CHAPITRE V
FOSSE HYPOTROCHANTÉRIENNË
On désigne sous ce nom une dépression ovalaire plus ou moins marquée à grand diamètre vertical siégeant à la partie .postérieure du 1/3 supérieur de la diapliyse, en dehors de la bifurcation externe de la ligne âpre, au-dessous du tubercule non constant, désigné sous le nom de troisième trochanter.
D’après le Docteur Bertaux (de Lille) cette fosse ne se rencontrerait qu’e.xceptionnellement sur le fémur de l’homme et donnerait insertion au muscle grand fessier. Il ne l’aurait rencontrée qu’une fois sur 47 squelettes. La rareté de sa présence sur les fémurs modernes contrastait cependant singulièrement avec sa présence presque constante sur les fémurs préhistoriques. Houzô a signalé sa fréquence sur les fémurs de l’âge du Renne ea Belgique. Nous-même l’avons rencontrée sur presque tous les fémurs néolithiques
de la Croix des Cosaques, de Nauteuil-le-Harduin et Copierres-sur-Ept. Je pensai donc qu’il en était de cette fosse comme de la platymèrie, qu’on ne la trouvait exceptionnellement que parce qu’on la recherchait sur un nombre insuffisant de squelettes.
Je repris donc les fémurs sur lesquels j’avais étudié la platymèrie et je fus surpris de la rencontrer sur une très grande (juaiitité de fémurs adultes, rarement très nette, il est vrai, mais très fréquemment plus ou moins marquée.
Voici le tableau que j’ai pu dresser après e.xamen de 120 fémurs adultes des deux sexes;
60 fémurs — Ü — fossette très nette — 2
— assez — — 6
— trace — 21
60 fémurs — o —- fossette très nette — 1
— assez — — 7
— trace — 14
Il résulte de ce tableau comparatif qu’elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme dans la proportion de 48 0/0 et 35 0/0, et qu’en éliminant les cas où elle n’existe que très peu marquée, elle se présente encore dans la proportion de 13 0/0 environ sur les féniurs modernes. Si nous rappelons que leD''Ber-r
taux ne l’a rencontrée qu’une fois sur 47 squelettes, ce qui donne seulement une moyenne de 2.2 0/0, nos chiffres, on le voit, se rapprochent beaucoup plus des moyennes trouvées sur les fémurs préhistoriques, respectivement égales à 38 0/0 chez lesGuanchés des îles Canaries, et 36 0/0 pour les fémurs d’Orrouy. ■Nos recherches confirment aussi le fait observé sur les fémurs des Canariens, à savoir que cet'e fosse existe plus fréquemment sur les grands fémurs. Ceci ressort d’ailleurs du seul fait qu’elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme, dont le (émuresten moyenne de 3 cent. 5 plus court que celui de l’homme.
Jusqu’à présent nous n’avons constaté la présence de la fosse hypotrochantérienne que sur des fémurs adultes. Cependant une chose nous avait frappé lors de nos recherches sur'les fémurs préhistoriques, car suivant leur âge elle apparaissait plus ou moins nette. Assez bien marquée et relativement fréquente sur les petits fémurs, à épiphyses cartilagineuses, elle s’accentuait d'autant mieux que les fémurs se rapprochaient de l’âge de l’adolescence, alors que les épiphyses sont formées, mais non encore soudées, tandis qu’elle devenait plus rare et surtout moins nette sur les fémurs âgés.
Cette évolution me parut intéressante et je voulus la
comparer à celle des fémurs modernes. Ayant à ma disposition un grand nombre de squelettes de tous les âges, je les formai en 3 groupes, comprenant le 1" des squelettes de fœtus, le 2" d’enfants, le 3“ d’adolescents. Je ne la rencontrai qu’exceptionnellement dans les deux premiers groupes, tandis que dans le 3” groupe comprenant 1.8fémurs à épiphyses non soudées, mais bien formées, je la trouvai 12 fois parfaitement nette, profonde, bien limitée, et 4 fois seulement assez marquée. Sur deux fémurs il n’en existait que des traces. Je ne puis faire ici le pourcentage étant donné le nombre trop restreint de fémurs examinés, mais cette fréquence est très significative, et permet déconsidérer cette fossette comme caractérisée surtout vers Tàge de 18 ou 20 ans.
Nous voyons d’après ces données qu’elle est plus fréquente sur les fémurs préhistoriques, car nous l'y rencontrons à tous les âges, tandis que sur les fémurs modernes, elle .semble surtout bien marquée sur la majorité des fémurs d’adolescents, exceptionnelle chez les jeunes enfants, plus ou moins fréquente, et surtout moins nette sur les fémurs adultes.
