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DE LA DESTINATION PRIMITIVE DE NOS FACULTES

C'est par l'instruction supérieure que doit débuter une réforme de l'enseignement qui veut être approfondie et durable, puisqu'un nouvel esprit ne pourra pénétrer dans les lycées que si le savoir des professeurs s'élarçit et se transforme, et puisque renseignement primaire ne deviendra ce qu'il doit être que si les Écoles Normales empruntant leurs directeurs et leurs professeurs à Tinstruction secondaire. Ainsi nos Facultés des lettres et des sciences, qu'on regarde ordinaire-, ment comme une sorte de luxe, «ont les orçanes nécessaires pour le renouvellement de notre vie intellectuelle.

Il ^st vrai que jusqu'à ce jour elles n'^fnt guère été considérées de cette façon ni par TÉtat ni par l'opinion publique. Dans la pensée de celui qui les a instituées, la* collation dos grades était ia

partie la plus importante de leurs fonctions. Napoléon, chez qui invinciblement toutes les conceptions se présentaient sous la forme hiérarchique .et administrative, n'aurait probablement jamais créé de Facultés des lettres et des sciences, s'il n'avait fallu quelques personnes pour délivrer les diplômes. Au moins a-t-il voulu que ces Facultés fussent instituées sans qu'il en coûtât trop cher au pays. Le décret fondamental de 1808 débute ainsi : « Il y aura auprès de chaque lycée, chef-lieu d'une Académie, une Faculté des lettres. Elle sera composée du professeur de belles-lettres du lycée et de deux autres professeurs ; le proviseur et le censeur pourront leur être adjoints. » Les dispositions relatives à la Faculté des sciences sont pareilles. Ainsi l'enseignement secondaire, qui devrait tirer sa substance de l'enseignement supérieur, est au contraire chargé de l'alimenter. Nous avons vu plus d'une fois cette pensée se reproduire chez nos ministres de l'Instruction publique : une chaire de Faculté paraissait la récompense méritée et la retraite naturelle d'un professeur fatigué par de fidèles et longs services au lycée. Pourquoi, en effet, après avoir si longtemps préparé les élèves au baccalauréat, n'auraitil pas la satisfaction de faire des bacheliers? Qui, mieux que lui, saurait choisir des sujets de composition, interroger les candidats?

On se tromperait fort, si Ton croyait que les idées napoléoniennes sur l'utilité et le rôle des Facultés aient cessé de régner. Remarquons d'abord que le prudent esprit d'économie que nous avons constaté chez le législateur de 1808 anime encore notre administration. Tandis qu'en 1847, Tensemble de nos Facultés des lettres coû- \ tait annuellement à TÉtat 216 000 francs, somme assurément modique, la dépense est déjà réduite en 1855 à 125 000 francs. Par un nouvel et notable progrès fait dans la même voie, l'État est parvenu en 1865 à réaliser sur ses Facultés des lettres 52 800 francs de bénéfice*. Si nous prenons maintenant en bloc les Facultés, de théologie, de droit, de médecine, des sciences, des lettres, les écoles préparatoires et supérieures de médecine et de pharmacie, et tout ce qui se rattache aux Facultés, nous constatons qu'en 1847 l'excédant de la dépense sur les recettes était de 1 155 000 francs; en 1855, l'excédant de dépense est réduit à 981 000 francs, et enfin, en 1865, l'État, pour tous frais, n'a plus à débourser que 180 000 francs *.

Jamais l'idée, au moins étroite, de réaliser des

1. Statistique de renseignement supérieur. 1865-1868. Page 457. Ce profit est dû aux inscriptions que les étudiants en droit sont tenus de prendre à la Faculté des lettres.

2. En Allemagne, le budget annuel des Universités peut être estimé à dix millions de francs, non compris les écoles spéciales et les frais extraordinaires.

profits sur renseignement supérieurne se serait présentée à Tesprit de pcrsonne/si l'on n'avait point m dans les Facultés un mécanisme principalement destiné à former des bacheliers, des y licenciés et des docteurs. Mais cette manière de voir n'est point particulière à notre administratron. Il y a trois ans, une commission avait été nommée pour préparer un projet de loi sur .l'enseignement supérieur. Par les discussions que nous avons entendues alors, on a pu se convaincre que la collation des grades paraît encore à beaucoup d'esprits l'occupation essentielle et la principale raison d'être de nos Facultés. Le plus petit nombre seulement cherchait les moyens de fortifier, d'étendre, de vivifier notre enseignement supérieur : ce qui intéressait la plupart, c'étaient les voies et moyens pour conférer les diplômes.

Il est probable que si la question est.traiisportée dfevant une Assemblée, c'est sur ce terrain que s'engagera le débat. On défendra de part et d'autre le droit strict des confessions et des opinions : la composition des comités d'examen intéressera plus nos législateurs que le niveau et la qualité de rinstruetion On réclamera le droit d'avoir des universités catholiques, protestantes, libre-penseuses, non pas tant à cause de renseignem^iit qu'elles procureront, qu*à cause des grades et' des

diplômes. Donner à choisir aux jeunes gens^ entre plusieurs universfités également médiocres, est-ce là le dernier mot de la sagesse des partis? Quand aujourd'hui, en prenant de tous côtés et en n'excluant aucun homme capable, nous avons à peine un personnel suffisant pour recruter les facultés de TÉtat, où en sera nôtre enseignement supérieur, lorsque, grâce à cette liberté, nous aurons des Facultés de toute nuance? Le système qu'on paraît désirer pour • nous existe depuis nombre d'années dans une contrée voisine : mais tous les hommes éclairés, en Belgique, déplorent cet éparpiUement des forces intellectuelles du pays, et ils aimeraient mieux de beaucoup une seule et grande université, ouverte à toutes les doctrine^, à toutes les croyances, que les quatre universités qui se partagent les professeurs et divisent la jeunesse.

La véritable liberté de l'enseignement supérieur, c'est la liberté pour le professeur d'enseigner ce qu'il croit la vérité, une fois qu'il a satisfait aux conditions exigées par la loi pour monter dans une chaire. Le devoir de l'État, c'est de rendre ces conditions aussi larges pour les doctrines qu'il est possible en maintenant le niveau de la science. En Allemagne, où il n'y a pas d'opinion qui ne puisse aisément trouver une place dans les universités de l'État, personne ne réclame la

fondation d'autres universités. Ce sont seulement les pays où la collation des grades est devenue l'essentiel et l'enseignement l'accessoire, qui soulèvent ces stériles querelles.

Quand on lit les décrets relatifs à nos Facultés des lettres et des sciences, on voit que les cours ne sont guère destinés, dans la pensée des fondateurs , qu'à remplir l'intervalle des sessions. « Le professeur de littérature grecque prendra pour sujet de ses leçons, dans la première partie de son cours, les auteurs en prose, et dans la seconde les poètes.... Le professeur d'éloquence latine expliquera les traités de rhétorique de Gicéron et de Quintilien, et les plus beaux morceaux d^éloquence des auteurs latins.... Le professeur d 3 poésie latine développera les beautés des grands poètes du siècle d'Auguste ; il fera connaître aussi les poètes latins de second ordre*.... Les leçons seront publiques, et, pendant leur durée, l'entrée ne pourra être refusée à personne*. » L'empereur se faisait de l'enseignement supérieur une idée particulière : si quelque gradué voulait faire un cours public, TUnivjersité exigeait de lui une rétribution en argent. « Un gradué qui a obtenu permission de faire un cours public devra payer la

J. statut du 16 février 1810.

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