LA SOCIÉTÉ DES DOMESTIQUES
68. J'ai déjà dit que les domestiques pouvaient faire beaucoup de mal aux enfants lorsque, par leurs flatteries, ils détruisent l'effet et la force des réprimandes des parents et amoindrissent leur autorité1. Mais il y a un autre inconvénient non moins grave qui résulte des mauvais exemples que les enfants ont devant les yeux, quand ils vivent dans la société des domestiques les plus humbles.
Il faut autant que possible interdire aux enfants toute société de ce genre. En effet, la contagion de ces mauvais exemples, au point de vue de la politesse, comme au point de vue de la vertu, corrompt profondément les enfants, toutes les fois qu'ils y sont exposés. A l'école de serviteurs mal élevés ou débauchés, ils apprennent un langage grossier, des manières inconvenantes, des vices enfin que sans cela ils auraient peut-être ignorés toute leur vie.
69. Il est fort difficile de prévenir tout à fait ce mal. Vous serez un mortel fortuné, s'il vous échoit de n'avoir jamais à votre service de domestiques grossiers ou vi-
Vinet, l'Education, la Famille et la Société, p. 337. Vinet considère l'imitation et l'habitude comme les deux éléments non rationnels qui entrent dans la composition de nos destinées. « L'imitation et l'habitude, dit-il, sont deux obéissances. L'imitation instinctive et irréfléchie peut seule expliquer la communauté parfaite de langage, d'accentuation, d'habitudes physiques, de mœurs et de préjugés, qui se prononce entre les membres d'une même famille, les habitants d'une même ville et les citoyens d'un même État. Il est étrange et pourtant indubitable que les opinions se contractent comme les maladies, (pion prend une idée comme on prend la fièvre... »