DE LÀ NONCHALANCE ET DE LA FLANERIE
son fils pour le guérir d'un défaut aussi grave que la nonchalance.
lc25. Tel est le remède que je propose, si la paresse de l'enfant est l'effet non de son tempérament général, mais d'une aversion particulière pour l'étude, aversion naturelle ou acquise ; et il faut avant tout par un examen attentif démêler à quel cas on a affaire1. Mais bien qu'il faille avoir les yeux sur lui pour épier ce qu'il fait, pendant le temps qu'il est livré à lui-même, vous devez cependant vous y prendre de façon à ne pas lui laisser voir qu'il est surveillé, soit par vous, soit par une autre personne: car cela pourrait l'empêcher de s'abandonner à son inclination. En effet, préoccupé qu'il est d'une seule pensée et n'osant pas, à raison de la crainte que vous lui inspirez, faire ce qu'il a dans la tête ou dans le cœur, il négligera toutes les occupations pour lesquelles il n'a aucun goût, et il vous semblera paresseux et distrait, alors qu'en réalité il a l'esprit attentif et appliqué à quelque chose qu'il n'ose pas faire, de crainte que vous le voyiez ou que vous le sachiez. Pour bien éclaircir ce point, l'épreuve doit être faite en votre absence, quand il n'est pas retenu et gêné par l'idée que quelqu'un a les yeux fixés sur lui. Dans ces moments de pleine liberté, chargez une personne sûre d'observer comment il emploie son temps et sil continue à flâner paresseusement, lorsque, débarrassé de tout contrôle, il est entièrement livré à lui-
I. La paresse n'est le plus souvent que le dégoût causé par une étude qu'on n'a pas su rendre agréable à l'enfant ou qui n'était pas encore appropriée à ses facultés. Toutes les fois que l'étude fera véritablement agir l'esprit de l'enfant, on peut espérer qu'il ne sera plus paresseux : car partout où il y a activité, il y a plaisir, et l'enfant n'est paresseux pour l'étude que parce qu'il n'y trouve pas du plaisir, Il y a cependant des enfants dont le tempérament nonchalant semble réfractaire à toute 'le travail. C'est avec ceux-là qu'il faut suivre les précautions que Locke indique ici, sans se décourager si l'on ne réussit pas du premier coup. A part quelques natures absolument ingrates et rebelles, dwnt rien ne saurait vaincre la torpeur, il arrive presque toujours que \ta esprits les plus nonchalants se réveillent, grâce au progrès de l'âge qui dénoue leurs lacultés.
même. Alors, à la façon dont il emploiera ces heures de liberté, vous discernerez aisément si c'est une nonchalance de nature, ou simplement l'aversion pour les livres qui le rend paresseux aux heures d'étude.
126. Si c'est une faiblesse de tempérament qui lui abat et appesantit d'esprit, s'il est naturellement indolent et rêveur, cette disposition ne promet rien de bon. et de toutes elle est peut-être lapins difficile à guérir : car elle a généralement pour conséquence l'indifférence de l'avenir, et par conséquent elle supprime les deux grands ressorts des actions humaines, la prévoyance et le désir. Et la difficulté est précisément de faire naître et de développer ces deux qualités, lorsque la nature a formé un caractère froid et qui leur est opposé. Dès que vous vous êtes assuré que tel est le cas de voire enfant, vous devez examiner avec soin s'il n'y a pas de choses qui excitent ses préférences. Si vous pouvez découvrir dans son esprit un goûtparticulier l, cultivez cette disposition de toutes vos forces, et servez-vous-en pour le faire agir, pour exercer son activité. S'il aime la louange, ou le jeu, ou les beaux habits, etc.; ou si d'autre part il redoute la douleur, s'il a peur de tomber en disgrâce ou de vous déplaire, etc.: quelle que soit enfin la chose qu'il aime le plus (hormis la paresse qui ne saurait jamais être un ressort d'action), mettez celte inclination en œuvrepour éveiller son esprit, pour l'obliger à se secouer lui-même. En effet, avec un tempérament indolent vous n'avez pas à redouter, ce qu'il faudrait craindre ailleurs, d'exalter une tendance quelconque par des encouragements immodérés. C'est la vivacité des désirs qui fait défaut; c'est par conséquent ce que vous devez vous efforcer d'exciter et d'accroitre : car partout où il n'y a pas de désir, il n'y a pas d'activité 2.
1. A une condition pourtant, c'est que ce « goût particulier » soit innocent et inoffensif.
2. Excellents principes psychologiques. L'activité consciente n'est
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127. Si par ces moyens vous ne parvenez point encore à dominer votre enfant, à exciter son ardeur et son activité vous devez l'occuper constamment à quelque travail corporel, et lui donner ainsi l'habitude de faire quelque chose, n'importe quoi. Sans doute, si l'on pouvait l'appliquer rigoureusement à une étude quelconque, ce serait le meilleur moyen de l'accoutumer à exercer et à captiver son esprit. Mais comme l'attention de l'esprit est chose invisible, et que personne ne peut savoir si l'enfant est attentif ou ne l'est pas, vous devez lui imposer des occupations corporelles auxquelles vous l'appliquerez sans relâche ; et si ces travaux sont pénibles ou grossiers, cela ne sera pas un mal: il s'en fatiguera plus vite et n'aura qu'une plus grande envie de retourner à ses livres. Mais ayez bien soin, quand vous lui faites échanger l'étude contre un autre genre de travail, de lui imposer une tâche déterminée , qui doit être achetée dans un temps déterminé, de façon à ne lui offrir aucune occasion de paresse. Quand vous aurez obtenu par ce moyen qu'il soit attentif et laborieux dans ses études, vous pouvez le récompenser d'avoir terminé sou devoir avant l'heure fixée, en le déchargeant d'une partie du reste de sontravail ; vous diminuerez ce travail peu à peu, à mesure que vous trouverez son application plus grjnde et plus zélée, et enfin vous le supprimerez tout à fait, quand il sera entièrement guéri de son indifférence pour les livres.
que la recherche du plaisir. Elle suppose par conséquent le désir et sera d'autanl plus énergique que le désir fera plus vif.