Décret du 15 novembre 181 T
Une sorte d'admiration s'attachait alors à ce régime, dans lequel le parti libéral semblait Toir je ne sais quelle ressemblance avec Rome et Sparte. On S6 rappêlk que le roi Louis-Philippe crut ne pouvoir mieux fafire que de donner des chambres au collège Henri lY à ses jeunes fils. L'égalité, si chère à tous les hommes quand ell« les relève, trouvait son compte à cette communauté d'habitation et de vie. Le mérite seul, disait-on, décide des rangs dans cette république idéale. Un fils de roi n'y a d'autres droits que ceux que" le travail et le talent confèrent. Aussi le lycée est-il le séjour des fortes vertus, d!e la rude franchise, des amitiés sincères et iftaltérabtes ; c'est la véritable école de la vie publique. Bien d^es parents vivent eiacore sur ce thème, alors si populaire. Mais ceux qui ont passé par rînternat n'ont point, en général, les mêmes illu* sions. Créer artificiellement une société pour mieux préparer les jeunes gerns à la vie, les priver des libertés les plus simples pour leur apprendre à se conduire, beaucoup trouvent aujourd'hui que ce« moyens d'éducation sont au moins étranges. Eto' y réfléchissant un peu, on pourrait s'étonner qm le parti libéral eût accepté avec tant d'empressement ce legs de la compagnie de Jésus et de l'Empire : car ce n'est point apparemment pour former les jeunes gens aux mœurs de la liberté que
l'internat avait successivement eu le privilège des faveurs de Louis XIV et des préférences de Napo*léon.
On a dit que nos intej*'nats étaient un mélange du couvent et de la caserne : il aurait fallu ajouter qu'ils ont surtout les côiîés fâcheux de l'un et de Taittre. Le poids de la discipline militaire est imposé à des enfants qai ne sont pas de force à le porter; et les tristesses de la claustration ne sont point compensées par la conscience d'avoir volontairement sacrifié sa liberté. Examinons quelle part est faite à l'éducation dans ces grands établissements. L'organisation du lycée repose sur trois personnages : le proviseur, le censeur et le maître d'étude. Il faut voir en peu de mots quelles sont les fonctions de ch-aeun.
Le proviseur est le chef suprême de la maison : il a la direction de renseignement, de l'administration, de la discipline et du matériel ; tous les jours, aui termes du règlement, il doit visiter l'infirmerie, le dortoir et toutes les parties du lycée; il doit examiner tous les matins le journal de chaque classe, conférer avec les parents-, avec l'écononae, avee l'administration supérieure; il est, en outre, responsable des finances et surveillant de la comptabilité. En Allemagne, où il n'y a presque jamafe d'internat, peu de centralisation, des^ gymnases relativement petits, on se plaint déjà que la be*
sogne bureaucratique et la correspondance officielle prennent trop de temps au directeur. Son activité doit être surtout littéraire et morale : il doit rester au milieu des maîtres et des élèves, depuis la première lieure de la classe jusqu'à la dernière, et regarder tout le reste comme accessoire. Quedire de nos proviseurs, qui ne sont pas seulement responsables des études, mais qui ont à veiller sur la vie matérielle et intellectuelle d'une population égale souvent à celle d'un gros village? Combien de moments par jour peuvent-ils consacrer à cliacun de leurs élèves, après avoir terminé toute la besogne réglementaire , et en supposant que leurs forces ne fléchissent pas sous un tel fardeau? C'est un événement quand un élève est appelé chez le proviseur. Il apparaît d'ordinaire dans les études une fois par semaine pour la lecture du bulletin hebdomadaire, et il accompagne de quelques paroles les notes lues par le censeur. Au-dessous du proviseur et plus rapproché des élèves, le c enseur est spécialement chargé de surveiller la conduite, les mœurs, le travail etlesprogrès des internes. Mais il doit en même temps exercer une police particulière sur les externes dont il surveille l'entrée et la sortie. Il préside, en outre, aux repas, au lever et au coucher des élèves, aux récréations et aux promenades. Il a enfin sous sa direction le réfectoire, leparloir,la bibliothèque
et les collections scientifiques. C'est donc un homme fort occupé aussi que le censeur, et ceux qui le voient vaquer à ses multiples et ingrates fonctions, savent qu'il lui est difficilex d'y ajouter celle d'éducateur. Ses rapports essentiels avec la jeunesse du lycée se bornent à confirmer les punitions données par le professeur et le maître d'étude, à priver de sortie le mauvais élève ou à le faire monter en prison, à distribuer des exemptions aux élèves méritants. Quelques paroles de blâme ou d'approbation, trop générales pour être bien efficaces, acccompagnent d'ordinaire ces actes de justice ou de bienveillance. Je ne veux pas dire cependant qu'un censeur qui a de la mémoire ne puisse à l'instant même renseigner les parents ou le proviseur sur la conduite et le travail de chaque élève. Mais le censeur n'est ici qu'un instrument de transmission. Le plus souvent, il ne doit pas ces renseignements à sa connaissance personnelle et directe de l'élève, mais au journal qui passe tous les matins sous ses yeux et qui est tenu parle maître d'étude.
