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LA SONATE ALLEMANDE PRIMITIVE

Johann Kuhnau, Johann Mattheson, Geor Philip Telemann, Ghristoph Graupner, Georg- Friedrich H^endel, Johann-Sebastian Bach, tels sont les compositeurs qui écrivirent, en Allemagne, des Sonates et en constituèrent la forme.

Ils furent précédés de Dietrich Becker (1554- 16..), qui écrivit un recueil de Sonates pour violon, mais toutes en forme de Suite et sans essai de réexposition d'un dessin initial. Cependant, elles sont constituées seulement en trois mouvements (Allegro, Adagio, Allegro) et elles contribuèrent grandement à l'éducation des compositeurs postérieurs, à l'exemple de Legrenzi pour l'Italie.

LA SONATE PRÉ-BEETHOVÉNIENNE. ti.',

Kuhnau (1660-1722) fut le prédécesseur immédiat de J.-S. Bach comme Canlork la « Thomas Schule » de Leipzig-. Il fut le premier Allemand qui écrivit des Sonates de chambre pour clavecin seul. Sa première Sonate, en si bémol, datée de 1692, « composée pour le plaisir particulier des amateurs de clavecin » , n'est pas encore de coupe ternaire, bien que pourtant elle diffère notablement de l'ancienne Suite. Elle est divisée en quatre parties : Prélude, Fugue, Adagio suivi d'un court Allegro transitoire ramenant le Prélude, toutes quatre très contrastées. Cette Sonate porte en épigraphe : Soli Deo Gloria !

Mais l'œuvre caractéristique de Kuhnau dans cette transformation de la Suite en Sonate est le recueil appelé Frische Klavier-Frûchte (les fruits musicaux du printemps) et composé de sept Sonates, toutes en quatre mouvements parfois coupés de courts Adagio.

Les autres de ses pièces intitulées Sonates sont dans la forme Suite. Le recueil intitulé Biblische Historien (Sonates sur des scènes de la Bible * sont de primitifs poèmes symphoniques et n'entrent point dans la forme que nous analysons ici.

Mattheson (1681-1764) composa dans la forme Sonate : douze Sonates pour deux ou trois fiâtes, sans basse continue; douze Sonates pour flûte et clavecin, portant en titre der Virtuôs, et enfin une intéressante Sonate /jour clavecin seul, datant de 1713, et dont la curieuse dédicace « à la personne qui saura la mieux jouer » nous révèle l'originalité de ce bizarre personnage qu'était Mattheson.

Cette composition intermédiaire entre la Sonate-

Suite el la forme définitive, possède une réexposition complète de la mélodie initiale. La Sonate entière est en un seul mouvement, fragmenté en trois parties.

Telemann (1681-1767) a écrit, dans la forme Sonate : douze Sonates pour violon: six Sono les pour deux flûtes ou deux violons, sans basse; six Sonates pour clavecin, et douze Sonates mélodiques pour violon ou flûte avec basse continue. Il y a aussi plusieurs Sonates faisant partie de son « der getraue Musikmeisier » .

Graupner (1683-1760) fut élève de Kuhnau à l'école Saint-Thomas, de Leipzig. Il écrivit deux recueils de Sonates : Monatliche Kl avier-Frûcht e datant de 1722, et die pier Jahreszeiten, de 1733.

ILendel (1684-1759) a laissé : douze Sonates pour violon ou flûte avec basse chiffrée,' parues avant 1740, qui ne sont pas dans la forme Sonate proprement dite. Les treize Sonates pour hautbois ou violon ou flûte avec basse continue, qu'il publia ensuite, sont seules dans la vraie forme Sonate.

J.-S. Bach (1685-1750) écrivit peu de Sonates dans la forme Sonate véritable. Il se rapproche, comme construction d'ensemble, plutôt de la vieille Sonate italienne, établie par Locatelli et Corelli, mais seulement par le nombre et le groupement des divers morceaux de la Sonate, et nullement pour le style, car l'écriture en trio est au contraire l'acheminement vers la musique de chambre.

