CONCLUSIONS
Nous croyons qu’il est à peine besoin de formuler des conclusions, car elles se dégagent facilement et presque d’elles-mêmes de l’ensemble de notre travail. Nous avons vu l’utilité des saignées coup sur coup par leur action sur les principaux symptômes de la pneumonie, et particulièrement sur la disparition rapide de l’exsudât pulmonaire ; par le changement bien plus prompt qu’on obtient de l’état anatomique du poumon, on diminue d’autant les chances d’extension de la maladie. C’est donc à tort que le médecin hésite maintenant à se servir d’une méthode dont on a évidemment trop abusé autrefois, mais qu’on peut employer dans de certaines limites et avec avantage réel lorsqu’on se trouve en présence d’un malade placé dans les conditions sur lesquelles nous croyons avoir suffisamment insisté.
Observation I
Service de M. le professeur Hardy. Hôpital de la Charité. Pneumonie lobaire du côté gauche traitée par les saignées coup sur
coup. Guérison.
Cuisinier Adolphe, âgé de 37 ans, jardinier. Entré le 8 janvier 1883, salle Saint-Charles, lit n° 2.
Bonne constitution et bonne santé habituelle. Il aurait eu en 1869 une pneumonie qui dura de 28 à 30 jours et qu’il soigna chez lui ; en 1879, une seconde pneumonie, traitée à Lariboisière.
Le 4 janvier, à la suite d’un refroidissement, ce malade a été pris dans la journée d’une série de petits frissons, d’un malaise général, de céphalalgie frontale et de fièvre ; il a eu aussi quelques vomissements ; dans la soirée, il est survenu de l’oppression, de la toux, avec une expectoration rougeâtre, et une douleur vague dans les côtés ; il a cessé tout travail dès ce jour. Le 5 et le 6 au matin, deux épistaxis. État â peu près le même qu’avant.
Le cinquième jour, se sentant plus souffrant, il se décida à entrer à l’hôpital. Voici les principaux symptômes et signes physiques constatés.
8 janvier soir. — Aspect fébrile, yeux brillants, faciès coloré. Dyspnée, 32 respirations, pouls 116, température 38°, 8.
Percussion, matité dans les deux tiers postérieurs et inférieurs du poumon gauche.
Auscultation. — Poumons . Souffle bronchique intense au niveau
de la région axillaire gànche, râles crépitants fins, bronchophonie ça et là, râles ronflants.
A la base gauche, en arrière, absence de murmure respiratoire et de vibrations thoraciques.
Cœur. Battements précipités, normaux.
.Rien du côté des autres organes.
Toux grasse, facile. Expectoration assez abondante et caractérisée par des crachats visqueux, formant une masse cohérente, en partie aérés, transparents, rougeâtres et adhérant au fond du vase.
Les urines renferment de l’acide urique en excès et un peu d’albumine.
9 matin. — Temp. 40°, P. = 112, est large, régulier. R. = 30. Pas de point de côté ; il est à remarquer qu’il n’en a pas eu. Poitrine normale ; pas de dépression sus ou sous claviculaire exagérée.
Examen de la poitrine. En avant : vibrations et sonorité normales. Râles sibilants à gauche, respiration normale à droite.
En arrière, à gauche, matité dans toute l’étendue du poumon. A l’auscultation. Tiers supérieur : souffle bronchique faible à l’inspiration, bronchophonie légère; quelques râles fins crépitants pendant la toux. Les signes sont plus accusés du côté de la région axillaire. A la base de ce même pounvon, absence du murmure respiratoire et des vibrations thoraciques.
Pas d’abattement, intégrité des fonctions intellectuelles. Sueurs abondantes, principalement sur le visage. Urines assez foncées, contiennent de l’acide urique en excès et de l’albumine.
Traitement. — Saignée générale de 400 grammes le matin, tisane pectorale, julep gommeux.
Soir. Une seconde saignée de 400 gr. est pratiquée. Temp. 40°,8 avant la saignée, 41°, 8 une demi heure après la saignée, 32 respirations par minute ; le pouls bat 96.
10 Matin. — Temp. 39°, 8, pouls 84, respiration 30. Transpiration abondante ; le malade se sent mieux. Crachats liquides, peu sanglants.
Râles sibilants à gauche et en avant; rien à droite. La matité a
Mathelia
diminué dans le poumon gauche où les râles sibilants et crépitants sont moins nombreux ; le souffle bronchique est moins intense et se constate seulement au niveau de la région axillaire gauche. Pas de bronchophonie.
Les urines ne renferment plus d’albumine.
On fait une troisième saignée de 2o0 grammes environ. Soir, Epistaxis de 100 gr. environ.
Temp. 37°, 4, pouls 68.
Le malade se sent très bien.
