre elles; notre cerveau se forme selon la répétition des mêmes impressions ; et voilà comment cette vie universelle, qui fait la nôtre, cet être immense auquel nous appartenons et dont les phénomènes sont la condition de notre existence, le monde
enfin, nous donne le cadre de nos pensées.
Il nous le donne par l'imposante régularité de ses mouvements, qui s'impriment en nous, par la succession imperturbable des jours, des mois, des années, par l'éclat etle caractère fixe des phénomènes de chaque saison, qui nous pénètrent tellement, qu'il nous est impossible d'en imaginer d'autres, et que, si nous ne voyions pas reparaître la grande lumière au printemps, les fleurs, les moissons en été, les fruits en automne, la neige en hiver, nous en serions révolutionnés nousmêmes.
Car. dès le premier instant, notre cerveau s'est formé sur cet ordre, et ce que nous aommons mémoire, pour l'ensemble des choses, n'est que l'identification complète de notre manière d'être avec la nature, qui nous a formés.
Du reste, un exemple va rendre ce fait évident.
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Prenons-le parmi lés êtres les plus simples, parmi les végétaux, car la simplicité de l'être rendra notre exemple plus clair.
Tout le monde sait qu'en tranchant horizontalement un arbre, on y remarque des zones concentriques autour de la moelle, et que chacune de ces zones marque l'accroissement de l'arbre pendant une année : le bois a-t-il vingt zones, l'arbre a vingt ans; en a-t-il trente, quarante, cinquante, l'arbre a trente, quarante, cinquante ans.
On sait aussi que ces zones sont traversées, de l'axe à la périphérie, de lignes droites divergentes, formant étoiles, appelées rayons médullaires, qui partent de la moelle et traversent directement le bois jusqu'à l'écorce.
Or, que signifient ces zones et ces rayons?
Les zones signifient que le développement de l'arbre s'est fait d'année en année, exactement selon la même loi universelle résul-
tant du mouvement de notre globe autour du soleil.
Au commencement de chaque hiver, la végétation ayant cessé, le cercle s'est arrêté, et l'année suivante, au printemps, un nouveau cercle a commencé, de sorte que les zones étant d'inégale épaisseur, on peut non seulement reconnaître les années de l'arbre, mais encore celles de ces années qui ont été les plus favorables à sa végétation.
Dans les contrées où l'hiver n'existe pas, la végétation étant continue, on ne remarque pas de zones ; dans les pays au contraire où les étés sont courts, au nord, les zones sont étroites, pressées.
Donc l'être se conforme nécessairement aux conditions de lumière, de chaleur, d'électricité qui le développent et qui toutes émanent du grand être, centre de notre système planétaire.
Voilà pour les rapports de l'être avec le
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monde, dont les phénomènes généraux constituent son milieu et le rattachent à la totalité.
Passons à son principe individuel, c'est-àdire au germe qui forme en quelque sorte son moi, quoiqu'il n'en ait pas conscience.
Avant d'être un arbre, le chêne — je suppose qu'il s'agit d'un chêne — n'a été qu'une herbe, une tige herbacée, formée de cellules vertes très lâches et pleines de suc; cette herbe est résultée d'une seule cellule ou ovaire, renfermée elle-même dans le gland, le fruit du chêne ; elle s'est étendue et a formé la moelle de l'arbre, et c'est de cette moelle que partent les rayons médullaires.
Ces rayons font partie de la moelle ; en effet, à mesure que l'arbre grossit, les cellules s'étendent, elles se déchirent, s'allongent et continuent à maintenir la communication de la moelle avec l'arbre tout entier.
Le germe reste donc, comme je l'ai dit, toujours présent dans l'être et ne cesse pas
d'exercer sur lui sa puissance organique jusqu'à la fin.
Ainsi, ces rayons médullaires marquent l'individualité de l'être, et les zones concentriques son universalité; les rayons maintiennent l'ordre primitif qui résulte de la nature même du germe, font son individualité, son unité, son moi, et les zones indiquent sa dépendance de l'univers
Et ce n'est pas de tel végétal qu'il s'agit plutôt que de tel autre, tous sont soumis aux mêmes lois, et j'en dis autant des animaux, y compris l'homme.
La constatation du fait est difficile chez les êtres d'une organisation très compliquée, notre esprit se perd dans ces complications, mais d'abord tous les végétaux présentent les mêmes dispositions, et les êtres très simples, tels que les rayonnes, les crustacés qui s'enveloppent d'un taste calcaire, ont les mêmes caractères.
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C*cst toujours au principe d'un ordre de choses qu'il faut remonter pour saisir les secrets de la nature, car elle va toujours du simple au composé, et les complications qui masquent le principe ne sauraient l'infirmer.
