‹ Quelques mots sur l'instruction publique en FranceChapitre 34 sur 43 · SUtut du 31 octobre · texte numérisé non relu

SUtut du 31 octobre

Nou&ne.critiquoo^ pas ces. dispositions, qui«. le concours une fois admis, ont toutes: leur raison d'être. Il était d'ailleurs logique de recruter pçu: le concours un. corps dont la principale occupation devait être la collation. des. grades. Nos Facultés portent encore aujourd'hui cette- lourde charge d'examens et de sessions que Ffimpire. leur avait imposée, et qui a entraîné, après eU^ les inconvénients les plus divers.

En premier lieu, le temps de nos professeurs a été en partie envahi par des soins complètement étrangers à l'enseignement supérieur. Quatre fois par an, ils dictent des versions aux aspirants au baccalauréat, corrigent les copies^ font passer les examens oraux Distraction fréquente et fâcheuse, qu'aucun professeur d'une université étrangère ne voudrait accepter I Nous n'ignorons pas que pour une grande portion du public ces fonctions d'examinateur sont précisément la prérogative la plus haute et la plus redoutable du professeur de Faculté : beaucoup le regarderaient comme un homme entièrement désœuvré, et lui retireraient peut-être une partie.de leur considération s'iLs ne le voyaient pas siéger aux assises trimestrielles du baccalauréat. Peut-être même qu/elques pro.fesseurs de Faculté, subissant l'opinion générale, comparant à leur abandon ordinaire l'empressement dont ils sont l'objet aujt, approches des épreu-

ves^ r sont- tenlés de. sei regarder . p)xitôt .comou^ ides jygiç^ que comme d^ docteurs. .

Un autr^ inconvéuient, a'e$t qi^e r.obUgatioa de siéger, enseiable, pour uue besogne commiune^ à des intervalles p.ériodiq.ues: et rapprochés, a.diér veloppé chez certains professeurs un . esprit, de défiance- et d'exclusijOû. .On. redoute les nouveaux venus qui pourraient modifier la composition du tribunal. Parmi nos Fiuîultés, bien peu songeront à demander qu'on leur adjoigne des chaires nour velles, par exemple une chaire de vieux français ou de littérature orientale : non sans doute qu'elles tiennent ces études en petite estime. Mais on craint que ces professeurs nouveaux, qui pourront sans doute être d'excellents philologues, ne soient de médiocres latinistes, et qu'ils n'apportent pas aux examens une coopération assez utile ou un esprit assez classique. Pour une raison analogue, on a toujours tenu à distance tout ce qui pouvait ressembler aux privat-docenten ; non pas qu'on se croie universel ; comment le serait-on avec un si petit nombre de professeurs et deux leçons par semaine ? Mais ces associés, après qu'ils seront installés dans une chaire, demanderont, peut-être aussi, au moment des sessions, un fauteuil d'examinateur. C'est ainsi que les fonctions judiciaires dont nos Facultés ont été investies contrarient continuellement l'intérêt didactique.

Mais ces examens auxquels ont été faits tant de sacrifices, les Facultés parviennent-elles du moins à en maintenir le niveau ? « Les Facultés savent qu'elles s'exposeraient à des avertissements de la part de l'autorité, à des comparaisons et à des désertions fâcheuses de la part des candidats, si la proportion entre les admissions et les candidatures n'oscillait pas entre 45 et 55 pour cent: on suit d'instinct cette indication ; et si la force moyenne des candidats vient à baisser, il faut bien que le diapason des Facultés suive cette marche descendante. Ce serait trop demander à Tinstitution que de vouloir qu'elle se raidît contre le torrent.... Quand la proportion des ajournements a atteint le chiffre de 50 ou 55 pour cent, les juges sentent bien qu'il faut s'arrêter et qu'on ferait casser la corde en voulant la tendre davantage. Ils admettent en gémissant, vu la dureté des temps, des candidats dont la moitié au moins seraient rejetéspar eux, s'ils ne se sentaientles mains liées^» Nous ne reprochons pas à nos professeurs de subir cette nécessité de l'indulgence: elle s'imposera plus ou moins à tous* les examinateurs, de quelque manière qu'on les choisisse, aussi longtemps que le lycée ne mettra pas une barrière au passage des mauvais élèves d'une classe à l'autre.

1. Gournot. Des institutions (TinstrucHon publique en France.

Mais on voit suffisamment que si, comme quelquesuns le croient, la fonction principale des Facultés était de maintenir et de relever le niveau des études du lycée, on serait en droit de dire qu'elles remplissent imparfaitement leur mandat. Des examinateurs parcourant le pays, comme ceux qui interrogent les candidats à TÉcole polytechnique, seraient alors préférables à certains égards. Telle est la force du préjugé qu'il serait dangereux d'enlever absolument à nos Facultés le droit de suffrage aux examens du baccalauréat. Mais je voudrais que la Faculté cessât de siéger à l'exclusion de tout autre juge. Un ou deux professeurs de la Faculté, délégués par leurs collègues, suffiraient pour la représenter. La licence et le doctorat, qui sont proprement du ressort de l'enseignement supérieur, seraient les seuls examens qui resteraient exclusivement dans ses attributions. Nos Facultés des sciences et des lettres seraient dès lors plus libres de vaquer aux soins de l'instruction, leur rôle serait mieux compris ; et elles pourraient, sans inconvénient aucun, recevoir les accroissements indispensables et procéder aux réformes nécessaires '.

1. Nous laissons de côté à dessein l'organisation financière de nos Facultés, pour laquelle nous ne sommes pas compétent, et qui devra de toute façon être remaniée du moment que l'étudiant, au lieu de payer ses inscriptions, payera les cours où il est admis.

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