L'USAGE DU FOUET
83. Lorsque l'usage du fouet devient nécessaire comme remède suprême, on peut se demander à quel moment et par qui la punition doit être administrée1. Est-ce immédiatement après la faute commise, quand elle est toute récente et pour ainsi dire toute chaude, qu'il convient de sévir? Et faut-il que les parents eux-mêmes châtient leurs enfants2? Sur le premier point, mon avis est que la punition ne doit pas être appliquée tout de suite, de peur que la passion ne s'en mêle, et que le châtiment, par conséquent, tout en dépassant les bornes convenables, ne conserve pas son efficacité légitime. Les enfants savent parfaitement discerner quand nous agissons par passion. Gomme je l'ai déjà dit, ce qui leur fait le plus d'impression, c'est ce qui émane de la raison calme et froide de leurs parents : la distinction ne leur échappe pas. Sur le second point, je
1. Locke, malgré ses protestations contre l'usage du fouet en général, le maintient, comme on sait, dans certains cas exceptionnels. C'est Vu/lima ralio applicable aux fautes les plus graves.
"2. Ces questions ne nous intéressent plus aujourd'hui, puisque le fouet est absolument condamné par la pédagogie moderne. Mais elles étaient à l'ordre du jour du temps de Locke. Les Regulœ des Jésuites interdisaient aux Pères d'infliger de leurs mains les corrections physiques. Dans certains collèges on avait un correcteur attaché à la maison, un cuisinier, un portier. Ailleurs on recourait au service d'un pauvre artisan du voisinage qui recevait tant par mois ou par an pour venir instrumenter dans les classe?. Quelquefois on s'adressait à un écolier bien planté, gaillard so!ide,*qui fouettait ses camarades toutes les fois que le régent lui en donnait l'ordre. C'était sous une forme spéciale, un commencement d'enseignement mutuel. (Voyez notre brochure sur l'Orbilianisme ou l'usage du Jouet chez les Jésuites.)