Cité parM. Guillois
Mme de Condorcet et son ami Fauriel, ancien secrétaire de Fouché, Ginguené, Thurot, Destutt de Tracy, De Gérando, Garat, formaient l’entourage intime de Cabanis. Mais en dehors des idéologues d’autres personnages, des médecins, des fonctionnaires fréquentaient Auteuil ou Meulan : Cambacérès, Barbier le bibliothécaire de l’empereur, Marie-Joseph Chénier, le poète Andrieux.
Durant cette longue période de quinze ans, de 1790 à 1805, Cabanis avait beaucoup produit, outre ses discours au conseil des Cinq-Cents. En 1795 c’est une Note sur le supplice de la guillotine qui paraît, de 1796 à 1797, Cabanis lit à l’Institut la première partie des Rapports du physique et du moral de V homme ; en 1797 il publie le Degré de la certitude de la médecine en 1799 les Considérations, sur V organisation sociale , en 1802 il termine
les Rapports. En 1804 il donne les : Coup d’œil sur les révolutions de la médecine ; en 1797 il traduit la mort d’ Adonis du poète grec Bion, différents morceaux de littérature allemande, une pièce de théâtre de
Gœtbe, Le cimetière de campagne, élégie du poète anglais Gray.
Ce labeur considérable, ses occupations politiques ne l’empêchèrent point de collaborer à différents journaux et surtout à la Décade philosophique , que Ginguené dirigeait au début pour l’abandonner d’ailleurs lorsqu’il fut nommé ambassadeur en Sardaigne. Il y avait de tout dans cette Décade : de la littérature, des mathématiques, de la philosophie, de la politique, même de la physiologie et de la médecine. Le monde des rédacteurs
était lui-même un peu mêlé. M. Guizot (1) ne leur a pas ménagé ses critiques : « il y avait à la Décade plus d’aisance que d’élévation, je ne sais quoi de méfiant, d’envieux, d’insociable, des haines de factions s’unissant aux préjugés de coteries, tous les ridicules des lettrés de province ». Aussi Sainte-Beuve s’étonne-t-il que Cabanis « si distingué par le ton et le talent » se soit rangé dans cette cohorte. Les articles qu’il publia dans la Décade sont nombreux ; tous ne sont pas signés, aucun n’a d’intérêt médical ; Cabanis collabora aussi au Magasin encyclopédique où parut tout d’abord la Note sur le supplice de la guillotine ; au Conservateur où travaillait aussi Garat, Talleyrand, Daunou et où lui-même traitait la littérature étrangère.
Nous avons dit qu’à l’Institut Cabanis lut, avant leur publication, les principaux chapitres de ses Rapports ; il fut chargé avec Rœderer et Tracy d’examiner les projets de pasigraphie ; il proposa de rédiger une bibliothèque universelle, route où, perdu dans l’immensité des livres, l’homme pourrait se retrouver. Ce fut à la demande de l’Académie qu’il écrivit l’éloge de Vicq d’Azyr. L’an IX, nommé commissaire pour l’organisation et la préparation du travail qui devait avoir pour objet de compléter le dictionnaire de la langue française, il refusa de faire partie de cette commission, alléguant la difficulté de la charge et la faiblesse de sa santé (2).