‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 122 sur 176 · SECTION XX · texte numérisé non relu

SECTION XX

. 151. Le mensonge est un moyen si commode et si simple pour couvrir une faute commise, et, d'autre part, il est si fort à la mode parmi les personnes de toute condition, qu'un enfant ne peut manquer de remarquer l'usage qu'on en fait en toute occasion, et qu'on ne peut, sans une sévère surveillance, l'empêcher d'y recourir à son tour. Mais c'est un si vilain défaut, et il y a tant de mauvaises qualités qui en découlent, et qui, pour ainsi dire, grandissent à l'ombre du mensonge, qu'on doit inspirer à l'enfant pour ce vice le plus d'horreur possible. Il ne faut en parler devant lui (si l'occasion se présente d'en faire mention) qu'avec les marques de l'exécration la plus vive, comme d'un défaut incompatible avec le nom et le caractère d'un gentleman, à ce point qu'un homme honorable ne saurait souffrir qu'on l'accusât d'avoir menti1. Montrez à l'enfant que le mensonge passe pour un déshonneur suprême, qui ravale l'homme au rang le plus infime et le plus bas, qui le con-

1. Kant parle du mensonge avec la même vivacité que Locke « C'est par le mensonge que l'enfant se rabaisse au-dessous de la dignité humaine... Le mensonge fait de l'homme un objet de mépris général, et il lui enlève à ses propres yeux l'estime et la confiance que chacun devrait avoir à l'égard de soi-même. »

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fond avec les hommes les plus méprisables, avec la vile canaille. i'n De saurait donc le tolérer chez ceux qui «veulent garder leur rang dans la société et mériter dans le monde quelque estime et quelque crédit. La première l'ois qu'un enfant sera pris en flagrant délit de mensonge, on doit plutôt témoigner de la surprise comme en présence d'une monstruosité, que le reprendre comme pour une faute ordinaire '. Si cela ne suffit pas pour empêcher la récidive, il faut la seconde fois le réprimander durement, et lui faire sentir qu'il est en disgrâce complète auprès de son père, de sa mère et de tous ceux, qui connaissent sa faute. Enfin, si vous ne réussissez pas à le corriger par ces moyens, il faut recourir au fouet : car, après tous les avertissements que vous lui avez donnés, un mensonge prémédité doit être toujours considéré comme un acte de rébellion qui ne peut rester impuni2.

15... Les enfants, pour ne pas laisser apparaître leurs fautes dans toute leur nudité, sont disposés, comme tous les fils d'Adam, à chercher des excuses. C'est un travers qui avoisine le mensonge et qui y conduit; il ne faut donc pas le leur passer; mais on doit les en corriger plutôt en leur faisant honte qu'en les rudoyant. Si donc, quand vous interrogez votre enfant, sa première réponse est une excuse, exhortez-le simplement à dire la vérité. S'il persiste

1. « Lorsqu'un enfant ment, on doit non le punir, mais le traiter avec mépris, lui dire qu'on ne le croira plus à l'avenir ». (Kant.)

2. « En vérité le mentir est un mauldict vice : nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux aultres que par la parole. Si nous en cognoissions l'horreur et le poids, nous le poursuivrions à le i, plus justement que d'aultres crimes. Je trouve qu'on s'amuse ordinairement à chasroi auv enfants des erreurs innocentes, tremal à propos, et qu'on les tourmente pour des actions téméraires qui n'ont ny impression ny suilte. La menterie seule, et, un peu en dessoubs, l'opiniastreté, me semblent estre celles desquelles on delvroit à toute instance combattre la naissance et le progrès : elles arrivent quand et eulx, et depuis qu'on a donné ce fauls train à la langue, c'est merveille. Combien il esl impossible de l'en retirer, o [Montaigne, I. ix.)

à se tirer d'affaire par une fausseté, 'châtiez-le. Mais, s'il avoue sans délour, louez-le pour sa franchise, et pardonnez-lui sa faute, quelle qu'en soit la gravité; pardonnez-lui absolument sans jamais lui faire de reproche sur ce peint, sans jamais lui en reparler. En effet, si vous voulez lui l'aire aimer la franchise et la lui rendre habituelle par une pratique constante, ayez soin qifelle ne lui cause jamais le plus léger préjudice, bien au contraire, son aveu spontané, outre qu'il doit lui valoir une entière impunité, mérite d'être récompensé de quelques marques d'approbation. Si parfois son excuse est telle qu'il vous soit impossible d'en établir la fausseté, acceptez-la pour vraie, et ne laissez voir aucune défiance. Laissez l'enfant maintenir avec un soin jaloux la bonne opinion que vous avez de lui : car le jour où il s'apercevra que vous lui avez retiré votre estime, vous aurez perdu un puissant moyen d'action sur lui, le plus puissant peut-être. C'est pourquoi ne lui laissez point croire qu'il passe à vos yeux pour Un menteur, tant que vous pouvez vous en empêcher, sans le flatter. Pardonnez-lui donc quelques légères offenses à la vérité. Mais une fois qu'il aura été puni pour un mensonge, ayez bien soin de ne plus lui pardonner la même faute, toutes les fois que vous observe! ez et que vous lui aurez fail connaître qu'il s'en est rendu coupable : car le mensonge lui ayant été défendu, comme une faute qu'il peut éviter, s'il le veut, la récidive témoigne d'une perversité complète, qui doit recevoir le châtiment mérité.

155. Voilà ce que j'avais à dire sur la méthode générale de l'éducation d'un jeune gentleman; et bien que, selon moi, cette méthode soit appelée à avoir quelque influence sur l'ensemble de son éducation, je suis loin de supposer cependant qu'elle renferme tout ce que peut réclamer de soins particuliers l'âge grandissant ou le tempérament propre de l'enfant. Mais après avoir exposé ces prémisses générales, nous devons maintenant passer à

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l'examen plus particulier dos diverses parties de l'éducation '.

I. Locke va examiner successivement, dans les sections suivantes, l'éducation morale et religieuse, la civilité et enfin l'instruction.

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