‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 59 sur 176 · I. Voyez plus haut · texte numérisé non relu

I. Voyez plus haut

LES DOMKSTIQUKS. 83

cieux, et si vos enfants ne se corrompent jamais à leur contact. Il n'en faut pas moins faire tous vos efforts pour combattre ce danger. Les enfants doivent rester le plus qu'il est possible dans la compagnie de leurs parents et des personnes à la garde desquelles on les a confiés1. Pour cela, il faut s'efforcer de leur rendre celte société agréable. leur accorder toutes les libertés, toutes les permissions que leur âge réclame, ne pas leur imposer une contrainte inutile, quand ils sont sous les yeux de leurs parents ou de leur précepteur. Si cette société est comme une prison pour eux, comment s'étonner qu'ils ne s'y plaisent point? Ne les empêchez donc pas d'être enfants, de badiner, de jouer, comme des enfants; ne leur défendez que de malfaire : tout le reste doit leur être permis. De plus, pour leur faire aimer votre compagnie,' c'est seulement quand ils sont avec vous, c'est de vos propres mains qu'ils doivent recevoir les choses qui leur sont agréables. En même temps, qu'on empêche les domestiques de leur faire la cour en leur offrant des boissons fortes, du vin, des fruits, des jouets, et toutes les choses de ce genre qui pourraient leur inspirer le goût de cette société.

1. « On peut voir chez Suétone (Auguste, § 64), chez Plutarque (dans la Vie de Caton le Censeur) et chez Diodore de Sicile (1. II, c. un, jusqu'à quel point les Romains considéraient l'éducation des enfants cnmine une affaire qui regardait spécialement les parents eux-mêmes. » Cette note est de Locke, et c'est à peu près la seule qu'il ait jointe à son ouvrage. Locke d'ailleurs généralise trop vite, d'après les exemples qu'il emprunte aux auteurs cités. Dans les familles romaines l'éducation était le plus souvent confiée à des esclaves. Caton, Paul-Émile, Auguste, qui élevèrent eux-mêmes leurs fils et leurs petits-fils étaient des exceptions. Plutarque prétend même que les parents de son temps chOÎBMsaient pour élever leurs enfants les plus incapables de leurs esclaves, ceux qu'ils ne pouvaient employer à autre chose. « S'il s'en trouve quelqu'un qui soit ivrogne, gourmand et inutile à tous les services, c'est à celui-là qu'ils commettront leurs enfants. » (Plutarrçue, de l'Éducation des enfants.)

Page 1