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DEFINITION DE L IDEE D ETRE , EN GENERAL

Pour se rendre compte de l'être humain, il faut définir d'abord notre idée d'être en général.

J'ai prouvé que notre idée d'être se confond avec celle d'unité et que la matière n'ayant pas d" unité parce qu'elle se divise indéfiniment par la pensée, nous ne pouvons placer notre idée d'être que dans l'idée d'esprit ou force organique qui se confond avec celle de cause, de volonté ou de moi : trois points de vue d'une seule et même idée.

Xotre être étant un, indivisible par la pensée, n'est pas matériel, puisque la matière se divise indéfiniment ; mais par une pente invincible de notre esprit, qui veut se rendre compte des autres êtres et qui ne peut les comprendre sans les définir, nous leur prêtons une unité, c'est-à-dire un esprit semblable au nôtre, un, indivisible dans le temps.

Xous les assimilons à nous et nous allons jusqu'à prêter un esprit humain à l'univers, esprit que nous nommons Dieu.

On sait que les premiers peuples, encore à l'état d'enfance, adoraient le soleil, et qu'ils adoraient aussi d'autres êtres, les uns bienfaisants, les autres nuisibles, s'imaginant encourager ou désarmer ces êtres par leur reconnaissance ou leur soumission.

Au fond, ils s'adoraient eux-mêmes sans le savoir; ils adoraient les qualités et conjuraient les vices de l'humanité.

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Du reste, l'homme ayant le sentiment de son unité, de la persistance de son être dans le temps, c'est sur cette idée d'être que se concentre l'attention de tous les penseurs depuis des siècles.

Toutes les idées de l'humanité se résument dans ces deux mots : être et avoir; seulement l'idée d'être précède ; car pour avoir, il faut être d'ahord : avoir n'est qu'une modification, un développement de l'être.

Être, c'est ce que l'évangéliste saint Jean appelait le verhe; c'est-à-dire le mot par excellence, celui sous lequel tout se résume et sans lequel rien ne se conçoit.

« Le verbe, dit-il, était au commencement, le verbe était avec Dieu, et ce verbe était Dieu. »

C'est ce que Spinosa a simplement exprimé par ces mots : « Dieu est ce qui est. » — Deus est quod est.

On a fait un crime à Spinosa de ce que

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saint Jean avait dit avant lui, parce qu'il en tirait d'autres conséquences.

Pascal, à force de songer à l'être, faillit en perdre la raison.

Doutant de l'éternelle justice, il craignait d'être au nombre des réprouvés, par destination première, sans l'avoir mérité.

D'autres fois, il craignait de cesser d'être, de tomber dans le néant.

L'immense harmonie du monde aurait dû le rassurer; rien ne peut exister sans l'équilibre des forces : justice dans les rapports des êtres animés entre eux. justesse dans ceux des mouvements universels, c'est toute la création.

Dès qu'un équilibre cesse, un autre s'établit, l'être se transforme.

Mais, cela dit, précisons notre propre idée sur l'être en général, ce qui nous permettra de mieux définir l'être humain.

Tous les êtres, quels qu'ils soient, n'exis-

tent que par opposition à d'autres êtres; ils se limitent l'un l'autre; j'en dis autant des éléments : la définition n'est que le tracé de ces limites.

Hors de nous, comme en nous, l'opposition des forces et des choses marque seule leur existence : sans ténèbres, pas de lumière; sans froid, pas de chaleur; sans fini, pas d'infini; sans néant, pas d'être.

Il est vrai qu'on passe de l'un à l'autre par des nuances imperceptibles : les ténèbres, le froid, le vide absolu sont inconcevables ; ils échappent à nos sens et à notre intelligence.

Il y a donc pour nous plus ou moins de lumière, de chaleur, de fini, d'être en toutes choses ; l'absence totale, le rien absolu, c'est l'infini dans le sens négatif, notre esprit s'y perd.

Et comme nous ne pouvons rien comprendre sans le définir, l'infini est la négation de notre esprit lui-même.

Toutefois, quoique aux regards de l'homme rien n'existe que par opposition, il faut remarquer qu'en tout il y a le positif et le négatif; le positif, c'est ce qui émane d'un être organisé ; la modification de son existence, ses phénomènes propres attestant sa puissance organique.

