LA JUSTICE
tel objet qu'il apprécie et qu'il considère comme sa propriétè, ou bien, qu'il donne à quelqu'un l'ordre d'en faire autant. Par là vous lui ferez comprendre qu'il ne lui servira de rien il«' s'emparer injustement de ce qui appartient aux autres, tant qu'il y aura dans le monde des hommes plus forts que lui. Mais si vous avez su lui inspirer de bonne heure la haine sincère de ce vice déshonorant, et je crois que la chose est possible1, vous aurez suivi la vraie méthode pour le garantir de l'injustice, et vous aurez trouvé un préservatif meilleur que toutes les considérations tirées de l'intérêt ; les habitudes en effet agissent avec plus de constance et de force que la raison, la raison que nous oublions de consulter quand nous avons besoin d'elle, et plus souvent encore de suivre.
1 . C'est une grosse question de savoir comment on peut faire entrer dans l'esprit de l'enfant l'idée de la justice, idée toute abstraite, autrement difficile à concevoir que l'idée de la charité. Locke tourne la difficulté, en lui donnant pour principe et pour point d'appui les sentiments de générosité assez naturels à l'enfant. Le mieux serait peut-être de provoquer de bonne heure les réflexions de l'élève, en lui citant des exemples d'actions injustes, et en excitant son horreur contre ces actions. Rousseau raconte dans ses Confessions qu'il puisa le vif sentiment de la justice qui l'inspira toute sa vie, dans le souvenir d'une injustice dont il avait été victime à l'âge de six ou sept ans.