On compte de lui : six Sonates pour orgue {en trio) écrites dans la forme de Suite ou de Concert, mais dont la cinquième, en ut, en trois morceaux, est très nettement dans la forme Sonate primi-

tive avec réexposition du thème, et un Largo en forme de Lied, en trois sections.

Cette œuvre fut écrite pour le clavecin à deux claviers et pédalier.

Les trois Sonate* en trio pour flûte et clavecin offrent aussi, surtout la première en. s i, la construction ternaire avec réexposition.

Les trois Sonates pour viole de gutnbe sont de même style, mais une introduction importante précède deux d'entre elles.

Les trois Sonates pour violon et cla v ecin offrent un groupement de morceaux tout à fait semblables à ceux des Sonates de Corelli. Elles sont coupées en quatre ou cinq pièces, disposées ainsi, le plus souvent : 1° Adagio; 2° Allegro; 3° Andante; 4° Presto. Les Allegro et Presto présentent le plus souvent la coupe ternaire avec réexposition. L'écriture est en trio, avec de riches et beaux canons, souvent, dans les pièces lentes, tels Y Andante de la 2e Sonate, ou bien l'admirable Lied du Largo de la 5e Sonate, en/W, dont la mélodie, si expressive, au violon, est toute enveloppée d'harmonieux et calmes dessins en imitation au clavecin.

LA SONATE DITHÉMATIQUE

Karl-Philip-Emmanuel Bach, Johann-Henrich Rolle, Johann-Georg-Leopold Mozart, Georg* Benda, Johann-Christian Bach, Johann- Wilhelm Haessler, Pietro-Domenico Paradisi (dit Para dies), sontles fondateurs de laSonatedithématique.

Karl-Philipp-Emmanuel Bach (1714-1788) est le troisième fils de Jean-Sébastien. Nourri dès l'en-

lance de haute el saine musique, il présente en son style la sûreté et la solidité qui semblent inhérentes à ceux de son nom, mais il ne chercha point à imiter la manière de Jean-Sébastien. Il adopta le style galant, qui avait jusqu'ici contribué à la décadence et dont son génie allait lui faire tirer parti, pour donner un nouvel essor à cette forme.

En effet, avec les derniers compositeurs italiens que nous avons cités, la Sonate en arrivait peu à peu à se confondre avec le Concerto. Ph.-E. Bach, par remploi dCunsecond élément mélodique, apparaissant (nous Pavons dit en étudiant la transformation de la forme Sonate) lors de l'exposition et se réexposant à nouveau dans la troisième partie du morceau, va donner( une vie nouvelle à la Sonate, qui n'a cessé depuis lors de s'agrandir progressivement.

En plus de cette seconde idée adjointe au thème initial, Ph.-E. Bach apporte aussi plus de liberté et de vivante fantaisie dans la partie médiane, qui ne reste plus aussi formulaire que par le passé, et fait pressentir le vrai développement.

Tout ce que Ph.-E. Bach apporte à la Sonate servira plus tard à Beethoven. Son écriture est vivante et hardie; le style galant lui apporte une légèreté que ne connaissaient pas les Sonates en style fugué. Mais le fils de Jean-Sébastien Bach était trop soutenu par une solide éducation contrapuntique pour que l'application du style nouveau l'empêchât de se servir adroitement d'appuis mélodiques fugitifs; ce qui rend son écriture plus intéressante que celle de Mozart en bien des endroits.

La mélodie de Ph.-E. Bach n'émane point du souffle chaud et puissant de son père, encore que certains And an te de Sonates semblent les derniers échos de quelque Sinfonia à trois voix. Mais c'est dans le rythme et l'harmonie que le tempérament spécial de l'auteur se révèle. Le rythme alerte, imprévu, capricieux jusqu'à l'étrangeté, ne le cède en rien à l'harmonie audacieuse, ne reculant devant aucune enharmonie, aucun assemblage de lointaines tonalités.

C'est bien là un précurseur, dans toute l'acception du mot. Il annonce celui qui va venir et défriche ses sentiers, mais il n'a pas en lui. (malgré la réelle personnalité de son caractère qui le détermine très nettement et ne permet pas de le confondre avec personne) le souffle vivifiant qui ti'ansfigure la matière commune à tous, l'illumine et l'embrase à un tel point qu'elle apparaît comme sa personnelle création.

