‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 112 sur 176 · Cet âge est sans pitié » (Lafontaine · texte numérisé non relu

Cet âge est sans pitié » (Lafontaine

-. On raconte que le tribunal de l'Aréopage, à Athènes, condamna une fois à mort un enfant convaincu d'une incorrigible disposition à maltraiter des animaux, pour celle raison que le petit criminel, une fois qu'il serait devenu plus fort, aurait exercé les mêmes cruautés sur les hommes. » (S. Jevons.)

principe, dans l'horreur de tuer ou de tourmenter toute créature vivante. Apprenons-leur même à ne rien gâter, à ne rien détruire, à rnoii]s que ce ne soit pour la préservation ou pour le bien d'un être plus élevé. Et certainement, si chaque homme se croyait tenu de contribuer pour sa part à la conservation du genre humain, comme c'est en effet son devoir, et le vrai principe qui doit régler notre religion, notre politique et notre morale, le inonde serait plus tranquille et plus civilisé qu'il ne l'est. Mais pour revenir à notre propos, je ne puis m'empêcher de louer ici la douceur et la prudence d'une mère de ma connaissance, qui avait coutume de satisfaire tous les désirs de ses filles, lorsqu'elles voulaient des chiens, des écureuils, des oiseaux ou quelque autre de ces petites bêles qui font ordinairement les délices des enfants. Seulement une fois qu'elle les leur avait données, il était entendu qu'elles devaient les soigner, et veiller à ce que rien ne leur manquât et que personne ne les maltraitât. Si elles négligeaient d'en prendre soin, cela leur était compté comme une faute grave, qui entraînait souvent la confiscation de l'animal, ou tout au moins une réprimande certaine. Par là ces jeunes filles apprenaient de bonne heure à être soigneuses et douces. Et je crois qu'en effet on devrait accoutumer les enfants, dès le berceau, à avoir de la tendresse pour toutes les créatures sensibles, et ne leur laisser gâter ou détruire quoi que ce soit.

Ce plaisir qu'ils trouvent à faire du mal, c'est-à-dire à détruire les choses sans raison, et plus particulièrement le plaisir de faire souffrir un être sensible, ne saurait être selon moi autre chose qu'une inclination acquise et étrangère à la nature, une habitude qui résulte de l'exemple et de la société l. Nous encourageons les enfants à frapper

1. L'enfant martyrise les animaux, le plus souvent, sans se douter qu'il leur fait mal. Il torture un chat, comme il éventre sa poupée, pour exercer son besoin d'activité et pour satisfaire sa curiosité. Tout enfant est un petit cartésien sans le savoir.

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