Le maître d'étude est la pièce principale du mécanisme de nos internats. ^11 est, ou devrait être pour l'éducation ce que le professeur est pour l'enseignement. Jour et nuit, à table comme en ^ récréation, à l'étude comme en promenade, c'est à sa garde que les collégiens sont confiés. Pour eux,
S01& esprit, son caractère, ses idées, ses habttu^ èes, ses occupations auront use importaîïce énor^me. Voyons donc ce qii'est ce commensaJ, «e com^ pagnon et ce directeur de nos enfante.
Les maîtres d'étude sont généralement soit des jeunes gens qui acceptent de fatigantes et difBciles fonctions pour avoir le loisir de se préparer à un emploi plus relevé, soit des hommes déjà mûris par l'âge et par les déceptions, qui exercent leur état avec le désir, mais non avec Tespérance d'en sortir. Dans le premier cas, on remet les en»fants à des personnes sans expérience pédagogique, dont la pensée et l'activité sont tournées vers les examens qui les attendent* Dans l'autre hypothèse, on les confie à des hommes qui, par la seule prolongation de leurs fonctions, donnent d^eux-mèmes une opinion peu favorable. Je ne voudrais rien écrire qui pût être toui^né contre ces serviteurs sacrifiés du système universitaire, envers qui le lycée a eu le double tort de ne pas savoir s'en passer et de ne pas les avoir rendus respectables aux élèves. Mais je ne crains pas d'être contredit, si j'affirme que rau^torité leur manque pour être les éducateurs qiiiie nous cher-^ cbons.
La savante organisation de nos ÉoWéges, qui a la prétention de se charger d'élever les généve^ tions nouvelles, vient aboutir à un fonctionnaire
qui est en lutte sourde avec ses élèves, et qui n'en est ni aimé, ni respecté. De là le vide désolant qui règne dans la vie niorale du lycée. On a trop souvent dépeint la situation du maître d'étude au milieu de cette population turbulente et malidejise pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. Si quelquesuns opposent à leurs épreuves journalières une inaltérable bonne humeur ou une patience invincible, beaucoup n-e songent qu'à s'arranger une vie supportable au milieu de ce purgatoire, fûtce aux dépens des élèves. Ils croient avoir assez fait quand leur bande d'écoliers se tient bien en rang et garde le silence à l'étude et au dortoir; pour tenir les enfants à distance, ils adoptent un rôle soit d'indifférence absolue, soit de sécheresse ' cassante, soit de cérémonieuse ironie, soit d'hu- / meur farouche. Telle est l'éducation dans le pays où ont écrit J. J. Rousseau et Fénelon. Il n'est question ici ni de confiance ni d'attachement; le lycée a remplacé l'éducation par la discipline, et il a réduit l'action du maître sur l'élève à un système de récompenses et de punitions.
Dans une contrée où l'État se charge d'élever une moitié de la jeunesse et où un personnel intelligent et nombreux est octupé de ce soin, il semble que l'art de conduire de jeunes esprits ait dû atteindre sa plus grande perfection, et que depuis soixante ans notre expérience pédagogique ait dû
faire des progrès immenses; Il n'en est rien : la France produit plus de livres sur la sériciculture que sur la direction des collèges. Les règlements et quelques ouvrages déjà anciens nous suffisent. Nos proviseurs, nos censeurs, nos maîtres d'étude, ne songent pas à transmettre le résultat de leur expérience et de leurs réflexions. On ne peut nier que sur ce point nous ne soyons en arrière, non-seulement sur l'étranger, mais sur nos ancêtres du dix-huitième et du dix-septième siècle, chez lesquels toutes les questions relatives à l'éducation excitaient un si vif intérêt.
