DES RECOMPENSES
52. Les coups et les autres sortes de châtiments serviles et corporels ne conviennent donc pas comme moyens de discipline dans l'éducation d'un enfant dont nous voulons faire un homme sage, bon et libre ; aussi ne faut-il y recourir que rarement et surtout dans les grandes occasions, dans les cas extrêmes1. D'un autre côté, il faut éviter avec le même soin de flatter les enfants en les récompensant par des choses qui leur plaisent 8. Celui qui donne à son fils des pommes, ou des dragées, ou quelque autre chose du même genre, pour le décider à apprendre sa leçon, ne fait qu'encourager son inclination pour lé plaisir, et choyer cette
t. On verra plus loin qu'il est difficile d'être de l'avis de Locke sur ce poinl et de légitimer l'emploi des châtiments corporels, même dans des cas exceptionnels.
2. Locke est. bien rigoureux et demande l'impossible quand il exige que l'on sèvre absolument l'enfant des choses qui lui sonl agréables. Sans tomber dans les excès de Y enseignement attrayant, sans vouloir avec Bernardin de Saint-Pierre, par exemple, « qu'on mette une dragée sous chacune des lettres qu'on apprend à l'enfant », il est permis de croire que les récompenses agréables doivent avoir leur place dans une éducation bien dirigée. Locke les admet, il est vrai (voyez § 53), mais non comme choses agréables : il veut qu'elles soient en quelque sorte les symboles de l'estime que les enfants ont méritée.