DE LA PEUR ET DU COURAGE CHEZ LES ENFANTS
c'est agir avec la folie de la brute. Quand on a des enfants de ce caractère, il n'y a pas autre chose à faire qu'à éveiller doucement leur raison ; l'instinct de la conservation les engagera promptement à en écouter les avis, à moins que quelque autre passion (comme il en arrive souvent) ne les jette à corps perdu dans le danger, sans réflexion et sans examen. Il est si naturel à l'homme de détester le mal que personne, je crois, n'est exempt de la peur qu'il inspire : la peur n'étant que le chagrin causé par l'appréhension de voir fondre sur nous le mal que nous détestons. Aussi quand un homme s'expose au danger, nous pouvons dire que c'est l'ignorance qui en est cause, ou bien la force d'une passion plus impérieuse : car il n'y a personne qui soit assez l'ennemi de lui-même pour affronter le mal de gaieté de cœur et rechercher le danger pour le danger lui-même. Si c'est donc l'orgeuil, la vaine gloire ou la colère, qui imposent silence à la peur de l'enfant ou qui l'empêchent d'en écouter les conseils, il faut par des moyens convenables refroidir ces passions, afin qu'un peu de réflexion puisse calmer son ardeur et le force à considérer si l'entreprise vaut le danger qu'elle lui fera courir. Mais comme c'est là une faute dont les enfants se rendent rarement coupables, je n'insisterai pas plus longtemps sur la faconde la corriger. Le manque de courage est le défaut le plus fréquent, et c'est de ce côté surtout qu'il faut porter ses soins.
Le courage est comme le gardien, le tuteur de toutes les autres vertus. Sans courage, c'est à peine si l'homme peut rester fermement attaché à son devoir et tenir l'emploi d'un véritable honnête homme.