A chaque instant la discipline de nos collèges est en contradiction avec les principes les plus •simples d'une éducation rationnelle. Que faut-il penser, par exemple, d'un système où la mauvaise conduite est punie par la privation de sortie? Aux élèves qui auraient le plus besoin des avertissements et des exhortations de la famille, on inflige une aggravation de l'internat. S'agit-il de stimuler les paresseux ? on leur donne des pensums qui allongent encore le nombre déjà excessif des heures de travail et qui achèvent d'étouffer le peu de zèle qu'ils peuvent avoir gardé . « On peut bien, disait RoUin, contraindre le corps, faire demeurer un écolier à sa table malgré lui, doubler son travail par punition, le priver du jeu et de la récréation.... Qu'en reste-t-il, sinon la haine et
des livres, et de la science et des maîtres, souvent pour tout le reste de la vie? »
Les conditions extraordinaires où le maître et relève sont placés par le fait de Tinternat, contrarient perpétuellement les règles d'une bonne éducation. Ainsi les fautes ne sont pas jugées en elles-mêmes, mais d'après la nécessité de maintenir l'ordre, d'après leur influence sur la masse, d'après le besoin de faire des exemples. La raison morale est dominée par la raison politique. Tel délit contre Tordre, qui n'a aucune portée réelle, mais qui pourrait devenir un fâcheux précédent, est rigoureusement réprinié : au contraire on aimera mieux ne pas voir les fautes qui rongent le moral de l'élève, mais qui ne nuisent qu'à luimême. Il existe (et cette idée est le fondement de toute éducation) un art d'évoquer les forces qui dorment en chacun de nous et de les diriger vers le bien : mais le lycée y est resté étranger. S'il réprime les fautes, il ne sait point les prévenir et il ne s'occupe pas d'en atteindre le principe. Voyez cet élève qui, mené par un domestique, descend de prison, ou regardez cette bande qui, revenant de la retenue, se répand bruyamment dans la cour, aux derniers moments, de la récréation. Aucune bonne parole ne leur a été adressée. Une fois la punition subie, la tâche de l'éducateur eût été de les rajnener au bien par quelques mots de ré-
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eonciljùatioQ <et 4'es^piér'aQce. Mais comment s'adre^sser à ce qu*il y a de plu3 uutiuke dëu]â rbomme, quand ou se trouva eu présem<:e de groupes é^ais où figurent les vétérans de la retenue ? ie grand liLOiabre glace l'effet des paroliE^ aSectueiusie^, comme il diminue Tamertumeet la. )u)nte du cbàtimeat.
Avant de quitter oe sujet, syfOutons que la Vibleur des hommes a plus d'ufle fois tempéré les inéviJtables défauts du système. Certains provi^ seurs^ par des prodiges 4'activité^ trouvesit le moyen de connaître lndivixiujellem.eQt le peuple d'élèves qu'ils dirigent, et de se donaer, comme Le prescrit la religion, tout à tous^ En raison mêm^ de lei^r haute position, il leur suffît parfois de quelques mots pour exciter les jeunes gens au bien et pour éveiller en eux de généreuses résolutions. Il y a des censeurs qui se font pardonner, à force d'équité et d'attention bienveillante, les difficiles fonctions que le règlement leur attribue. JËnfin, parmi les maîtres d'étude, plus souvent qu'on ne pourrait le croir-e, se rencontrent des homm^esde cœur et de talent qui se dévouent à leur métier avec d'autant plus d'attachement qu'Us en voient méconnaître l'importance. Plus d'un é<?plier a trouvé daiis Le maître d'Aude ub s^Uiti^ii ponkiB Les ennui* et le3 déf^ilances <du eM^e% \m ^uids parmi le& danger;s dj&xieile vie ^ic^ante
•t ikiisAdrdet}^. Si Im mei\i&amB iastitsUons p^Airent létiPeearroi^piies pw Im hommes, il n'en <est point de si (âcheum qui ue laisse ime ouvieEtwe aux sentiiMfiit^ oS^cUmiX et m dévoiibenient de quelques nabiFes ^rivUé^m.
