‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 27 sur 176 · LES BOISSONS · texte numérisé non relu

LES BOISSONS

qu'à la condition do manger du pain, il aimera mieux s'abstenir déboire1. S'il a très chaud, il ne devrait pas boire du tout; mais du moins, si on a soin de lui faire manger d'abord un bon morceau de pain, on gagnera du temps pour laisser la bière se réchauffer, et il pourra alors en boire sans danger. S'il a très soif, la bière ainsi réchauffée sera mieux digérée et étanchera mieux sa soif, et s'il ne veut pas en boire, il n'y aura pas de mal à ce qu'il s'abstienne. En outre, il apprendra par là à se contraindre, ce qui est une habitude d'un grand prix, aussi bien pour la santé du corps que pour la santé de l'esprit.

18. 2° En interdisant à l'enfant de boire sans avoir mangé, vous préviendrez la mauvaise coutume d'avoir toujours le verre aux lèvres, coutume dangereuse qui ne dispose que trop l'enfant à rechercher plus tard les parties de plaisir. On voit des hommes qui par l'habilude se créent un besoin artificiel de manger et de boire2. Et si vous voulez en faire l'essai, vous vous convaincrez qu'il dépend de vous d'accoutumer de nouveau des enfants déjà sevrés à avoir un tel besoin de boire pendant la nuit qu'ils ne puissent plus s'endormir sans cela. Comme les nourrices, pour apaiser leur nourrisson qui crie, n'emploient guère d'autre chanson que celle-là, je ne m'étonne pas que les mères trouvent généralement quelque difficulté à déshabituer leurs enfants de boire pendant la nuit, dans les premiers temps qu'elles les reprennent à la maison3.

\. Rousseau n'admet pas qu'on prive l'enfant de boire quand il a soif. « Toutes les Ibis qu'Emile aura soif, je veux qu'on lui donne à Loire; je veux qu'on lui donne de l'eau pure et sans aucune préparation, pas même de la faire dégourdir, lût-il tout en nage et fût-on dans le cœur de l'hiver. » On a presque envie de se féliciter que Rousseau n'ait pas eu l'occasion d'appliquer à ses enlants des maximes aussi meurtrières : il les aurait tués, ce qui eût été pire encore que de les abandonner.

'1. Si Locke avait connu l'usage du tabac, il l'aurait certainement cité comme exemple de ces habitudes artificielles qui Reviennent aussi impérieuses que les besoins de la nature. f- £. f

3. On voit, d'après ce passage, que, en Angleterre, du temps dp

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