Ainsi la lumière est positive, elle émane d'un être organisé que nous voyons : le soleil ; les ténèbres, dont nous ne voyons pas la source, ne se i apportant à aucun être qui nous permette de les définir, sont négatives.

Il en est de même du froid absolu, du vide absolu, de l'infini absolu, en un mot de l'inorganique ; cela ne se rapporte à aucun être, c'est le contraire de ce qui est réellement.

S'en conclus que ridée d'être, qu'on n'a jamais défini positivement, se confond avec l'idée de force organique, laquelle force nous suppo-

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sons toujours dans tout ce que nous voyons organisé, que ce soit un caillou, un végétal, un animal, un homme, un astre, un système planétaire et même l'immensité, c'est-à-dire l'ensemble des phénomènes de la nature, dont l'harmonie parfaite nous fait supposer une force organique qui l'a créée, un esprit puissant qui la maintient.

Telle est mon idée de l'être, qu'il s'agisse d'un animalcule imperceptible ou de la création tout entière : il faut être organisé pour être, il faut donc une force organique intrinsèque qui donne et maintient l'organisation, et de plus il faut un élément organisé.

Tout a son esprit et son corps; la plus grande erreur qu'on puisse commettre, c'est de confondre l'idée de corps avec l'idée de matière, simple élément.

En effet, tous les corps tombent sous nos sens; ils ont tous les trois dimensions, hauteur, épaisseur, largeur ; ils ont tous des pro-

priétés générales et des propriétés spécifiques ; la matière n'a rien de tout cela ; personne n'a jamais vu la moindre parcelle de matière qui ne fût organisée ; nos plus puissants microscopes ne nous montrent que des molécules organisées ; c'est-à-dire corporelles; dès que l'organisation disparaît, vous tombez dans 1 infiniment petit, vous ne voyez rien, et si vous affirmez qu'il reste encore quelque chose, un atome indivisible, existant par lui-même, sans aucune organisation, votre affirmation est gratuite, étant dénuée de preuve; de plus, elle est inintelligible, puisque vous ne pouvez rien concevoir que votre pensée ne le divise indéfiniment.

Donc l'atome est une pure supposition ; il faut, pour l'admettre, de la foi; il faut abdiquer ses propres sens et son esprit.

La matière est une conception abstraite des corps, une idée a posteriori, c'est-à-dire venue après la sensation

L'homme qui ne peut rien comprendre sans unité a voulu donner une unité à ses sensations, et cette unité, il l'a nommée atome; puis il a bâti sur son atome l'univers en le revêtant de toutes les propriétés qu'il apercevait dans les corps, sans réfléchir que, l'atome étant supposé, son explication des propriétés, des transformations, des phénomènes de l'atome n'avait pas de fondement réel, et que, par conséquent, toutes ses conceptions péchaient par la base.

Et cela n'est pas une simple question de mots, car, du moment que vous admettez un atome indivisible, toutes les doctrines matérialistes sont justifiées; il est naturel de conclure que les combinaisons atomistiques renouvelées sans cesse durant un temps illimité, aient produit la vie, l'instinct, l'intelligence, la raison, et que toutes les formes minétales, végétales, animales, humaines

aient pu résulter de ces combinaisons de plusieurs objets fixes.

Le nombre des combinaisons n'ayant chacun qu'une propriété, mais impérissable, rend tout possible; l'organisation des êtres n'est plus que le fait du hasard, et l'Iliade elle-même pourrait se former du jet des caractères d'imprimerie qui la composent, si ce jet se renouvelait et se poursuivait sans relâche durant l'éternité.

Oui, mais l'atome étant une conception purement idéale, les matérialistes qui l'admettent sont des idéalistes sans le savoir, et toutes leurs déductions de l'atome sont absurdes en principe.

Mais, me dira-t-on. l'atome existe, quoique nous ne le voyons pas ; les propriétés spécifiques des corps simples ne peuvent résulter que des atomes qui les composent : l'or n'est pas du fer. le fer n'est pas du plomb, etc. ; il faut bien que les propriétés de ces corps

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soient inhérentes à leur nature, puisqu'on les fond, qu'on les dissout, qu'on les évapore et que chaque parcelle infinitésimale conserve les propriétés du tout : il est impossible de les en dépouiller, donc ce sont des corps simples, premiers éléments de toute organisation quelconque, indestructibles, indécomposables : c'est là ce que nous appelons matière inorganique.

