Archives nationales AD* XVIII
la Légion d’hônneur, après Brumaire il aurait pu s'approcher plus près encore du pouvoir, Cabanis préféra rentrer dans l’opposition qu’au Sénat formaient ses amis désabusés. De tous Volney était le plus violent, Garat le plus indécis, Destutt de Tràcy le plus pacifique, Daunou le plus spirituel; Cabanis fut le plus digne. Cette opposition stérile, sans fracas, jamais agressive, attendant peut-être son heure qui ne sonna qu’en 1813, Napoléon la dédaignait d’un mot : « Je n’aime pas les idéologues », et l’on ne sait en réalité si elle fut calme par dignité, par repentir ou par crainte. Le Sénat d’ailleurs ne compte pas dans l’histoire de l’Empire. Cabanis n’y joua aucun rôle. H garda l’illusion amoureuse du retour possible d’une république antique où seraient conciliées la perfection de l’ordre et la plénitude de liberté, et il s’enfonça plus avant dans son labeur physiologique.
Il y avait d'autres foyers d'hostilité à l’empire. Les idéologues dînaient ensemble tous les dix jours, rue du Bac et causaient bien entendu de politique et de philosophie. Plusieurs membres de ce dîner, Cabanis entre autres, dit Taillandier (mais le fait paraît douteux) (1), faillirent être compromis dans la conspiration de Moreau. Fouché, ministre de la police, fit comprendre qu’il fallait se résoudre à manger séparément, lis obéirent.
Les idéologues se retrouvaient enfin à l’Institut. La
1, Taillandier. Cité par M. Picavet.
seconde classe, celle des sciences morales, les comprenait presque tous parmi ses membres. Différentes manifestations déplurent à Napoléon, il résolut de changer l’organisation de l’Institut et d’éliminer certains d’entre eux. Le 3 pluviôse an XI il supprima purement et simplement la classe des sciences morales. Cabanis passa à la classe de langue et de littérature ; il y remplaçait l’abbé Maury, Daunou, Grégoire, Ginguené, De Gérando trouvèrent également grâce ; ils entrèrent à la troisième classe. D’ailleurs Napoléon méprisait les idéologues moins qu’il voulait le laisser supposer.il ne dédaignait pas les discussions théologiques avec Laplace, Monge et surtout Cabanis (1). Le brillant causeur qu’était ce dernier dut plus d’une fois tenir en échec l’homme de guerre. D’après la tradition et l’histoire locale limousine, (2) Napoléon aurait même dit: « Quand je suis bien portant je ne voudrais d’autre médecin que Cabanis, mais quand je suis malade je préfère Boyer. » L’anecdote n’a pas de vraie source. Mais si Napoléon aimait la fréquentation des philosophes, on l’a vu, il n’aimait guère leur indépendance d’esprit. Les idéologues se trouvèrent dispersés et ne purent désormais se rencontrer qu’à Auteuil où Cabanis continuai t à recevoir et encore y fit-on moins de politique que de philosophie. « Dans notre retraite, écrit Cabanis à Dumont le directeur de l’envoi des lois, que des ardélions politiques calomnient