S'il en fallait d'autres preuves, il suffirait de comparer l'organisation humaine à celle le la plante.
Qu'est-ce que l'épine dorsale de l'homme et généralement de tous les vertébrés, sinon l'étui médullaire de l'arbre?
L'un et l'autre renferment la moelle de l'être, de l'un et l'autre partent des rayons qui vont jusqu'à la périphérie.
Chez l'homme, ces rayons sont les nerfs, ils sortent des vertèbres et du cerveau, qui n'est qu'une vertèbre développée, ils sont directs et vont à l'épiderme par le chemin le plus court, comme dans l'arbre, à la différence du système artériel et veineux dont le développement est sinueux.
ÔO QUELQUES MOTS
Ils maintiennent les rapports de l'être total avec son principe organique, d'où partent toutes les résolutions chez l'être actif et où toutes les sensations aboutissent.
Sans doute la plante est plus simple, n'ayant que la vie organique, résultant d'un genre inférieur; l'homme a de plus la vie de relation comme les animaux et celle de la pensée qui lui est propre, mais cela n'empêche pas cet être simple et cet être complexe de tenir à la cause universelle.
L'homme, par son organisation cérébrale, a conscience de son unité dans le temps, de son activité, de ses rapports avec le monde. Mais supposons un instant que l'arbre put avoir conscience de lui-même; s'il l'avait, qu'en résulterait-il?
Il aurait aussitôt conscience de sa durée intégrale depuis son apparition sur la terre jusqu'à ce premier acte de réflexion sur luimême, et non seulement il aurait conscience
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du temps écoulé, représentant sa propre durée, mais encore celle du temps qui passe et semble s'ajouter aux êtres en les développant.
Il aurait conscience des cellules , point de départ de son existence et des rayons médullaires constituant son individualité.
Il pourrait s'arrêter à chaque accident de sa croissance: piqué par un ver en telle année à telle zone; frappé d'un coup, de hache en telle autre année correspondant à telle autre zone; arrêté ou hâté dans sa croissance en telle année par un hiver plus rigoureux ou par un été plus chaud, plus précoce qu'à l'ordinaire.
Bref, tout le temps de sa durée totale et des accidents de sa vie seraient représentés en lui et pour lui par sa conscience, comme ils le sont à nos yeux par le nombre de ses zones et la disposition de ses rayons médullaires.
Ce serait en quelque sorte une conscience physique, tombant sous les sens.
Mais notre conscience à nous, notre conscience intellectuelle, qu'est-ce autre chose ?
Ne voyons-nous pas en nous par la mémoire toutes les modifications de notre être, depuis nos premiers jours correspondant aux événements, aux vicissitudes du monde et à son ordre régulier ? Ces grandes zones du temps, tracées par la course de notre globe autour du soleil, ne se sont-elles pas imprimées en nous comme dans l'arbre ? Ne pouvons-nous pas, en y fixant notre attention, les revoir toutes et distinguer les faits qui nous ont frappés daDS notre vie, dans nos affections, soit en bien, soit en mal ? N'avonsnous pas regret des fautes commises, et ce que nous avons fait de bien, d'utile, n'est-il pas encore le sujet de notre satisfaction, en raison môme du sentiment intime que la trace de tout le passé reste en nous fixe, im-
muahle, et nous rend dignes d'estime ou de mépris ?
Sans doute, cette conscience, cette mémoire n'est pas matérielle, nous ne pouvons pas distinguer ces choses par nos sens, poser le doigt sur telle trace et dire : — Voilà la preuve du fait. — Mais qu'importe, si le fait est évident pour chacun de nous ?
Les faits matériels ne sont pas les seuls que l'homme admette, et d'ahord il est hien forcé d'admettre ceux de sa propre conscience dont tout le reste dépend.
Si l'analogie du fait que nous avons sous les yeux par cet arbre et des faits de conscience est complète, tout nous détermine à penser que ces deux phénomènes ont un principe analogue, quoiqu'il nous soit plus difficile de constater en nous les faits de conscience par l'attention que les faits matériels hors de nous par la vue.
L'existence humaine est vaste, elle em-
brasse tant d'événements de natures différentes, qu'il n'est pas toujours possible de se les rappeler tous en quelques instants, et les simples phénomènes physiques d'un être qui se trouve là devant nous et qu'il suffit de regarder, suppose un moins grand effort intellectuel que l'autre, mais au fond les rapports de ces deux phénomènes sont évidents.
Je conclus donc de tout cela que la conscience constatant les modifications de notre être, sous l'action du monde extérieur, constitue notre mémoire.
Mais qu'on veuille bien remarquer que je distingue absolument ici la conscience, ou connaissance de soi, du sens moral, autre phénomène qui se rapporte à la volonté.
