‹ Quelques Observations d'Interventions chirurgicales chez les HémophilesChapitre 36 sur 42 · MOULE · texte numérisé non relu

MOULE

jonctivale dans l’angle externe. La vision est diminuée mais persiste cependant un peu.

Le malade affolé consent à perdre un œil, mais supplie qu'on ne le laisse pas devenir aveugle.

Dans la région sous-maxillaire le plancher buccal est déformé, globuleux, tendu, dur et douloureux.

La langue rejetée en haut, appliquée contre la voûte palatine, sort en partie de la bouche qui ne peut être fermée. La muqueuse du plancher est noire.

Le malade peut à peine parler, la déglutition est impossible, la salive s'écoule hors des lèvres entr'ouvertes.

Peu de fièvre : 38.

Ces deux hémorragies semblent contemporaines, sans précession de l’une pour l’autre.

Devant cet état inquiétant, on pratique aussitôt une transfusion de 225 cmc. de sang (groupe IV), une injection de un centigramme de morphine, et on applique des compresses de sérum physiologique sur les deux yeux.

Le 21 décembre, l’état est moins inquiétant.

La tuméfaction de l’œil droit a diminué, les paupières s'entrouvrent, la vision est redevenue normale.

Du côté gauche, l'exophtalmie est toujours considérable. La conjonctive est complètement décollée et laisse suinter une sérosité sanguinolente. Les paupières sont tuméfiées, la perception de la lumière est conservée.

L'hématome du plancher buccal a cessé de progresser.

La langue peut être mobilisée, la paroleet la déglutition sont possibles.

Le 22 décembre, grande amélioration. L’hématome buc-

cal est en voie de résorption, Le malade peut parler et s’alimenter.

L'œil droit n’est plus que rougeâtre. Les paupières ne sont plus tuméfées. La vision est normale.

L'évolution est moins favorable du côté de l'œil gauche. L'exophtalmie est toujours marquée, les paupières toujours noirâtres et gonflées ; en outre une petite ulcération commence qui décolle les tissus au niveau de la cornée transparente et laisse exsuder une sérosité sanguinolente.

Le D" Magitot propose de pratiquer une tarsorraphie : 3 points de suture sont mis entre les deux paupières. L'opération a lieu sans hémorragie.

Au bout de deux jours, le 24 décembre, les fils sont retirés. ;

L'ulcération a diminué, il n’y a plus d'écoulement sanguinolent. Le globe oculaire gauche est rentré dans l'orbite. Tout est normal à droite, sauf des taches ecchymotiques des paupières. La vision a reparu, non seulement pour la lumière, mais pour les formes.

Le 27 décembre, tout est rentré dans l’ordre.

Il n’y a plus de trace de l’hématome buccal.

A droite, la vision est normale. Il n’y a plus qu'un peu de rougeur conjonctivale, et à gauche des traces de l’ulcération cornéenne.

Le malade quitte le service le 4 janvier 1927.

Il a été suivi et n’a plus eu d'accidents oculaires. Quelques hématuries se sont encore produites.

Le 17 novembre 1928, le D' Magitot donne l’examen suivant :

©. D. : normal, acuité visuelle normale.

O. G : taie paracentrale de la cornée donnant un astigmatisme irrégulier qui abaisse l’acuité visuelle à 5/10.

Fond d’œil normal.

HOT Un examen de sang montre :

Un temps de saignement de 7’, 15’, #.

Une coagulation plasmatique en 7 heures avec rétrac-

tion normale du caiïllot blanc et sérum normal.

Hémarthroses hémophiliques.

Les hémarthroses nous apparaissent comme la plus fréquente des hémorragies hémophiliques et sont caractéristiques de la grande hémophilie.

Elles ne surviennent pas dans les cas légers, où le retard de coagulation ne dépasse pas une heure.

Elles sont une complication grave parce qu'elles peuvent faire des infirmes des malades dont elles ankylosent les membres en position vicieuse.

Aussi doit-on s’efforcer, par un traitement sérique continu (injection sous-cutanée de 20 cmc. de sérum sanguin tous les mois) d'éviter le retour des hémarthroses spontanées, et peut-être même aussi traumatiques.

En ce qui concerne le traitement des hémarthroses hémophiliques, soulignons tout d’abord le danger de la ponction, même suivie de l'injection intra-articulaire de sérum sanguin.

