Article Pneumonie du Dicl. de méd. et de chir. pratiq
méthode des saignées coup sur coup sur la résorption de l’exsudât ; examinons auparavant l’influence de la phlébotomie sur les principaux symptômes de la maladie.
Le 'point de côté disparaît, mais grâce surtout à la saignée locale, aux ventouses (malade de l’obs. II). Les deux autres malades n’en souffraient plus ou presque plus; c’est qu’ils étaient entrés à l’hôpital, surtout le premier, à un moment où d’ordinaire la douleur a disparu. On sait en effet que le point de côté présente sa plus grande violence dès les premiers moments de son apparition ; puis il va en diminuant jusqu’au troisième ou quatrième jour, où il disparaît. Il appartient donc essentiellement à la période d’ascension (Jaccoud).
Le pouls diminue de fréquence ; c’est ce que nous avons observé chez nos malades, surtout chez celui de l’observation III ; de 140 avant la deuxième saignée, les pulsations sont tombées à 108 après. Mais c’est surtout dans l’état que les anciens ont appelé l’oppression des forces, caractérisé par un pouls filiforme, très dur, impossible à effacer, tandis qu’au contraire le mode fonctionnel du cœur est énergique et régulier, que la saignée est utile ; le pouls devient à la suite plus ample et plus fort ; il se relève. « Cette petitesse du pouls, dit M. le professeur Jaccoud, tient tout simplement à la vicieuse répartition du sang dans les deux cœurs ; le cœur gauche et les artères sont relativement peu remplis, et quand bien même l’impulsion cardiaque est forte, le pouls est petit, parce que l’ondée est peu volumineuse, et que sa progression est entravée par la surchargeveineuse. » Dans ce cas alors la saignée aura pour effet de soulager le cœur droit, de faciliter l’action du ventricule
gauche et de régulariser par suite la circulation artérielle tout entière.
La température est influencée par les saignées, le fait est hors de doute. Traube, qui a fait de nombreuses recherches.sur l’évolution de la température dans les maladies, a constamment observé la diminution de la chaleur fébrile, et Maurice (1) consigne les mêmes résultats dans sa thèse. Nous la voyons baisser chez nos malades, et surtout chez celui qui est atteint de pneumonie du sommet (obs. III) où l’on observe, on le sait, une élévation considérable de la température. Ainsi le 7, la température qui était de 41° avant la seconde saignée tombe après à 39°, 8. La rémission est surtout apparente le soir de l’emploi de la phlébotomie; aussi la température au lieu de dépasser celle du matin comme c’est la règle, lui est égale ou inférieure (obs. Il, 23 janvier) ; il y a donc rémission au lieu de paroxysme. Mais on sait aussi que l’effet consécutif à une seule saignée n’est ordinairement que passager, et que la température remonte, quelquefois assez rapidement au chiffre primitif, ou même le dépasse ; on le constate en effet dans nos observations. Ainsi le deuxième malade qui le 23 janvier au soir avait 39°, 2 après la première saignée a le lendemain matin une température beaucoup plus élevée 40°, 6. De même pour le troisième malade, chez lequel le 7 février au soir la température dépasse celle du matin, après une saignée de 400 grammes. Le lendemain 8, le même phénomène se reproduit ; de 39°, 6 le matin, la température remonte le soir à 40°, même après la troisième saignée. Mais
1. Des modifications morbides de la température animale dans les affections fébriles. Th. Paris, 1855.
le lendemain matin, la température est inférieure pour continuer ensuite à décroître. Il est donc nécessaire pour maintenir le résultat obtenu de recourir de nouveau à l’ouverture de la veine, et c’est à quoi on arrive par les saignées coup sur coup.
On s’explique du reste l’hypothermie par ce fait que grâce à la saignée, le chiffre des globules rouges diminue, et la dilution du sang s’accentue progressivement et rapidement pendant les heures qui suivent la saignée (Hayem). Or, comme c’est justement par l’hémoglobine que se condense dans le sang l’oxygène de l’hématose, il est naturel de rapporter à l’hypoglobulie et par suite à la diminution de la quantité d’oxygène la principale part d’influence dans l’abaissement des combustions organiques et de la température.
