Louis, loc. cit
de manière que les malades qui sont saignés dans les quatre premiers jours de l’affection, guérissent, toutes choses égales d’ailleurs, quatre ou cinq jours plus tôt que ceux qui sont saignés plus lard.
Il nous est donc permis, d’après cet ensemble d’observations, de conclure que la guérison est plus prompte et plus complète par les saignées. Quant à la convalescence, elle n’est pas non plus rendue pénible et traînante par ce mode' de traitement. C'est qu’en effet la quantité de sang retirée n’est pas très considérable ; deux ou trois saignées seulement sont pratiquées, au lieu de quatre, cinq et davantage, comme dans la méthode de Bouillaud qui avait le grave inconvénient d’empêcher pendant longtemps le retour des forces à leur intégrité. On sait en outre par les recherches de M. Quinquaud que la pneumonie n’est pas une maladie aussi anémiante que beaucoup d’autres affections aiguës, par exemple le rhumatisme articulaire aigu ; le taux de l’hémoglobine et le chiffre des matériaux solides sont loin de s’abaisser autant qu’on le croirait tout d’abord. Enfin la réparation du sang se fait très vite ainsi que l’ont montré les belles recherches de M. le professeur Hayem. Il y a, en effet, à un certain moment, après toute perte de sang, une augmentation dans le nombre des hématoblastes ; on assiste toujours, après des saignées uniques ou coup sur coup, à une crise hématoblastique qui accompagne ou suit de près le minimum des globules rouges ; le nombre des hématoblastes se met à doubler ou même tripler, pour redevenir peu à peu normal à mesure que se fait la production de nouveaux globules rouges. La réparation sanguine est donc rapide, et d’autant plus, est-il besoin de le dire,
qne les conditions dans lesquelles se trouve l’organisme au moment de l’ouverture de la veine sont meilleures ; il faut en effet qu’il soit capable de réparer à la fois les désordres produits par la maladie et ceux que causeront les émissions sanguines elles-mêmes.
Enfin, comment expliquer l’influence des saignées sur le processus de la pneumonie? Est-ce par les modifications de la fibrine que les phlébotomistes d’autrefois croyaient obtenir? Non, ce n’est là qu’un point secondaire, disent MM. les professeurs Hardy et Hayem. Mais c’est en agissant sur toutes les grandes fonctions, c’est, en modifiant la
pression sanguine, la répartition du liquide nourricier dans
les organes, le rythme respiratoire, la calorification ; d’où ces perturbations dans les échanges nutritifs qui prouvent que leur influence s’étend jusqu’à la vie organique la plus intime. Une partie de ces effets se rattachent d’ailleurs incontestablement à des altérations matérielles du sang; abaissement du chiffre des globules, de l’hémoglobine et de la quantité d’oxygène mise en circulation (Hayem).
M. Fonssagrives (1) s'exprime aussi de cette manière : « Sans doute les saignées pratiquées pour une inflammation locale n’agissent pas seulement en diminuant la plas** ticité et les propriétés stimulantes du sang que reçoit le réseau capillaire de la partie enflammée; l’économie est intéressée tout entière dans l’action de ce moyen comme elle est intéressée tout entière dans la lésion contre laquelle on l’emploie, et la dépression de la vitalité générale ne peut qu’être favorable à l’atténuation de l’orgasme local luimême. »