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CHAPITRE IV L'action politique et sociale de Jaurès

Des idées théoriques de Jaurès à son action politique, la transition est la plus simple du monde. Son action traduit exactement ses idées dans la pratique. Jamais on n'a à se demaixler quels sont les mobiles qui Tont fait agir : rien de plus limpide que sa conduite politique. C'est que Jaurès n'avait pas d'ambition pour luimême. Il n'a jamais recherché ni désiré le pouvoir sous aucune forme. Le succès et la gloire sont venus à lui sans qu'il y eîit pensé. Il en a joui, naturellement, mais sans en devenir avide. Il s'éuit donné tout entier à la cause qui lui paraissait la plus belle et la plus urgente de toutes, à la cause de la justice sociale et de l'humanité. Son unique objet a été de la servir.

En présence d'une question particulière à résoudre, il remontait toujours aux »»r;ncîpcs

directeurs de sa politique, et il ne s*arrétait qu'à une solution conforme à ces principes. Que c'e fois, à la tribune, s*est-il entendu rappeler « à la question » par ses adversaires, parce qu'il s'élevait à la discussion d'idées générales ! (( Est-ce qu'au fond de toute question de détail, répondît-il un jour à cette interruption, il n'y a pas une question de politique générale ? Est-ce que vous croyez que la politique est un corps sans ame, et qu'on peut faire tenir debout certaines réfonnes, certaines œuvres, sans définir l'esprit qui doit les animer ? » Ce souci philosophique, rare — pour ne pas dire plus — chez les hommes politiques, a procuré à Jaurès un avantage peu commun. Cet orateur abondant n'a pas prononcé une phrase qu'il dût retirer; ce journaliste, qui a publié d'innombrables articles, n'a rien écrit qu'il eût à effacer. « Je peux parcourir en pensée, dit-il, la ligne que j'ai suivie depuis vingt ans sans m'y heurter à mes propres contradictions ».

Est-ce à dire que cette ligne soit rigide comme une droite ? Non : si les principes sont fixes, la tactique doit se plier aux circonstances, tout en se réglant toujours sur eux. Sur ce point, Jaurès combat formellement la méthode

prccoji: rr pu Guc5dc. La préface écrite par jati»:- I le premier volume de - ^^'-ours fHi' .ires discute à fond la < du

a tout ou rien ». Jaurès y démontre qu'en droit cette politique n'est pas défendable, et qu'en fait die est abandonnée à chaque in^^tint u:\r ceux-là même qui prétendent l'impose !

Quant à lui. il est partisan de la tactique la plus souple : « Si nous avons une doctrine absolue, que nous voulons faire prévaloir, et au ser\'ice de laquelle nous mettrons tous les jours davantage Vf ion du prolétariat tout

entier, nous v» i . . lussi, au jour le jour, apporter à ceux qui souffrent les plus petites réformes de détail qui peuvent atténuer les souffrances présentes... Nous ne nous enfermons pas dans une opposition intransigeante et stérile, et toutes les fois qu'une réforme peut être proposée par nous, qui améliore tout au moins l'état social actuel, nous n'hésitons pas ».

Cette méthode n'est pas seulement, aux yeux de Jaurès, la plus humaine : elle est aussi la plus habile, et la plus avantageuse pour l'avenir. Elle facilite ce qu'il appelle, avec Marx, l'évolution révolutionnaire. Chaque réforme nouvelle est comme un petit pas en avant qui

nous rapproche du but, qui accoutume les esprits à l'idée du changement social, et qui ébranle l'obstacle des préjugés conservateurs. « Je n'y voyais pas seulement des palliatifs aux misères présentes, mais un commencement d'organisation socialiste; des gennes de communisme semés en terre capitaliste... La méthode consiste, selon moi, à introduire dans la société d'aujourd'hui des formes de propriété qui la démentent et qui la dépassent, qui annoncent et préparent la société nouvelle, et, par leur force organique, hâtent la dissolution du monde ancien. Les réformes ne sont pas seulement, à mes yeux, des adoucissants; elles sont, elles doivent être des préparations ».

L'action quotidienne se situe ainsi dans le cours général de l'évolution dont elle constitue un élément. Nous découvrons ici un des aspects originaux du tempérament politique de Jaurès. Il a le goût de l'action au jour le jour; il a un sens très aigu, très avisé, des besoins du moment et des moyens d'y faire face. Mais, en même tentps, il voit de haut. îl est désireux de pressentir les événements, afin de les diriger au lieu de se laisser surprendre par eux. S'il avait exercé le pouvoir, il aurait été l'homme

d'Eiai ilcbirc par Plaion. le philosophe gouvernanl la cité. 11 nous a rapiwrtc lui-mcmc un entretien qu'il eut avec Jules Ferry sur ce |x>int. « Je le pressais un jour, écrit-il, sur les fins dernières de sa ixjliliquc. Quel est votre idéal ? vers quel tenue croyez-vous qu'évolue la société humaine ? et où prétendez-vous la conduire ? — Laissez cela, me dit-il, un gouvernement n'est pas la trompette de l'avenir. — Mais enfin, répliqua Jaurès, vous n'êtes pas un

empirique; vous avez une conception générale du î; • . .•. • ^. Q^^çj çgj ^.Q^j.ç jjy^ p ^^

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