CHAPITRE II
Nous Tenons de voir combien de vicissitudes a présentées l’emploi de la saignée dans le traitement de la pneumonie ; exclusives d’abord, les émissions sanguines furent ensuite progressivement délaissées. A quoi peut-on attribuer un tel revirement? Doit-on admettre que la pneumonie a changé de caractère, que les constitutions médicales ou individuelles ont subi de profondes modifications? Non sans doute, et c’est plutôt le caractère exclusif de la saignée comme traitement de la pneumonie et l’abus qu’on en a fait pendant de longues années, qui ont été cause de son discrédit. Il est certain pourtant que si la valeur des diverses médications est contestable en tant que méthodes exclusives, elles trouvent les unes et les autres leurs indications. La saignée a évidemment les siennes, et s’il est vrai que la détermination de ses usages thérapeutiques ne soit encore le plus souvent qu’une affaire de pur empirisme, parce que nous connaissons encore trop peu la physiologie pathologique des maladies contre lesquelles on a préconisé la saignée, nous sommes pourtant déjà en possession de notions assez solides sur son rôle pour qu’il nous soit permis de les utiliser comme un guide utile bien qu’imparfait. Les faits sont là aussi qui parlent assez haut, et on peut essayer de se guider à l’aide de ces faits (1).
1. Voir l’article saignée de Ballet dans le dict. de méd. et chir. pratiq.
L’expérience montre que la saignée fait bien, donne de bons résultats dans telle ou telle affection, ou mieux dans telle ou telle variété d’affection, et pour le sujet actuel, dans certaines pneumonies. C’est qu’en effet dans cette maladie, il faut considérer non seulement la lésion, mais la maladie et le malade, savoir si la maladie est primitive ou secondaire et si elle évolue chez un individu robuste ou déjà affaibli. En d’autres termes, ainsi que l’exprime si bien M. le professeur Peter, « il n’y a pas une pneumonie, mais des pneumoniques, réagissant chacun à sa façon contre la maladie générale avec lésion pulmonaire ; la maladie générale est de beaucoup plus importante que la lésion locale. » 11 en résulte que la saignée ne peut s’adresser indifféremment à tous les cas de pneumonie. Voici dans quelles conditions et de quelle manière l’emploie M. le professeur Hardy. Les émissions sanguines sont utiles, dit notre éminent maître, à condition qu’on ne dépasse pas un certain temps et qu’on ne les pratique pas au-delà des limites raisonnables ; il faut de plus qu’on ait affaiie à une pneumonie franche et primitive, développée chez un jeune sujet, bien portant, fort, vigoureux, âgé de plus de quinze ans, n’en ayant pas soixante. Enfin la maladie ne devra présenter ni la forme ataxique, ni la forme adynamique et n’avoir pas atteint la période d’hépatisation grise. Dans ces conditions, j’ai l’habitude, dès le début de la maladie, de pratiquer les émissions sanguines répétées. Mais au lieu de faire quatre ou cinq saignées générales, comme le recommande Bouillaud, je me borne à en faire deux ou trois, que je pratique coup sur coup pour ne pas donner au sang le temps de se refaire, et je les fais suivre d’une sai-
gnée locale. Certes, par un pareil moyen, on ne jugule pas la maladie, mais on assure la guérison et on la fait plus prompte et plus complète (1). »
Les émissions sanguines doivent être proscrites chez les enfants, car chez eux la pneumonie guérit toute seule ; en effet le mémoire de Barthez, lu à l’Académie de médecine en 1862, ne cite que 2 cas de mort sur 212 enfants âgés de deux à quinze ans, atteints de pneumonie et traités à l’expectation. En outre, l’anémie qui en résulterait serait très longue à guérir ainsi qu’on l’a vu maintes fois à la suite de pertes sanguines accidentelles et pas très considérables ; de plus, la saignée générale est non seulement difficile à pratiquer chez eux, mais elle est fréquemment suivie de collapsus ; enfin, ils ont besoin, pour croître, de tout leur sang, de tous leurs globules, véhicules de l’oxygène (2) (G. Sée). En tout cas si on recourt à la saignée chez les enfants, ce sera seulement dans des cas exceptionnels, et lorsqu’on aura affaire à des sujets particulièrement robustes et sanguins, et encore dans ce cas l’application des sangsues devra-t-elle être presque toujours préférée à la saignée générale.
Quant aux pneumonies secondaires qui prennent naissance dans le cours ou au déclin de certaines maladies générales, il est évident qu’elles ne devront pas être traitées par les émissions sanguines, car, «omme le dit Broussais lui-même « la force est nécessaire à la résolution d’une inflammation, c’est ce qu’on -ne saurait mettre en doute . » En effet, chez les brightiques par exemple, on