Le mot conscience, tel que je l'emploie maintenant, signifie uniquement le sentitiment de son propre être, de son unité, de sa continuité dans le temps; et j'ajoute que
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se souvenir de soi-même, c'est se souvenir aussi du milieu dans lequel on a vécu, des circonstances dont l'action s'est fait sentir sur nous, soit accidentellement, soit d'une façon continue, selon l'ordre universel modelant notre être intellectuel et moral, comme il modèle un arbre où tout être matériel d'après le même ordre. Notre cerveau devient un monde en petit.
Donc toute cette classe de souvenirs qui se rapporte a la marche de l'univers étant uniforme, régulière, imperturbable, doit être écartée, comme résultant d'une cause étrangère.
Ce n'est pas nous qui nous souvenons du monde, c'est le monde lui-même qui par la régularité de ses phénomènes s'imprime en nous et forme notre cerveau à sa propre image; nous nous identifions avec l'ordre universel.
Il en est de même pour tous les êtres ani-
mes, soumis aux mêmes lois physiques, tous sont conditionnés comme nous et par les mêmes causes. Nous pouvons donc en juger, car à ce point de vue ils sont nos semblables.
Gela simplifie beaucoup le grand problème de la mémoire ; il se réduit aux rapports individuels des autres êtres entre eux et avec nous, ce ne sont plus que des détails dans un ensemble immense, et ces détails, nous pouvons les fixer en nous par une attention spéciale, résultant de notre volonté propre.
Et ce n'est pas seulement la mémoire qui nous est donnée par le monde extérieur agissant sur notre cerveau, c'est l'intelligence elle-même.
En effet la différente position des êtres sur notre globe contribue puissamment à leur développement intellectuel ( autre forme cérébrale).
Pourquoi le nègre habitant sur la ligne
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et l'Esquimau habitant vers le pôle nord, sont-ils les plus bornés des hommes ? C'est que n'ayant qu'une saison, l'occasion de comparer les phénomènes généraux de la nature entre eux et d'en tirer des idées, des réflexions leur manque ; ils restent donc stationnaires.
Les peuples plus favorisés, habitant les régions moyennes où les faits naturels se multiplient à chaque révolution terrestre, sont au contraire les plus intelligents ; des milliers de sensations, sans cesse renouvelées, sollicitent leur pensée et les développent intellectuellement même à l'état passif.
Ils n'ont pas besoin d'aller au-devant des observations, elles s'offrent en quelque sorte à eux. C'est donc l'ensemble du monde, l'harmonie universelle qui modifie les êtres et leur imprime ses caractères.
La cause ici n'est pas en nous, elle est hors de nous ; l'activité calme, imperturbable
des phénomènes de la nature finit par nous former.
Jusque-là, nous ne sommes que des effets, nous ne devenons des causes qu'à partir du moment où sortant de l'état contemplatif nous agissons.
Mais ce moment n'arriverait jamais, si le monde n'avait d'abord formé notre cerveau à son image ; c'est de cette formation que ressort notre raison d'agir dans un sens déterminé ; la cause universelle accumule en nous des motifs d'action, de détermination, c'est elle qui nous fournit les matériaux dont le génie humain s'empare pour les mettre en œuvre, et l'homme alors par les arts, par les sciences et par les lettres, qui sont des œuvres bien à lui, devient créateur à son tour.
Résumons en quelques mots ce qui précède.
La mémoire, ai-je dit, tient d'abord de notre organisation physique, laquelle pro-
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cède de l'ordre universel qui forme et féconde le germe des êtres et les développe tous par la répétition des mêmes phénomènes généraux.
Nous voyons le monde en nous comme nous l'avons toujours vu hors de nous par nos sens, et bientôt l'ordre chronologique universel devient le nôtre, il marque les rapports de notre être avec le grand être dont nous faisons partie, de sorte qu'à chaque nouvelle impression, toutes les autres antérieures se réveillent en nous, et que, remontant l'échelle des jours, des mois, des années, nous reportons chaque impression au moment précis où nous l'avons éprouvée pour la première fois.
Voilà notre existence entière ; elle est soumise à cet ordre immuable et forme dans le cours du temps un ensemble parfaitement défini.
Nos rapports constants avec la nature nous
empochent de l'oublier et de nous oublier nous-mêmes, c'est-à-dire de nous déformer, puisque nos rapports sont invariables; elle se meut , mais selon une loi régulière que nous finissons par connaître comme les pulsations de notre cœur et comme le retour périodique de nos besoins.
Le fixité de notre moi nous permet de concevoir la mobilité du monde, car tout mouvement se mesure par un point immobile : ce point, c'est notre esprit lui-même; dans son essence, il est immuable comme il est indivisible.