Eh bien, non ! il n'y a pas de matière première inorganique; il y a les débris, les scories, les résidus d'êtres autrefois organisés, ayant eu leur unité propre, leur principe et leur loi, mais aujourd'hui détruits ou transformés.

Ces débris ayant appartenu à des astres, à des systèmes planétaires, à des satellites, etc., restent organisés moléculairement ; ils conservent non leur organisation générale en rapport avec la constitution de l'être total auquel ils ont appartenu, mais leur orga-

nisation moléculaire bien plus intime et plus profonde.

Nous' le voyons par les êtres mêmes de courte durée : le bois de hêtre n'est pas du bois de chêne ; les détritus végétaux ne sont pas des détritus animaux; ils subsistent quelque temps encore à l'état moléculaire, après la mort des êtres.

Chaque force organique avait constitué ces substances et les avait transformées selon sa propre nature : il en est de même, à plus forte raison, des êtres d'une durée presque incommensurable.

Notre globe terrestre n'a pas toujours été ce qu'il est, il s'est transformé par le feu, par l'eau, par la lumière, par tous les agents connus et inconnus ; il a passé par les états solides, liquides et gazeux à plusieurs reprises ; la géologie ne nous a fait connaître que les dernières de ces transformations.

Quelques-uns des éléments des mondes

disparus sont entrés dans l'organisation nouvelle de la terre qui se les est assimilés; d'autres ont résisté à cette assimilation en raison de leur organisation moléculaire.

Et voilà ce qu'on appelle corps simples, inorganiques, voilà d'où viennent leurs propriétés spécifiques.

Ces substances diffèrent les unes des autres parce qu'elles ont appartenu à des êtres différents : la roche calcaire transsudée par les madrépores ne peut avoir les mêmes propriétés que la roche vitreuse produite du feu central; les terrains neptuniens, stratifiés, ne peuvent avoir les mêmes propriétés que les terrains plutoniens, de cristallisation; c'est tout simple, ils ont appartenu à d'autres mondes; chaque être approprie les éléments à sa nature.

Ces matières simples, dites inorganiques, sont donc organisées et tiennent leurs pro-

priétés du globe dont elles ont subi les transformations à chaque révolution nouvelle.

Notre terre est en train de les décomposer et de se les assimiler absolument comme les végétaux et les animaux vivants décomposent et s'assimilent les restes d'autres êtres semblables à eux.

Qu'il ait existé primitivement un élément susceptible d'entrer dans la composition de tous les êtres indistinctement, n'ayant aucune propriété et par là même capable de manifester toutes les propriétés des forces organiques, quelques physiciens et chimistes l'ont supposé pour ramener la matière à un type uniforme, en vue de leurs théories. Mais cette hypothèse tombe d'elle-même par la raison qu'il n'a jamais pu exister de force organique sans un corps plus ou moins organisé et qu'on ne peut concevoir de corps sans force organique qui l'ait formé.

Comment s'imaginer une force quelconque

se manifestant saas un objet et comment se représenter un objet sans force même de résistance?

C'est inconcevable, et cela tranche la question.

Tout est organisé, et quand un être se désorganise, de deux choses l'une : ou ses éléments tombent sous la puissance organique du globe qui se les assimile, ou d'autres êtres en foule s'emparent de ses débris et se les assimilent ; en attendant une assimilation particulière, il est sous l'empire de l'organisme universel.

La matière n'est qu'un mot, et l'esprit ou force organique n'est qu'un mot, l'être formé d'esprit et de matière est seul une réalité ; j'entends dire qu'il est d'une réalité objective, tombant sous nos sens, car nous avons toujours conscience de la force organique qui nous anime, elle est pour nous une réalité indépendamment de notre organisme.

Mais c'est la seule réalité de ce genre qui existe, et elle n'existe que pour chacun de nous individuellement, puisqu'elle ne tombe pas sous les sens des autres.

En résumé, l'être en général, qu'il s'agissait de définir, c'est la force organique ; la matière est ce qui lui donne sa forme, et dès qu'une des formes disparaît, l'être en revêt une autre, et cela d'après une loi fixe, immuable, absolue.

Ayant défini l'être, il s'agit maintenant de se rendre un compte exact du sens qu'il faut attacher au mot loi. C'est ce que nous allons examiner au chapitre suivant, et nous reconnaîtrons qu'il existe plusieurs sortes de lois, les unes absolues, les autres relatives.

Il importe de les distinguer avec soin.

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