L’aspect de cette fossette varie-t-il suivant 1 âge des individus ? D’après nos recherches, cette dépression, ou mieux cette empreinte, (car c'est surtout une em-
preintedans le'jeuneâge) ést caractérisée sur les petits fémurs d’enfants par un aspect finement grenu, qui la distingue nettement des parties voisines. Au fur et à mesure qu’on la recherche sur des fémurs plus âgés, elle se creuse et prend une forme elliptique à grand diamètre vertical.
Au moment de l’adolescence, alors qu’elle est tout à fait développée, elle peut atteindre 4 à 5 centimètres de longueur, 1 centimètre de largeur, quelques millimètres de profondeur. Elle est bordée en dedans, par une crête rugueuse, mais elle est lisse dans sa partie moyenne.
La lèvre qui la borde en dehors est arrondie et mousse, sans rugosité aucune. Plus tard, quand le fémur est épiphyse, la ligne rugueuse qui le bordait en dedans' s’accentue. Sur certains fémurs, ce sont de gros tubercules qui descendent en chapelet à la suite du 3' trochanter, qui la limitent. Ces tubercules occupent la moitié interne de la fosse, tandis que la moitié externe •^reste toujours unie. Parfois cependant la fossette disparaît complètement, envahie par les rugosités^ constituant un gros massif, qui peut arriver jusqu’au bord externe de l’os.
Comment se forme cette fossette ? J’ai disséqué six sujets afin de voir quels rapports ayaient entre elles les
parties charnues et les surfaces osseuses. Trois do Ces sujets ne m'ont rien révélé^ car aucun d’eux ne présentait trace de gouttière. Sur les trois autres cependant j’ai constaté que sur la ligne des rugnsités, et seulement sur elle, s’insérait le gros tendon du muscle grand fessier, que sur la partie moyenne lisse, et la lèvre qui constitue .le bord externe de la fosse, s’inséraient des fibres charnues allant au vaste externe.
C’est entre ces deux chefs d’insertion tendineux et charnus que se trouve la fossette hypotrochantérienne. Si le tendou du muscle grand fessier est peu volumineux, et si la lèvre externe est très saillante, la dépression restera très nette. Si le muscle grand fessier est surmené, son insertion empiétera sur le territoire delà fossette et pourra même renvahir tout entier, si bien qu’entre les libres charnues du vaste externe et le tendon du grand lessier il n’y aura plus d’intervalle, partant plus de fossette. -
Faut-il maintenant faire intervenir l’action directe des muscles dans la formation de la fossette 1 On comprend fort bien que les tractions opérées par le tendon du grand fessier amènent la formation des rugosités sur lesquelles il s’insère, mais peut-on attribuer la lormation de la lèvre externe à l’action des fibres charnues du vaste‘externe. Nous savons que loin d’eii-
traîner la formation de crêtes, l’insertion directe de fibres charnues forme plutôt des dépressions, ainsi que le prouvent de nombreux exemples dans l’économie. -
Aussi ne pouvons-nous dire du vaste externe ce que nous disons du grand fessier. La formation de la lèvre qui borde en dehors celte fosse reste donc obscure
De la coexistence de la fosse hypotroehantérierme avec la platymèrie. — D’après ce que nous avons dit des lémurs platymêres il semblerait tout naturel de supposer que la lèvre externe de la fosse hypolrochantérienne est causée par l’élargissement de la face antérieure du fémur. Et en effet nous avons rencontré nombre de fémurs présentant simultanément ces deux caractères. Cependant beaucoup de fémurs, et parmi ceux-là, quelques-uns des moins platymêres, présentent une fosse hyp'otrochantérienne remarquable. Le fait est facile à constater .sur des fémurs modernes d’adolescents, dont le 1/3 supérieur de la diaphyse est presque cylindrique, et qui offrent pourtant une dépression caractéristique. On ne peut donc prétendre que ces deux caractères, soient intimement liés. Comme très probablement la formation de la fossette est due à un surcroît d’activité musculaire et que la platymèrie antéro-postérieure reconnaît la même
cause, on peut à priori, admettre qu’on les rencontrera souvent ensemble, mais du fai't qu’on les retrouve isolément on ne peut dire que l’une àépend de l’autre. J'ajoute que sur les fémurs platymères transversalement je n’ai jamais rencontré la fossette hypotrochantérienne. Sur ces fémurs en effet, le faisceau anormal du crural extrêmement développé couvre la face externe de l’ôs jusqu’au niveau de la ligne âpre, ne laissant aucun espace libre sur lequel puissent s’insérer des fibres charnues du vaste externe Sur les fémurs platymères obliquement, dont une partie de la face externe est seule recouverte par le faisceau du crural, on rencontie quelquefois^ maïs peu .marquée cette fossette, quelques fibres du vaste externe pouvant encore s’interposer entre le tendon du grand fessier et le faisceau du crural. On peut donc dire^ pour résumer; que si la fossette hypotrochantérienne et la platymérie n.e sont nullement dépendantes, du moins le degré plus ou moins accentué de la platymérie permet à la fossette hypotrochantérienne de se développer proportionnellement.