Ph.-E. Bach fut un original inconscient ; il ne comprit sans doute pas toute la portée de ses innovations, car on ne voit pas chez lui d'épanouissement progressif. Dans ses dernières Sonates (celles contenues dans les recueils pour les connaisseurs et amateurs), on ne retrouve pas l'emploi de la nouvelle forme dont les Sonates écrites au milieu de sa carrière (1743-1766) tirent toute leur originalité et leur valeur.

Il a laissé soixante-dix Sonates pour le clavecin; elles sont en trois morceaux, enchaînés les uns aux autres, sauf dans les premières Sonates. On trouve, dans les dernières, une ou deux Sonates en deux morceaux. Elles se répartissent ainsi :

Os QUELQUES MOTS SUR LA SONATE.

l°Six Sonates, dites prussiennes, h cause de leur dédicace au roi Frédéric II. Elles furent composées en 1740 et imprimées à Nuremberg- en 1742. De forme ternaire, elles sont encore monothématiques, car ce n'est que très raremenl qu'apparaît une velléité de seconde ide'e^ et encore n'est-elle que bien peu caractérisée.

2° Six Sonates, dites wurtemberyeoises, toujours en raison de la dédicace, cette fois à Charles- Eugène, duc de Wurtemberg et de Teck. Leur composition date de 1743, pendant un séjour que Ph.-E. Bach fit aux eaux de Teplitz ; elles furent imprimées aussi à Nuremberg, en 1755. Ce sont les plus remarquables des Sonates de Philipp- Emmanuel. La seconde en LAb, la cinquième en mi b et la sixième en si sont les plus achevées de toutes. Ph.-E. Bach écrivit encore six Sonates, données comme exemples dans son Traité de Clavecin (Berlin, 1753). Deux Sonates en ré et en ré furent publiées dans la Raccolta de Breitkopf en 1757 et 1758.

3° Six Sonates avec les reprises variées furent gravées en 1759. Elles sont dédiées à la princesse Amélie de Prusse. La publication de Sonates avec les reprises variées nous montre que déjà, à cette époque, les virtuoses devenaient néfastes à la musique. Il était d'usag'e, dans les Doubles de certaines danses de la Suite, d'indiquer seulement la reprise par un signe conventionnel; l'exécutant, en rejouant une seconde fois^ ornait d'agréments variés par sa fantaisie le texte ainsi doublé. Tant qu'il n'y eut, comme interprètes, que des compositeurs ou tout au moins des artistes parfaitement

au courant de la composition musicale, leur « fanlaisie » resta toujours de bon goût; mais avec le style gw/tfnf l'exécution devint plus facile, les virtuoses se multiplièrent; et, avec eux, des fautes de goût telles, que la mélodie exposée dans la première reprise en arrivait à n'être plus reconnaissablé sous les fioritures et variations de toutes sortes dont on l'accablait à la redite. C'est ce que Ph.-E. Bach veut éviter pour ses Sonates ; il dit dans leur préface que les exécutants ne jouent souvent pasles notes telles «qu'elles sont écrites, même dans la prima voila, et que si la faculté d'interpréter à leur fantaisie la seconda vol ta leur est laissée, ils introduisent des changements qui altèrent gravement le style et le caractère de la musique ».

4° Ph.-E. Bach publia encore, en 1761 et 1763, douze Sonates; en 1766, six Sonates faciles : en 1770, six Sonates « pour les dames » (all'uso délie donne) ; en 1785, une Sonate : enfin de 1779 à 1787 les œuvres comprises sous le titre général Clavier Sonaten fur Rentier und Liebhaber (Sonates pour les connaisseurs et les amateurs).

Avant d'en arriver aux prédécesseurs immédiats de Beethoven, on trouve encore quelques compositeurs de Sonates, mais s'il ne faut pasles ignorer au point de vue de l'histoire, leur connaissance ne fait que mieux ressortir la supériorité que Ph.-E. Bach avait sur eux.