11 matin. — La troisième saignée donne un caillot fibrineux avec de la couenne absolument semblable aux deux premières saignées.
Temp. 37°, pouls 68.
Le malade n’éprouve aucun malaise, tousse moins, crache rarement et n’aurait pas toussé la nuit. Etat général excellent.
Auscultation. — En avant, plus de râles dans le côté gauche. En arrière, sonorité normale dans les deux poumons ; légère submatité seulement à gauche et en bas. Vibrations normales.
On perçoit la respiration légèrement affaiblie en arrière, de haut en bas ; mais du côté de l’aisselle, on constate encore un point légèrement soufflant et quelques râles crépitants fins.
Soir. — La percussion de la poitrine donne de la sonorité partout. En arrière et à gauche, au niveau de la région axillaire et sur la ligne axillaire, on entend du souffle bronchique, quelques râles crépitants et sous-crépilants fins. Pas de bronchophonie. Crachats muqueux aérés.
Temp. 37°, 2, pouls 60.
12 Matin. — Dans l’aisselle gauche seulement et au sommet de cette région existent encore quelques râles crépitants, mais sans souffle. Crachats muqueux.
Temp. 36°, 8, pouls 60.
Guérison le 13.
'Observation II
Service de M. le professeur Hardy. Hôpital de la Charité. Pneumonie lo-
haire double traitée par les saignées coup sur coup et le tartre stibiè. — ■
Guérison.
Touillet Catherine, âgée de 26 ans, cartonnière. Entrée le 22 janvier 1883, salle Sainte-Anne, lit n° 5.
Bonne constitution et pas de maladie antérieure. Réglée à 10 ans, elle a toujours vu régulièrement.
Le 19 janvier. — Pendant qu’elle travaillait à son atelier, elle quitta son gilet de flanélle parce qu’elle avait trop chaud, et ne le remit pas pour sortir. Arrivée dans la rue, elle fut saisie par le froid, ét ressentit un frissonnement. Elle dîna cependant avec assez d’appétit, mais sur les huit heures du soir, elle eut un frisson violent, prolongé qui dura jusqu’à neuf heures avec un redoublement sur les huit heures et demie. A ce moment, elle eut un vomissement alimentaire et bilieux, et elle éprouva dans le côté gauche, sous le sein, une douleur assez vive qui augmentait pendant les inspirations. Insomnie la nuit et céphalalgie.
Le 20/ — Nouveaux vomissements. Inappétence. Toux sèche. Un médecin consulté prescrivit une potion (?) ainsi qu’une pommade pour frictionner le point douloureux.
Le 21. — Toux plus violente, plus pénible et crachats rouges comme du sang.
Le 22. — Dyspnée, toux fatigante, crachats rouillés. La malade entre à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. le professeur Hardy.
Soir. — Fièvre intense. Temp. 40°, 5, pouls 120.
Oppression légère, toux pénible, quelques crachats visqueux, colorés, adhérant au vase.
Poumon, gauche en arrière, matité. Souffle tubaire, râles crépi-
tants à l’auscultation, bronchophonie. A la base gauche, diminution de l’inspiration et des vibrations thoraciques.
Rien à droite. Les autres organes sont sains. Éruption d’herpès labialis.
23. — Matin. — La malade a la pommette gauche plus colorée que la droite. Vésicules d’herpès à la commissure labiale droite. Respiration gênée, 36 par minute. Toux pénible, éclatante. Expectoration difficile, crachats légèrement teintés, un peu bruns, visqueux, transparents, aérés, adhérant au fond du vase. Point de côté à gauche.
Temp. 39°,6, pouls 116.
Examen de la poitrine. Rien en avant. En arrière, à gauche, douleur à la percussion. Submatilé dans les deux tiers inférieurs. Vibrations thoraciques augmentées dans le tiers moyen.
Auscultation. — Depuis l’épine de l’omoplate jusque vers la base du poumon gauche, souffle masqué par des râles crépitants, ressemblant à un froissement pleural. A la base, la respiration ne s’entend presque pas. Rronchophonie très marquée dans le tiers moyen.
Rien du côté droit.
Pas de céphalalgie. Langue saburrale, humide. Constipation ; inappétence.
Urines rares, albumineuses, disque d’acide urique.
Temp. 39°, 6, pouls 116.
Traitement. — Saiguée de 400 gr.
Une heure après la saignée, le pouls est à 104 et la température à 39°, 8.
Soir. — 5 ventouses scarifiées à gauche. Julep gommeux a$ec sirop diacode 15 gr.
Dans la journée, la malade a eu moins de dyspnée et a beaucoup moins toussé. Le soir, disparition du point de côté après l’application des ventouses, mais sur les minuit, il se montre du côté droit. Insomnie.
Temp. 37°, 2, pouls 108.