Enfin nous avons remarqué (Ohs. I et III) l’élévation de la température qu’on observe quelquefois peu de temps après une saignée. Dans le premier cas en elfet, la température monte de 40°, 8 à 41°, 8, une demi heure après la première saignée, et dans le second, de 39°, 8 à 40°.
Quant à la dyspnée, la saignée est un excellent moyen pour l’amoindrir, et elle produit souvent ce résultat d’une manière très rapide. « Elle soulage merveilleusement le symptôme le plus pénible de la pneumonie, dit M. le professeur Jaccoud, et, si l’on répète le remède à mesure que le mal se reproduit, on peut ainsi donner au patient le bénéfice d’un soulagement durable, grâce auquel il traverse plus paisiblement les phases naturelles de la maladie. » « A mesure que le sang coule, dit encore Andral, on observe ordinairement un amendement notable des symptô-
mes ; la respiration surtout devient plus libre. » Notre malade de l’obs. Il a eu la respiration plus facile à la suite de la première saignée ; quant au troisième, ce n'est qu’aprèsla troisième émission sanguine qu’il a senti la dyspnée diminuer d’une manière sensible et durable ; les mouvements respiratoires sont tombés alors de quarante-cinq à trente par minute. Cette facilité plus grande de la respiration qui devient en même temps plus profonde est, pour les uns, vraisemblablement sous l’influence de l’excitation anormale du centre respiraioire bulbaire, agissant comme l’excitation artificielle du pneumo-gastrique. Pour M. le professeur Hardy, les saignées répétées en ne donnant pas au sang le temps de se refaire, en diminuent évidemment la masse et la tension vasculaire; elles doivent donc naturellement faciliter l’hématose. Ce n’est pas tout ; le poumon qui dans la pneumonie est le siège d’un afflux de sang considérable, recevant en un temps donné une quantité de sang moindre, peut se reposer, et par ce fait encore que son activité fonctionnelle devient moindre, l’hématose se fait mieux. Les saignées abondantes, dit de même Andral, n’agissent pas seulement comme dans toutes les autres inflammations ; elles ont de plus l’avantage de diminuer directement la quantité de sang qui dans un temps donné doit traverser le poumon pour y être soumis au contact de l’air ; elles diminuent donc l’activité de ses fonctions, et concourent de cette manière à guérir la pneumonie, de même qu’on guérit une ophthalmie en s’opposant à l’exercice de la vision, et un rhumatisme en prescrivant le repos.
C’est surtout dans certaines formes de pneumonie, comme
la pneumonie rhumatismale, s’accompagnant dans l’espace de quelques heures d’une dyspnée allant jusqu’à la suffocation, qu'on obtient un merveilleux résultat de l’emploi d’une saignée. Tel le malade dont parle M. le professeur Peler (1) qui avait 68 respirations par minute, et 48 seulement après une saignée de quatre palettes.
On sait aussi que le tissu qui entoure le noyau de pneumonie est le siège d’une congestion, plus ou moins étendue et que le poumon du côté opppsé est souvent atteint luimême d’une hyperémie résultant des troubles de la circulation dans les vaisseaux du poumon affecté ; c’est ce qui a été noté par Woillez chez 31 malades sur 40 atteints de pneumonie aiguë simple. Il peut en résulter des phénomènes plus ou moins intenses qui viendront encore s’ajouter à la gravité de la pneumonie. La saignée dans ce cas agit encore efficacement, mais l’explication de son action diffère ou est même presque impossible à donner dans l’état actuel de nos connaissances, selon qu’on fait rentrer cette congestion dans le groupe des congestions ■ mécaniques, passives, ou au contraire dans celui des congestions actives, déterminées par une influence du système nerveux sur les vaisseaux. On peut en effet admettre avec M. Vulpian (2) que la congestion qui existe autour du foyer d’hépatisation est produite par une sorte d’action réflexe dont le point de départ est le foyer d'inflammation, et qui aboutit par voie nerveuse à la dilatation des petites artères et des capillaires de la région congestionnée.
Enfin un phénomène important que nous avons noté à
* \. Clinique médicale T . 1.