‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 30 sur 176 · LES FRUITS · texte numérisé non relu

LES FRUITS

20. Dans un traité sur le régime sanitaire de l'enfance, la question des fruits est un des chapitres les plus délicats. C'est pour un fruit que nos premiers parents ont perdu le paradis. Il ne faut donc pas s'étonner que nos enfants ne puissent pas résister à cette tentation, même au prix de leur santé. Je ne crois pas possible d'établir des lois générales pour régler l'usage des fruits : car je ne suis nullement de l'avis de ceux qui voudraient les interdire presque absolument aux enfants, comme quelque chose qui serait tout à fait malsain pour eux. Le seul résultat de cette sévère prohibition, c'est de rendre les enfants plus avides et de faire qu'ils mangent tous ceux qu'ils peuvent attraper,

t. Les recommandations que Locke fait ici, pour le régime des enfants, l'illustre médecin Sydenliam, son ami, les lui avait faites à luimême, dans l'intérêt de sa santé délicate et compromise. Vers KiTi, il lui écrivait : « Couchez-vous dé très bonne heure, à huit heures s'il se peut ; mangez des viandes légères et non épicées; abstenez-vous de traita et de crudités; buvez, au lieu de vin. une bière très douce... v

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bons ou mauvais, mûrs ou pas mûrs1. Les melons, les pêches, la plupart des prunes, et toutes les espèces de raisin qui croissent en Angleterre, voilà, je crois, les fruits qu'il faut absolument défendre aux enfants 2; avec un goût très agréable, ils ont un suc très malsain, de sorte que. s'il était possible, il serait bon que les enfants n'en vissent jamais, qu'ils n'en connussent même pas l'existence. Mais les fraises, les cerises, les groseilles, les groseilles à maquereau, quand elles sont bien mûres, je crois qu'on peut, en toute sécurité, en permettre l'usage aux enfants, et cela très largement, pourvu qu'ils les mangent avec les précautions suivantes : 1° Jamais après les repas, comme nous faisons d'ordinaire, alors que l'estomac est déjà plein d'une autre nourriture 5. Il vaudrait mieux en manger avant ou pendant les repas, et il faut les servir aux enfants pour leur déjeuner. 2° Manger du pain avec les fruits. 3° Qu'ils soient parfaitement mûrs. Si l'on suit ces prescriptions, je crois qu'ils feront plus de bien que de mal à la santé. Les fruits d'été, appropriés à la chaude saison où ils mûrissent, rafraîchissent l'estomac que la chaleur alanguit et affaiblit. Aussi ne serai-je pas aussi rigoureux sur ce point que le sont beaucoup de parents. Qu'arrive-t-il? C'est que les

1. Il est certain que les interdictions absolues ont presque toujours de mauvais résultats chez les entants, qui se rattrapent dès qu'ils le peuvent, par des excès fâcheux, de leurs privations forcées. Les indigestions, comme le dit M. H. Spencer, « ne sont souvent que les réactions sensuelles du régime ascétique. Quand on permet aux enfants de courir librement dans un verger, alors le désir trop longtemps comprimé conduit à de grands excès. C'est un carnaval impromptu, dû en partie à ce que la contrainte cesse, en partie à ce qu'on prévoit un carême prolongé. »

'2. Pour excuser le préjugé de Locke contre le raisin, le plus sain de tous les fruits, il faut se rappeler que la vigne croit difficilement en Angleterre et que le raisin y mûrit mal. Un Italien disait plaisamment : « Le seul fruit mûr que j'aie vu en Angleterre, ce sont des pommes cuites au four. »

3. En d'autres termes, Locke exclut les fruits du dessert et se met en contradiction avec un usage presque universel. La raison qu'il invoque ne paraît pas suffisante pour justifier son opinion.

enfants trop sévèrement tenus, au lieu d'une petite quantité de fruits bien choisis, dont ils se contenteraient, si on les leur donnait, satisfont leur envie aussi gloutonnement qu'ils le peuvent, et les dévorent jusqu'à se donner des indigestions, toutes les fois qu'ils en trouvent à leur portée ou qu'ils peuvent corrompre un domestique pour s'en procurer.

Quant aux poires et aux pommes, lorsqu'elles sont bien mûres et cueillies depuis quelque temps, je pense que les enfants peuvent en manger sans danger, en toute saison, et en très grande quantité : surtout les pommes, qui, à ma connaissance, n'ont jamais fait de mal après le mois d'octobre.

Les fruits secs sans sucre sont aussi, je crois, un aliment très sain. Mais il faut s'abstenir de toute espèce de confitures, : dont il est malaisé de dire qui elles incommodent le plus, celui qui les fait 2 ou celui qui les mange. Ce dont je suis sûr, c'est qu'elles sont une des plus folles dépenses que le luxe ait inventées : il faut les laisser aux dames.

21. De tout ce qui a un caractère efféminé et mou, il n'est rien que l'on doive permettre aux enfants avec plus d'indulgence que le sommeil5. C'est la seule chose où il faille leur donner pleine et entière satisfaction : car rien ne contribue davantage à leur force et à leur santé. La seule chose qu'il faille régler dans le sommeil des enfants, c'est dans quelle partie des vingt-quatre heures de la journée ils doivent

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