W. DE LENZ
Beethoven eut, comme tous les grands artistes dont l'évolution fut complète, des différences de style très marquées au cours de sa production; nous adopterons, pour les désigner, la classification donnée par d'Indy en son Beethoven :
Première période (imitation) jusqu'à 1801, comprenant les Sonates des op. 2 à 23 inclus.
Deuxième période (transition), de 1801 à 1815, comprenant les Sonates des op. 26 à 96 inclus.
Troisième période (réflexion), de 1815 à 1827, comprenant les Sonates des op. 102 à 111 inclus.
Beethoven (1770-1827) a écrit quarante-neuf Blanche Selva. — Sonate. 7
MO UURLQUES MOTS SDH LA SONATE.
Sonates dont trente-deux pour piano, une pour
piano à quatre mains, dix pour violon, cinq pour violoncelle et une pour cor. Il nous est impossible d'entrer dans l'analyse détaillée de chacune de ces Sonates (1). Nous ne ferons que quelques remarques sur certaines des plus saillantes, toujours en vue de l'interprétation et de l'audition. Les emprunts que nous ferons aux livres cités en noie n'ont d'autre but, également, que de chercher à créer l'atmosphère la plus propice à la compréhension des œuvres auxquelles ils se rapportent. Une étude tant soit peu poussée des Sonates de Beethoven entraînerait non à un chapitre, mais à des livres entiers, ce que nous ne pouvons nous permettre ici.
Première période {imitation). Sonates op. 2 à
(1) Le lecteur trouvera tout ce qui se rapporte à l'étude technique de la forme dans le second livre du Cours de composition de d'Indy. Il fera bien de se reporter également, pour la pénétration intime du caractère des diverses « manières » du maître de Bonn, au Beethoven de d'Indy ainsi qu'à l'humoristique essai : Beethoven e\ ses trois styles, de W. de Lenz. Ce dernier livre, écrit à une époque où Beethoven était encore trop peu connu, n'arrive pas à la compréhension profonde des œuvres de la maturité beethovénienne et contient souvent des erreurs techniques, dues à l'insuffisance de la culture musicale de son auteur; il donne aussi trop souvent abri à des anecdotes plus ou moins véridiques sur des menus faits biographiques, mais il reste précieux pour tout ce qui concerne la première et la seconde manière de Beethoven, et par quantités d'aperçus originaux qui ne peuvent manquer d'éveiller l'enthousiasme nécessaire à la pénétration d'une œuvre d'art. D'ailleurs, le rapprochement avec les ouvrages de d'Indy ne laissera point subsister d'incertitude au sujet des détails que nous signalons.
Nous tenons à dire aussi que si nous ne citons que ces ouvrages sus-mentionnés,ce n'est nullement dans l'intention de méconnaître l'intérêt et la valeur d'autres études faites sur Beethoven ou sur son œuvre, mais parce que ce sont les seuls qui nous offrent ce qui nous est utile ici, au point de vue spécial où nous nous sommes placés.
23 inclus. — Dans sa « première manière », qui comprend vingt-deux Sonates, Beethoven reste assujetti au style galant établi par Ph.-E. Bach, Haydn et Mozart; il n'atteint même pas au niveau des dernières Sonates de Rust qui lui sont contemporaines.
Rien de particulier à dire sur les trois Sonate* pour piano, op. 2 (1795), ni sur les deux Sonates pour violoncelle, op. 5 (1795), pas plus que sur celle pour piano, op. 49, n° 2 (1795) ni sur celle pour piano à quatre mains, op. ê (1796).
De la Sonate pour piano, en mi ?, op. 7 (1796), de Lenz a dit : « Cette composition est déjà à mille lieues des trois premières Sonates. Le lion y fait trembler les barreaux de la cage où le tient encore enfermé une impitoyable école ! » Le Rondeau de cette œuvre est le premier qui se termine par une phrase concluante différente du refrain.
Nous ne nous arrêterons que sur la dernière des trois Sonates pour piano, op. 10 (1797), dont les deux premières n'offrent rien de très extraordinaire (l).
C'est dans celle en ut que Beethoven emploie la forme Sonate (dans un mouvement plus rapide) pour la première fois comme pièce finale.
Le Scherzo de la deuxième Sonate (en fa) est d'un ordre rythmique très agrandi. « Les voyageurs nocturnes qui y arrivent ont une étrangle façon. Les morts vont vite et quelles plaintes ils gémis-
(i) La critique d'alors en jugeait autrement. L'Allgemeine Musik Zeihing de 1799 disait : « L'abondance des thèmes amène Beethoven à accumuler des pensées sans ordre et dans de bizarres groupements, de telle sorte que son art paraît artificiel et reste obscur. »
seul ! Enfin le silence se l'ait; un majestueux majeur (héj,) à grandes lames d'harmonie réunit tout le monde (1). » Ce Scherzo est déjà du grand style rythmique beethovénien et offre une remarquable analogie avec celui de la Symphonie héroïque.
Mais la plus importante des trois Sonates est la troisième, en ré.
Dans le premier morceau une même cellule
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fait le fond des deux idées et des développements. Le pont est très mélodique. L'ensemble est fougueux et mouvant.
Le Largo e mesto est le morceau capital de la première manière de Beethoven, ou plutôt il est le point de départ de la deuxième étape expressive de son style. « Lire ce, Largo, c'est soulever une pierre tumulaire. 11 comblerait la mesure de la douleurhumaine si les adagios de la seconde et troisième manière ne nous attendaient pas », dit très bien de Lenz.
La forme de ce Largo est un grand Lied à cinq sections dont voici le plan :
(i) De Lenz émit, à propos de la comparaison quil vient de faire, une réflexion que nous faisons nôtre : « Nous avons appelé ce Scherzo une scène du Blocksberg. D'autres comparaisons en rendraient aussi bien le sens mystérieux. Aussi le propre de la musique, nous croyons devoir le dire pour l'intelligence de cet essai, n'est-il point de devenir matériellement palpable, mais de réveiller des idées analogues à celles que le compositeur voulait exprimer. »
l. Thème binaire, en ré, Remarques : la construcrepos en ut, cadence tion tonale du thème
en la. est différente à chacune