« ICa n'est point ides puiûtions «t des réoompeisbses^ ni d:e tel on tel fo]ieitjionnûire que neius atteikdons tes W.Qs effets d/e l'ûiternat : c'esit d^ 1^ vie en commwjn, du frottement continuel avec les camarades, de la franchise et de la cordialité das relations, de Té^alité républicaine sous une loi impartiale et impersonn/elle. » U est certain que pour l'observateur du dehors, qui voit passer par longues files les bataillons du lycée, l'idée de l'égalité est la première qui se présente à l'esiprit. Mais c'est l'égalité dans la servitude. Tout le monde est privé des mêmes libertés et renfermé dans les mêmes murs : voilà à quoi se réduit ce bienfait de Tinternat. On vante, il est vrai, une autre égalité qui régnerait dans les relations des élèves. Illusion et chimère! Une démocratie agitée par des factions, une réunion d'oligarchies, voilà plutôt l'image exacte àa la vie de collège. A la compression exercée paar raûtorité, viennent se joindre les exigences d'une opinion oppressive et jalouse. Le plus grand non&re^ jeté dans cette arène, songe avant tout à asmtper la tranquillité
de sa vie en nouant des alliances avec les forts. Ce n'est point l'abnégation, c'est Tégoïsme que* développe la vie en conunun, quand elle n'est pas ennoblie par quelque sentiment élevé. Au moins dans la société, celui qui ne veut pas prendre sa part des passions et des inimitiés du monde, a le droit et le pouvoir de s'isoler et de chercher un abri où les bruits du dehors n'arrivent qu'affaiblis jusqu'à lui : mais le lycéen n'a aucun refuge. Il faut qu'il se plie à l'opinion ou qu'il en subisse les colères et les rancunes.
Si l'oiï veut comprendre de quels éléments se compose l'atmosphère intellectuelle et morale du lycée, il faut songer qu'aucune partie de la société n'est exclue de cette jeune population qui représente en petit notre France moderne. L'égalité le veut ainsi et il serait aussi injuste que malséant et inutile de procéder à un triage préalable. Mais il faudrait se faire une idée bien optimiste de la nature humaine, pour croire que ces enfants recrutés dans des familles très-différentes par la valeur morale, apporteront tous au lycée l'innocence du jeune âge, ou qu'en présence de l'honnêteté du plus grand nombre, se dissiperont ou se cacheront les mauvais instincts dont quelques-uns ont déjà contracté le germe. Ce sont les mauvais fruits, comme on sait, qui attaquent les bons, et . non les fruits intacts qui guérissent ceux que la
corruption a déjà entamés. A quoi sert-il de jeter un voile sur des faits que la plupart connaissent,, et ne faut-il pas plutôt dire hautement la vérité aux parents qui hésitent sur le seuil du collège ? Après avoir soigneusement veillé sur les amitiés et sur les liaisons de leurs enfants, ils les introduisent tout à coup dans une société qui échappe .à leur contrôle et qui est plus mêlée qu'aucune de celles où un honnête homme, dans le cours ordinaire de la vie, est exposé à 'passer ses jours. Parmi les collégiens qu'ils donnent pour compagnons à leurs fils, il en est à qui déjà la vie n'a plus grand'chose à apprendre. En supposant que la moralité de l'enfant résiste à la contagion d'un tel voisinage, en tout cas il laissera au collège cette pureté de l'esprit qui sied si bien à la jeunesse.
Il ne faudrait pas croire que les législateurs de l'internat eussent ignoré ces dangers. Ils les connaissaient si bien que toute l'ordonnance intérieure du lycée est faite en vue de les combattre. De là un autre inconvénient qui pèse sur les bons élè • ves bien plus que sur les mauvais : la défiance érigée en système. C'est mal connaître l'homme que d'espérer le contraindre au bien par une surveillance de tous les instants : la confiance seule élève les âmes. Toujours placé sous l'œil du maître, Técolier finit par le tenir pour un ennemi.
Tout ce qui échappe à sa surveillanee est regardé comme de bonue guerre. Entre le collégiev et le collège, s'établit une guerre secrète, Fub= redoublaat de ruse à mesure qne l'autre motl^f^ sas précautions.
S'il faut définir le sentiment qui relie entre eux les élèves d'un lycée, c'est le besoin de fidre face à l'autorité. Au rebours de» étati^- crû la loi est velontairement acceptée de tous et GMÈéfeii la protection de chacun, elle apparaît ici comme une contrainte dont personne ne veut prendre' sur lui de faciliter l'action. Le sentiment est îA général qu'il s'étend jusqu'aux professeurs. £^ ptepart prennent soin de se tenir à distance detcmtoe qui appartient à la police intérieure du lyeéei Ainsi, pour début dans la vie, nos jeunes collégiens' s -habituent à la lutte entre la loi et leur volonté et ils se sentent libres pour la première fois quioid 8s se mettent en opposition avec la règle.
