‹ Quelques observations pratiques recueillies à la Clinique chirurgicale de l'Université impériale de KharcoffChapitre 4 sur 6 · DÉVELOPPÉ SUR LE MAXILLAIRE ; ABLATIOR ; GUÉRISON · texte numérisé non relu

DÉVELOPPÉ SUR LE MAXILLAIRE ; ABLATIOR ; GUÉRISON

Un paysan de la Pelite-Russie, âgé de 58 ans, et d’une conslitution détériorée par le travail, qui, dès son enfance, avait, à la suite de la petite-vérole, perdu l’œil droit, vint dans l’année 1839 à notre clinique pour se faire traiter d’une tumeur qui le menaçait de lui faire perdre l’usage de l’œil gauche. Cet homme avait reçu, six ans auparavant, un coup de corne qui lui avait effleuré la joue : des douleurs vagues se firent sentir de temps à autre en cet endroit, et un an plus lard il s’aperçut d’une élévation qui, augmentant successivement et lui causant une sensation pénible, avait acquis le volume actuel.

On voit sur la partie latérale gauche de la face une tumeur à-peu-près ovoïde, qui de la tempe s’étend jusqu’à l’angle de la bouche, et du côté du nez, jusqu’à peu de distance du méat auditif. Les limites de cette tumeur sont tracées par une ligue courbe qui, partant de l’angle gauche de la bouche, se porte à l’aile gauche du nez, longe le coté de cetorgane, s’en écarte au tiers supérieur, pour s’incliner vers la moitié du pourtour inférieur et externe de l’orbite, jusqu’audessus de l’extrémité du sourcil, puis descend dans la direction du méat auditif, pour revenir à l’angle de la bouche.

Les organes qui sont placés sur les limites de la tumeur ont souflèrt un léger déplacement : la lèvre supérieure et l’angle gauche de la bouche sont refoulés en bas ; le lobe du

liez est poussé vers le côté opposé, cl son aile est appliquée à la cloison; la paupière inférieure, la coininissure palpébrale externe et l’exirémiié du sourcil sont poussées eu haut, et attirées en dehors, de sorte que la fente palpébrale est très oblique de dedans eu dehors et de bas en haut, et les paupières peuvent à peine être entr’ouveries ; l’œil est caché dans le fond de l’orbite, mais ses fonctions sont normales.

La peau qui recouvre la tumeur est saine, mobile; sur le bout inférieur, le réseau veineux est plus manifeste, ce qui donne à ce bout un teint vineux. La tumeur est immobile , ses parois sont osseuses, mais à son bout inférieur, où la teinte delà peau est modifiée, elle présente une certaine élasticité : sans cette circonstance , qui faisait soupçonner qu’on avait affaire à un kyste, on aurait pu prendre la tumeur pour une exostose.

Décidé à exporter cette tumeur, qui n’offrait aucune trace de nature maligne , nous finies sur ces tégumens deux incisions, l’une dans le sens de son diamètre longitudinal, l’autre dans le sens de son diamètre transverse. Les quatre lambeaux furent disséqués , réfléchis , et la tumeur fut mise à nu: beaucoup d’attention fut nécessaire pendant que l’on disséqua le lambeau correspondant à la paroi inférieure et externe de l’orbite, pour ne pas blesser la conjonctive palpébrale qui était appliquée à la surface de la tumeur.

Une fois mise à nu , la tumeur fut exportée, en agissant sur toute sa circonférence, en partie avec la scie à crcic de coq , en partie avec la tenaille de Liston : elle était creuse , contenait à-peu-près une cuillerée d’un liquide scro-sanguinolent; ses parois étaient de l’épaisseur de deux à trois lignes , très compactes ; mais au bout inférieur elles étaient amincies, et plutôt cartilagineuses qu’osseuses. La surface

interne de la iiinieur était inégale , hérissée et envoyait des colonnes osseuses dans différentes directions. Ce kyste reposait sur la paroi externe du sinus maxillaire , avait envahi l’os nialaire , y compris le bord inférieur et externe de l’orbite, et même l’apophyse malaire du frontal.

Il resta, après l’ablation de la tumeur, une surface concave, hérissée, qu’on égalisa à l’aide des tenailles incisives et de la gouge ; puis on appliqua exactement les quatre lambeaux sans faire de sutures, en prenant soin que leurs bords se correspondissent exactement ; on superposa un peloton de coton , et à l’aide d’un bandage approprié on lit sur tous les points une compression modérée.

L’appareil ne fut enlevé qu’au cinquième jour, aucun symptôme n’ayant imposé la nécessité d’inspecter la plaie plus tôt. On trouva la paupière inférieure un peu œdématiée, et la conjonctive oculaire légèrement ecchymosée; mais les lambeaux étaient parfaitement accolés à la surface osseuse , dont les petites inégalités se laissaient apercevoir sur les lambeaux qui s’y étaient pour ainsi dire moulés : c’est à peine si l’on put exprimer quelques traces de pus sur quelques points des lignes de réunion des lambeaux. Une pression modérée fut continuée sur la plaie jusqu’au quinzième jour, époque à laquelle la guérison fut complète.

La planche 12 représente le portrait de ce malade le jour où il quitta la Clinique ; on y voit les cicatrices, suite des incisions faites aux tégumens de la tumeur, la commissure externe des paupières rentrante, la paupière inférieure flasque et pendante à cause de l’absence de l’os de la pommette. On proposa au malade de lui corriger ce défaut, en rendant plus courte la fente palpébrale, mais il s’y refusa.

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