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II. — LA SONATE FRANÇAISE MODERNE

Comme le faitjustementobserverLandormy (1) : « Le grand art profond et intérieur, l'art symphonique, l'art de la musique de chambre et du lied, cet art dans lequel les Allemands étaient depuis si longtemps passés maîtres, ils semblent l'oublier désormais. De plusen plus ilspréfèrent de grandes constructions théâtrales, toutes en façade, ou bien des amusettes. Et ce sont les Français d'à présent qui écrivent de la musique sérieuse, de la musique intérieure, de la musique profonde, qui ennuie les Allemands. »

Avant de franchir le seuil de ce nouveau sanctuaire où l'art s'est, à notre époque, réfugié, il faut faire une étude technique de la forme que la Sonate va, le plus souvent, revêtir: forme qui est l'expression magnifique d'aspirations antérieures.

(i) Paul Landormy, Histoire de la musique.

Blanche Selva. — Sonate. 11

La forme cyclique.

« La Sonate cyclique (qui va être cette forme nouvelle) est celle dont la construction est subordonnée à certains thèmes spéciaux reparaissant sous diverses formes dans chacune des pièces constitutives de l'œuvre, où ils exercent une fonction en quelque sorte régulatrice ou unificatrice.

« ... Le qualificatif cyclique est applicable en premier lieu aux motifs et aux thèmes qui, tout en se modifiant notablement au cours d'une composition musicale divisée en plusieurs parties, demeurent présents et reconnaissables dans chacune de celles-ci, indép'endamment de la structure, du mouvement ou de la tonalité qui lui est propre.

« Par restriction, la cellule qui contient un motif cyclique ou la période qui contient un thème cyclique sont dites cycliques elles-mêmes. Par extension, enfin, une forme musicale (Sonate, Quatuor, Symphonie, etc.) sera dite pareillement cyclique si elle contient des motifs ou des thèmes ayant un tel caractère et une telle fonction. Et cette fonction consiste en définitive à accroître la cohésion existant entre les diverses parties d'une œuvre, à renforcer Y unité synthétique de celle-ci (1). »

On trouve des traces de la recherche, du besoin de Yunité cyclique dans Y unité tonale des formes Prélude et Fugue, des danses Pavane et Gaillarde, Canzona, puis dans les Suites de danses groupées intentionnellement dans un certain ordre.

(1) Vincent d'Indy, Cours de composition musicale, t. II, p. 375.

U unité s'est accrue avec la Sonate, par la suppression des pièces de même mouvement formant double emploi et réduisant le nombre des morceaux à quatre types principaux. Cette idée (ï imité réunit ensuite ces morceaux sous une dépendance tonale plus rigoureuse; enfin le thème acquiert une personnalité de plus en plus définie jusqu'au moment où il devient le personnage beethovénien.

Mais si « les rapports ou proportions de rythme ou de symétrie entre les diverses parties d'une œuvre, leurs relations de tonalités manifestent une intention d'unité, cette intention ne devient accessible à l'auditeur que par la forme dans laquelle elle se réalise.

«... Ainsi, le véritable élément cyclique apparaît seulement dans la réalisation, lorsque certains aspects rythmiques, mélodiques ou harmoniques rappellent, dans une des pièces constitutives de l'œuvre, la présence d'un thème appartenant originairement à une autre pièce de la même œuvre (1). » Gomme toute modification, la modification cyclique peut porter plus particulièrement sur chacun des éléments de la musique : rythme, mélodie et harmonie.

Gomme nous ne faisons point, nous l'avons déjà dit, un cours de composition, nous Centrerons pas dans l'étude détaillée des moyens de variation cyclique. Nous dirons seulement que la modification subie par l'élément cyclique est de l'ordre le plus profond : c'est , en effet, le caractère même de cet élément qui est en jeu ici. Un simple rappel de

(1) V. d'Indy, Cours de composition musicale, t. II.

thème peut, évidemment, donner de l'unité à l'œuvre, mais il ne constitue pas, réellement, le thème cyclique, qui n'est pas simplement rappelé, mais transformé, dans son expression même.

Nous allons entrer dans l'examen des œuvres de cette dernière époquede la Sonate ; nous tâcherons de dégager surtout les particularités expressives, tant des auteurs que des œuvres, qui peuvent le mieux aider à pénétrer le caractère de la pensée qui les anime.

César Franck, né à Liège le 10 décembre 1822, vint à Paris en 1835, où il fut naturalisé français, et où il mourut en 1890.

Nous renvoyons ceux qui veulent pénétrer dans l'intimité si attachante de sa vie et de son œuvre à l'étude qu'en a faite celui qui fut son élève et notre maître : Vincent d'Indy.

Avec lui nous dirons qu'au point de vue musical, les œuvres de César Franck se distinguent par la « noblesse et la valeur expressive de la phrase mélodique », par 1' « originalité de l'agrégation harmonique » et par la « solide eurythmie de l'architecture musicale ».

Avec Paul Dukasnous admirerons « ces grandes constructions sonores où se complaît une pensée qui, pour s'exprimer toute, a besoin des amples périodes, du vaste espace qu'elles lui accordent», et « s'édifient d'elles-mêmes, ainsi qu'il sied, sous l'impulsion nécessaire de son développement ». Avec lui encore nous dirons : « C'est parce que, chez Franck, cette pensée est classique, c'est-àdire aussi générale que possible, qu'elle revêt naturellement la forme classique, et non pas en

vertu d'une théorie préconçue ni d'un dogmatisme réactionnaire qui subordonnerait la pensée à la forme (1). »

« Franck, dit d'Indy, ne considéra jamais cette manifestation de l'œuvre qu'on appelle forme, que comme la partie corporelle de « l'être œuvre d'art », destinée à servir d'enveloppe apparente à Vidée qu'il nommait lui-même « l'âme de la musique ».

« Son œuvre fut, comme celui de nos poètes de la pierre, de nos bons Français constructeurs de cathédrales, tout de splendide harmonie et de mystique pureté. Même lorsqu'il traite des sujets profanes, Franck ne peut se départir de cette conception ang-élique (2). »

L'œuvre de Franck ne comprend que deux Sonates, l'une pour orgue, l'autre pour jou/wo et violon.

La Sonate pour orgue dite Grande Pièce symphonique, en fa%, date de 1861. Elle est formée de trois mouvements, enchaînés l'un à l'autre comme autrefois la Sonate italienne.

1° Introduction, dont les éléments serviront au développement, et Allegro de forme Sonate : Exposition: Thème A, en fa # formant -première idée et pont. Ce thème cyclique reparaît dans l'œuvre.

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Thème B en la enchaîné au thème A.

Développement par le thème de Y Introduction et le thème A.

(i) Paul Dukas, Chronique des Arts, année 1904, n° 33. (2) Vincent d'Indy, César Franck.

Iïkex position normale : le thème de l'Introduction y sert de coda.

2° Andante-Ueà en si, d'une expression suave et tendre dont la seconde section, en si, sert de Scherzo;

3° Final commençant par une récapitulation des thèmes de l'œuvre qui semblent chercher parmi eux lequel devra conclure la Sonate. Bientôt s'élance triomphalement le thème cyclique alors en fa #, et se développant en entrées de Fugue jusqu'à la conclusion éclatante.

La Sonate pour piano et violon, en la, date de 1886. Elle est en quatre morceaux.

Cette Sonate est bâtie sur trois motifs générateurs spéciaux, successivement exposés, formant en quelque sorte la « charpente » mélodique de l'œuvre.

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