On sait comment se décharge cette lourde atmosphère du lycée. De temps à autre nous h'sons dans les journaux qu'en telle ville une révolte a éclaté au collège : les élèves se sont barricadés dans les classes, dans les dortoirs ; ils ont brisé ce qui se tftuvait sous leurs mains ; le censeur, le proviseur ont été insultés. Il a fallu l'intervention des autorités de la ville, du procureur de la République, du commissaire de polîee. Le dé-
noûment est toujours le ttrême. Le collège est licencié ; les chefs de la révoltesont rendus à leur fàmffîe. Puis on ratppeHë les auti^es élèves, et Tanciett système de compt^ession d'une part, d'opposition de l'autre, reprend de plus belle. Quel état de ckôses que celui qui produit de tels conflitsj et faut-il que nous ayons depuis longtemps perdu toute habitude de réfléchir sur Téducation, pour que de pareils incidents ne nous ouvrent pas les yeux! Ott a dit avec raison qu'il n'y avait d'ordre véritaMe, à l'écde comme dans TÉtat, que celui qui renfermait en lui-même Son principe de conservation. S'il faut (jûe fe maître intervienne sans cesse, si Tordre est compromis à la première absence du surveillant, il ne vaut rien. On peut juger d'après cela ce que vaut Tordre dans nos internats.
Pour comble de nnsère, ce collège contrtf lequel on s'insurge, on est accoutumé à tout rece^ voir de lui. A dix-huit ans, le lycéen n'a pas plus la libre direction de sa personne, de son temps, de ses facultés, de son avoir, qu'à dix : la responsabilité n'existe pas pour lui, le collège s'étant fait son tuteur pour toute chose*. U ne faut donc
1. A certains égards Tintemat est la réalisation de Fidée eom* muniste : ainsi le pensionnaire n'a pas de livres. Ce Virgile qu'il doit êtttdier pendant six ans, il n'eu possède pas tin exemplaire. Tous les ans le lycée rapproyisionneddsoimragesdoiit 11 a be-
pas s'étonner si nos enfants, une fois sortis du collège, ressemblent à des chevaux échappés, se butant à toutes les bornes, commettant toutes les sottises. L*âge de la raison a! été artificiellement retardé' pour eux de cinq ou six ans. Ce sont les petites forces longtemps comprimées qui produisent les plus funestes explosions. Bien des parents et dés maîtres accusent la dépravation des temps, qui devraient avant tout s'accuser euxmêmes , puisqu'ils ont mieux aimé enchaîner la liberté de leur fils ou de leur élève que de la diriger, et puisqu'ils Tout laissé arriver à Tâge d'homme sans lui donner une occasion d'exercer son initiative et sa force de résistance.
La vue des dangers et des vices de Tinternat ne nous empêchera pas cependant de reconnaître qu'il développe aussi chez nos enfants certaines qualités. L'habitude de se liguer contre les chefs éveille le sentiment de la solidarité; la délation est doublement odieuse au collège, car elle a l'air d'une désertion à l'ennemi. Il n'est pas extraordinaire de voir toute une étude accepter une punition plutôt que de permettre au coupable de se déclarer. Les amitiés contractées dans l'internat
soin et il les lui reprend au bout de l'année. Inoifensive en apparence, cette mesure est doublement fâcheuse pour les études: elle dépayse continuellement l'élève et elle immobilise au lycé« un monceau de livres surannés.
sont peut-être plus intimes et plus durables que celles des jeunes gens du même âge restés libres: c'est qu'on a fait campagne, on a souffert ensemble. Gomme Ja vie débute par des années fort dures, on a qtielque raison d'espérer que la suite vaudra mieux : en tout cas on a pris l'habitude « de souffrir sans se plaindre et de se taire sans être convaincu *. » En aucun pays du monde, la jeunesse n'est soumise à une pareille épreuve, et il faut toute l'élasticité du caractère français pour que le sentiment de la joie ne soit pas eflfacé des cœurs.
Comme en toutes choses il est plus aisé de faire le mal que de le réparer, on ne doit pas espérer qu'il se trouvera un remède prompt et radical contre une institution que l'État, depuis soixante ans, met tous ses soins à fortifier et à étendre. Voyons cependant quelles mesures on pourrait prendre afin de la limiter et de l'améliorer.
Avant tout, il faut que TUniversité se persuade bien que personne n'a plus à se plaindre de l'internat qu'elle-même. Quand on va. au fond des reproches qui peuvent s'adresser à notre système scolaire, presque toujours on trouve pour dernière raison ce lourd fardeau que l'Université est