Cependant nous avons notre activité propre, nous ne subissons pas passivement les phénomènes du monde, et parmi ces milliers de faits accumulés dans notre existence, il nous arrive d'en rechercher un, de le retrouver, de le ressusciter.
Ce fait, tout homme en a l'expérience; de la vie passive nous entrons dans la vie active
quand il nous plaît : je veux lever mon bras et je le lève, je veux marcher et je marche, je veux observer un objet et je l'observe, je veux penser et je pense, je veux me souvenu' d'un fait perdu dans le lointain de ma vie et je le retrouve.
Quelquefois même sans le vouloir, il se représente à ma pensée.
Rien de plus simple. L'esprit ou force organique ayant organisé le cerveau, selon sa propre nature, pour penser et pour se souvenir, l'ayant exercé et perfectionné, se sert de cet organe pour l'objet auquel il est destiné.
Mais l'Esprit se souvient-il de lui -môme?
Sans doute, c'est lui seul qui pense, qui se souvient et qui agit, le cerveau pas plus que le bras, pa^ plus que le cœur ou tout autre viscère ne pense, n'agit, ne se souvient.
L'esprit seul est modifié par les phéno-
mènes du monde, mais il a besoin des organes pour être en rapport avec lui ; son être n'est pas dans le mécanisme plus ou moins parfait de la sensibilité, de l'intelligence et du mouvement; tout cela, comme je l'ai déjà dit, augmente, diminue, se perfectionne, se fausse selon les circonstances delà vie, et finit par disparaître complètement.
Mais le principe, la force organique, est indépendant de l'organisme. Qu'est-ce qui dure dans la vie présente même? Est-ce l'organisme?
Si l'on n'avait pas conscience de sa durée, si l'on ne se souvenait de rien, si nos souvenirs ne se rapportaient pas à un être durable, où serait l'être?
Le cerveau ne se renouvelle-t-il pas dans ses éléments tous les jours comme le reste? Avons-nous le même cerveau à cinquante ans que dans notre enfance?
Cependant nous avons toujours conscience
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de notre être , un , indivisible , persévérant.
C'est donc cette conscience qui fait l'être et non pas l'air que l'on respire, la nourriture que l'on prend, l'objet que l'on voit... tout cela passe ; l'être, l'esprit reste seul.
C'est lui qui pense, qui se souvient et agit.
Mais, au fond, il n'a pas besoin de se souvenir de lui-même, puisque tout se rapporte à lui.
Chacun de nous rapporte tout à son être, c'est positif; nous ne pourrions faire autrement, n'existant que par opposition à ce qui n'est pas nous ; pour exister, nous sommes toujours forcés d'affirmer notre être, nous ne pouvons donc pas nous oublier sans cesser d'être intellectuellement : c'est ce qui nous arrive pendant le sommeil, n'étant plus en rapport avec le monde.
Nous rapportons forcément tout à nous,
mais comme le sentiment de notre moi ne se serait jamais produit en nous sans les impressions du dehors, en retenant ces impressions nous rapportons notre existence à celle de l'univers dont nous sommes inséparables.
Sauf nos actes volontaires, émanés expressément de notre esprit, pour tout le reste et par la force même des choses, l'univers et nous , nous ne faisons qu'un ; notre cerveau s'étant modelé selon son ordre imperturbable.
Voilà pourquoi tous ces milliers d'êtres disparas, toutes ces générations éteintes semblent revivre dans notre mémoire ; c'est que l'ensemble reste en nous par la pensée, c'est que le même soleil brille toujours à nos yeux ; c'est que ce qui donnait la vie à ces êtres subsiste toujours, que rien n'est changé, sauf le nom et quelques détails particuliers qui nous avaient frappés mille fois
dans la physionomie de ceux qui ne sont plus.
Car de même que l'ordre du monde ne varie pas, les passions humaines dans l'ensemble, résultant de notre- organisation physique, sont invariables; et remarquons bien que les arts, les sciences et toutes les inventions humaines n'ont pour objet que de nous rappeler ces détails qui s'effaceraient rapidement de notre mémoire si nous n'en fixions le souvenir par nos livres, par nos monuments et par d'autres moyens, faute desquels tout ce qui n'entre pas dans l'ordre imperturbable des choses, serait bientôt oublié.
Que reste-t-il donc de l'individualité humaine? Xous ! notre esprit, notre volonté, le principe indivisible que nous ne pouvons oublier, puisqu'il est nous-mêmes ; ce principe auquel se rapporte le monde phénoménal.
y 6 QUELQUES MOTS
Supprimons ce principe, tout le reste n'est plus rien.
C'est donc à ce principe qu'il faut revenir pour l'examiner à fond.
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