Quel que soit le degré de la distension synoviale, on ne doit jamais ponctionner ces épanchements sanguins. L’hémorragie se reproduit aussitôt plus abondante.

L'observation que nous rapportons ci-après en est

un exemple.

NP TES Le traitement comprendra essentiellement :

19 l'immobilisation pendant une dizaine de jours en bonne position dans une gouttière plâtrée. Cette immobilisation et le repos calmeront les douleurs ;

20 l'application d’une vessie de glace à demeure sur l’articulation ;

3° enfin une transfusion qui arrêtera les progrès

de l’épanchement sanguin.

Sous l'influence de ce traitement, on voit le gonflement articulaire diminuer, puis disparaître en quelques jours. L’articulation retrouve peu à peu ses mouvements, et la mobilisation et la reprise de la marche réferont bientôt les muscles.

Ainsi les séquelles seront-elles évitées et pourrat-on obtenir la guérison.

J... André, 19 ans.

Hémophile sporadique suivi par le D' P.-E. Weil depuis mai 1930 et dont nous avons déjà parlé à propos de la chirurgie dentaire.

Le 14 mai 1930, le malade entre dans le Service du D: P.-E. Weil, envoyé de l’Hopital Saint-Louis pour un gros genou.

Le début de l’aftection remonte au 7 mai. Subitement, sans aucun traumatisme, dans la nuit, le malade est réveillé par une douleur et de la tension dans le genou

gauche. La veille il aurait eu un étourdissement, sans perte de connaissance.

Le 8 mai, les douleurs étant très violentes, la marche impossible, le malade entre à Saint-Louis.

Une ponction du genou ramène du sang.

On place alors un bandage serré autour de l’articulation, mais le pied se cyanose et oblige à enlever le bandage.

Aussitôt après, la tuméfaction et les douieurs reparaissent.

Le malade est passé à Tenon le 14 mai.

A l'examen, le genou gauche est énorme, distendu, surtout sur sa face antérieure, avec une ecchymose sur sa face antéro-externe et à l’orifice de ponction.

Le reste de 1a peau est lisse, blanc, avec circulation collatérale.

La tumeur a une forme ovoide, allongée de haut en bas.

Le tour du genou est de 47 cm.

Le tour du mollet est de 27 cm.

Le tour de la cuisse est de 40 cm.

Elle est chaude, tendue, dure, indolore.

Le reste du membre est normal.

Il existe quelques petits ganglions inguinaux indolores.

Le malade est très pâle; le pouls est régulier à 128, la

température à 380.

Examen du sang :

T. C. : Début en 3 h. 22, fin en 4 h. 15 après sédimentation de moitié.

Rétraction 1aible. Sérum normal.

Signe du lacet : négatif. B.-W. = 0.

G.R. : 3.790.000 H25.00 G. B. : 18.300 NE G 2OÛS: KR. Depardieu ô

ge

Le DORE

Evolution : le 14 mai, on met le genou dans un plâtre avec volet antérieur.

Le 15, transfusion de 300 emc. (groupe IV) bien supportée.

Le 16, le genou s’est amélioré, il est moins chaud, moins

tendu, indolore ; l’ecchymose est plus diffuse, jaunâtre.

Examen du sang (24 h. après la transfusion) :

T. C. : Après sédimentation d’1/3.

Coagulation plasmatique :

1% tube : Début en 28, fin en 58,

2e tube : Début en 37/, fin en 1 h. 18.

Bonne rétraction. Sérum normal.

Le 18, poussée thermique à 40°5.

Le genou est douloureux. Le malade est très pâle.

Le 20, nouvelle transfusion de 300 cmc.

Examen du sang (avant la transfusion).

T. C. : Après sédimentation de moitié.

Coagulation plasmatique en 3 h. 45 et 4 h. 15.

G. R. : 3.180.000 H. : 50 G. B. : 18.300 AUATEE 0,8.

(6 h. après la transfusion) :

T. C. : Début en 1 h. 35, fin en 3 h. 35.

Sédimentation moins importante.

Dansles jours qui suivent, amélioration très nette.

Le 23 mai, examen de sang :

G. KR. : 3.360.000 H::::50 G. B. : 22.800 Ve iG POS

Le 24 mai, le plâtre devenu trop grand est changé. Le 26 mai, bon état général, teint normal; genou mou et indolore.

G. R. : 4.180.000 H. : 60 G. B. : 12.300 NE GR TS Le 20 juin, on enlève le plâtre.

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