Johann-Heinrich Rolle (1718-1785) écrivit aussi des Sonates en trois mouvements. Elles n'offrent guère d'intérêt musical. La forme en est peu définie.

.loliaim-Georg-Leopold Mozart (1719-1788;, le père du célèbre Wolfgang, .écrivit trois Sonates, importantes en ce sens qu'on y trouve nettement Tenlrée de Ja seèonde if/ce, souvent soulignée môme par un changement de mouvement et de mesure.

Georg Benda (1722-1795) écrivit quelques Sonates de forme ternaire. Si sa célébrité dépassait en Allemagne celle de J.-S. Bach, il s'en fallait que son talent égalât même celui des fils du génial Gantor.

Johann-Christian Bach (1735-1782), le « Bach de Londres », fit plusieurs recueils de Sonates pour clavecin où il emploie la forme ternaire, mais ses idées sont loin d'atteindre à l'originalité de celles de son frère Philippe-Emmanuel.

Rolle, Benda, Jean-Christian Bach nous apparaissent ici comme d'honnêtes ouvriers d'art, sachant correctement écrire, mais dont la musique est toute formulaire. Ils se laissent aller à ce qui était la nouvelle mode de l'époque. Leurs Sonates ne sont que prétexte à traits instrumentaux. La mélodie n'a plus d'émotion, le rythme est appauvri, l'ensemble est froid, contraint, sans vie. En vain Rolle, par exemple, recourt-il aux modulations enharmoniques hardies dont Ph.-E. Bach fait usage. Les modulations sont belles, certainement (V. le milieu de V Adagio de sa Sonate en mi), mais elles font si peu corps avec le reste, elles correspondent si peu à un élan réel de l'auteur qu'elles ne produisent aucun effet expressif. Ce sont des formules, c'est tout. La mode était alors aux traits et à l'enharmonie, comme elle est maintenant aux « frottements » et aux successions d'accords de

neuvième! Mais la mode est passée, et les productions n'ayant dû qu'à leur conformité avec les « nouvelles » formules leur vogue éphémère, sont passées avec elle.

Ph.-E. Bach s'élevait bien contre cette tendance néfaste où la virtuosité entraînait exécutants cl compositeurs lorsqu'il disait, dans son Essai sur la vraie manière de toucher le clavecin : « Il semble que la musique est appelée principalement à toucher le cœur, et le claveciniste ne peut, selon moi, y parvenir, s'il ne songe qu'à, faire du bruit. »

Nous avons laissé pouf la fin de cette période de la Sonate dithématique primitive Haessler (1747- 1822). C'est un compositeur intéressant pour récriture pianistique. Sa mélodie garde de la fraîcheur et certaines de ses pièces finales font penser à Mozart. Il laissa environ quarante Sonates de forme variable. On y rencontre des pièces dans la forme Suite ainsi que le vrai Lied, ou des pièces ternaires de forme Sonate. Voici la nomenclature de ses Sonates avec leur date de publication : six Sonates avec une Fantaisie (1775) ; six Sonates (1776 : six Sonates faciles (1780) ; dix-huit Sonates faciles en trois livres (1786 à 1788).

Quant à Paradisi (1710-1792), né à Naples et vivant à Londres où il change l'orthographe de son nom (Paradies), il écrivit douze Sonates pour clavecin parues en 1754. C'est là que, pour la première fois en des Sonates de clavecin, apparaît le trop célèbre système d'accompagnement dont nous avons déjà parlé, connu sous le nom de basse d'Alberti. Pour ce qui est du reste de son écriture, elle participe à la fois de Ph.-E. Bach et de D. Scarlatti.

La forme ternaire n'est point constante dans ses Sonates, qui sont souvent en deux mouvements seulement.

Et maintenant que nous avons traversé cette plaine morne des contemporains de Ph.-H. Bach, où nous avons vu s'étaler le succès éphémère de la formule d'un jour, venons trouver abri et réconfort près de ceux qui vont suivre et qui vont offrir à notre admiration vallées verdoyantes et pics glorieux.

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